About

La page About méritait d’être mise à jour. Parce que je n’ai plus 22, mais 23 ans. Parce que je parlais des refuges extérieurs, alors que je crois de plus en plus à ce qui peut venir de l’intérieur. Parce que je reviens de loin, d’un endroit où je m’étais perdue.

Je suis toujours la fille des extrêmes, je suis toujours la plus sensible, la plus angoissée, la plus passionnée. Je ne me déferai pas de ces sensations. Je suis ça. Cette sensibilité aigüe, cette générosité sans mesure. Je ne cherche pas à faire disparaître ces sensations : ce sera toujours plus difficile, plus intense et plus éprouvant pour moi – ce sera aussi toujours la preuve que je suis en vie, dans le courant, que le monde s’accroche à ma peau et que je me contente pas de glisser – mais il y a une façon d’encadrer, de comprendre et de raisonner ces sensations. Pour qu’elles ne soit plus seulement des déchirures, pour que ce soit moins violent en moi, envers moi, envers les autres. La lucidité et la réflexion ont leur place à reprendre, dans l’espace des affects, là où le corps seul l’emportait.

Je ris plus souvent, je pleure plus rarement, je suis devenue capable de vivre seule, en autarcie, pendant des jours, des semaines. Je ne souffre plus dans les gestes du quotidien de la solitude. Ce n’est pas là que se situera l’amour : le manque de confiance en soi et de sérénité ne sera jamais comblé par l’autre.L’amour sera dans un autre espace. J’attends la rencontre. J’attends avec patience, avec passivité peut-être. Je sais prendre soin de moi : le corps protégé, le corps soigné, le corps reposé, le corps dissimulé. Je me suis réfugiée dans le travail : refuge, ou échappatoire, façon de cacher le reste, de ne rien laisser vide, d’effacer toute trace d’ennui ? Je ne sais rien de ma vie, de ce que je cherche ou veux, d’un sens quelconque, je suis toujours désabusée. Mais je sais qu’on s’accroche à soi. Que les autres ne sont pas une raison valable. Qu’on ne se suicide pas. J’ai très peur du temps devant moi, j’ai très peur de l’absence, de l’ennui, de la déception, et de la mélancolie qui m’aspire. Mais ça ne suffit pas, ça n’explique pas, ça ne vaut pas la peine de laisser tomber. Je suis là, je me débrouille avec ça, j’avance comme je peux.

Alors j’ai 23 ans, je ne recense rien, je n’ai pas de faits précis à donner, je me jette à corps perdu dans le travail, je vis par procuration au travers des dizaines de films que je regarde, je manque d’amour, d’amis et de voyages, mais le socle intérieur se construit : je vis pour moi, je me laisse moins atteindre, je ne laisse plus certaines relations me blesser, je sais mieux comprendre et exprimer, je vais plus doucement. Les crises d’angoisse n’ont pas totalement disparu, les moments de panique subsistent, la disproportion de certaines réactions me met en colère. Mais l’absorption de ces névroses suivra, comme tant de schémas se sont simplifiés, comme mon fonctionnement s’est éclairci.

J’ai 23 ans, j’aime les garçons, le soleil, la mer, la peau, je ne sais rien d’autre que ça.

(le 21 décembre 2008 )

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About, au 19 janvier 2008 :

Jeune fille égoïste et égocentrique. 22 printemps, le 23ème approche à grands pas. J’ai le sentiment très fort de grandir trop vite, c’est-à-dire : voilà, les années insouciantes sont derrière moi, les années de découverte aussi. La liberté intellectuelle gagnée à force de séparations et de limites repoussées se fait rattraper par les engagements, les comptes à rendre, les puissances matérielles. Je ne me sens ni libre, ni heureuse. Je cherche des refuges dans ce qui m’a construite depuis des années : livres, romans, poésie, images, couleurs, musique, films, opéras, mouvements de la danse. Les refuges sont extérieurs, puisque l’intérieur ne devient pas plus solide. Puisque de façon permanente, je reste violente, passionnée, angoissée, hypersensible. Je ne deviens pas plus légère. Je cherche un calme qui ne vient pas. Se lever chaque matin pour affronter cette instabilité, et écrire pourtant, chercher une trame, réclamer un fil rouge, ouvrir des chemins, creuser des pistes – chaque jour avec une telle brutalité d’être au monde et en vie, sans même connaître les raisons – c’est un vrai défi.

3 réponses à “About

  1. aglaé,

    pas encore eu le temps de lire ce livre en entier – car ce blog en est un ou le sera un jour, je l’exige –

    vos titres de post sont tous magnifiques, ils mériteraient chacun une chanson que je laisserai le soin à jérome attal d’écrire – qui d’autre

    en ce qui me concerne j’ai recopié une poignée de ces titres ur un cahier, sans trop savoir pourquoi, peut être pour relire cette liste à la Prévert un de ces jours

    merci pour ça en tout cas
    thibaut

  2. merci pour la lecture et l’enthousiasme exprimé !
    le livre, on y pensera un jour : )
    et je pique mes titres en grande partie dans les paroles de chansons, Jérôme ou d’autres…

  3. aglae

    je passais pas ici (via me sfavoris…) et n’avais jamais eu l’occasion de lire votre éponse à mon commentaire !!!

    je relis tout ça toujours avec plaisir !
    CONTINUEZ !!!!

    à bientôt ICI
    thibaut

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