.. aglae ex time ..

Articles étiquettés ‘violence’

Souris moi.

avril 2, 2008 · Un commentaire

Il y a un temps long, et un temps court. Il y a le recul, la vie en dedans, le cheminement intellectuel personnel ; et il y a la vie immédiate, l’ouverture au monde, la découverte. J’ai valorisé souvent le contact au monde, sa violence, la sensibilité flagrante qui s’en dégage – je crois qu’il y a pourtant un équilibre à développer entre ces deux mouvements. Mouvements qui ne s’opposent pas, mais qui s’inscrivent dans des temporalités différentes. La vie immédiate est une disponibilité de l’instant, quelque chose de l’ordre du fugace. Et de l’indélébile. Pourtant, même si cette sensation est violente, elle ne surpasse pas la réflexion plus lente, moins apparente, mais tout aussi puissante. Il y a quelque chose de dangereux dans l’association de la vie à la violence, à la flagrance, et à l’immédiateté. Violence de la passion, violence des mots, violence contre soi, violence contre les autres – il faudrait se défaire de cette idée que la vie ne se rencontre qu’avec brutalité, au travers d’un choc esthétique perpétuel. La douceur et la lenteur sont le moment du repli, du rassemblement, le moment de se reprendre, de se constituer en unité. Une somme d’instants, de sensations et de déflagrations qu’il faut remettre en ordre et faire tenir tous ensemble.

De façon immédiate il y a les sourires esquissés, les regards insistants, les lèvres frémissantes, les yeux qui rient, les mots qui jouent – il y a la sensation brûlante de la vie en passant sur le boulevard de mes amours, de mes amitiés, le boulevard de toujours – il y a les voiles sombres sur mes jambes, la pluie qui s’abat, la jupe très courte, la peau à vif et sensible – il y a aussi le repli sur soi, la vie intérieure, la confiance en soi, et la solidité qui se conjugue avec la légèreté intense. Je souris, j’ai envie, je désire – je n’oublie pas de me tourner vers moi, de laisser le temps courir pour que tout s’apaise et que retombe la violence.

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“Tu rejoins notre équipe de foot ?”

mars 19, 2008 · Un commentaire

A la longue table de la cantine, il y a six garçons autour de moi – des informaticiens, des chefs de produit, un rédac chef. C’est au début perturbant, je joue le rôle de l’intrus. Et puis la différence s’estompe, en évoquant les sites récemment lancés, les pure players que sont Rue 89 et Mediapart – je parle serveurs Apache, modèles économiques sur internet et indépendance journalistique. Ils oublient tout autant que moi que je suis la jeune femme entourée d’une brochette de types âgés de 20 à 40 ans. Non, je ne suis plus que la fille qui bosse comme eux et avec eux. La dissipation des genres me soulage. Le langage informatique et l’humour ne sont pas des caractéristiques exclusivement masculines. Il faut un jour montrer cette capacité à s’adapter, à s’extirper des attitudes ultra féminines – pour voir apparaître des relations un peu plus franches. Je suis la petite nouvelle, on me tâte, on me teste (on me tente). Souvent, s’ils savaient comme je me sens pourtant plus proche des garçons. Je suis la première à sourire des attitudes de Valentine, à déjouer les poses féminines. L’équipe de foot sera bientôt créée ? Je veux en être. Bon, pas vraiment pour courir derrière le ballon que je risque de ne jamais toucher, mais pour courir tout court et surtout pour être avec eux, créer des liens différents de ceux du quotidien autour de nos ordinateurs. Lorsqu’on commence à s’envoyer des vannes, je sais que je suis un peu plus proche d’eux. Ces relations simples entre eux et moi, c’est un point de départ pour accepter de m’intéresser à nouveau aux garçons. Pour oser croire qu’ils ne sont pas tous à l’origine de blessures profondes. Aller faire du foot pour retrouver confiance. Moi, avec mes talons aiguilles et mes jupes bien droites. Je déconstruis l’image ultra féminine. J’accepte en moi la part masculine. Je prends aussi soudain conscience de ma violence, de la force qui sommeille et que sans doute la colère pourrait déclencher – à l’école c’était plutôt les garçons qui se bagarraient, mais j’aurais aimé avoir le droit d’utiliser mes poings, moi aussi. Il est encore temps. Je crois qu’un jour la violence devra ressortir de mon corps au travers des coups lancés contre le visage de celui qui m’a blessée.

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