Je porte la courte robe bleue à pois. La peau nourrie de soleil et de poussière. Les cheveux longs et broussailleux. Le bonheur simple des week-ends dans la grande maison de campagne, les trajets en voiture au milieu des champs, les framboises cueillies dans le jardin, la bouteille de vin blanc au dîner (Bellivière, Vignes éparses, 2002), le rugby sur la télévision du salon. C’est un petit peu le paradis. Loin des angoisses, enfermées quelque part à Paris. Je ne laisse plus grand chose m’atteindre. J’échappe aux attaques de mon frère. J’échappe à l’illusion des garçons. Le stress du boulot et des examens n’a pas prise sur ce que je suis. Il y a des points d’appui riches et stables. Les grandes envies de lecture de l’été – Kerouac still on the road, Spinoza, Levinas, Cioran, Kundera. L’excitation de quelques jours passés à Saint Jean de Luz, souvenirs à retrouver de la baie calme, de l’océan furieux à Anglet, des nuits basques blanches et rouges où nous attrapions des taureaux imaginaires. La vie simplement vécue dans toute son extrémité, la vie dans la peau, mais sans faire de mal, sans blesser, sans s’y perdre, sans s’abîmer. Il y a de longs dîners à la table d’une cuisine étroite, entre copines, des légumes trempés dans le yaourt blanc, le vin alsacien pour accompagner la quiche lorraine, les anecdotes, les souvenirs, les doutes, les hésitations, les désirs. Il y a l’amitié protégée avec M, sa présence extraordinaire pour me reprendre lorsque la panique s’installe, et le temps que je lui laisse si les anciennes douleurs ressurgissent – je sais que notre amitié survit, résiste, qu’il faut simplement se donner le temps de l’apaisement parfois. Un petit bar américain avec des affiches du Che et des publicités usées Havana Club, le vieux type avec son panama prépare des milk-shakes à la banane et nous laisse papoter tranquillement des chorégraphies de Béjart (le bar américain est caché quelque part près de la Bastille, rue de Charonne). Dans les nuits folies je ris, je danse, je bois des mojitos, je ne crois pas les types et je me moque de la bêtise de ceux qui attrapent les filles en étalant leur CV – il faut me parler de musique, d’échappées, de romans, de trucs qui nourrissent un peu – je ne cesse pas d’aimer les garçons qui vivent dans leur peau et pour la peau, je ne connais pas autre chose que les ultrasensibles qui vivent à l’infini, qui parleraient la nuit entière de quelques passions – parle moi de tes reprises rock dans les petites villes de l’Aveyron et je te parlerai des morceaux de Led Zep qui ont à voir avec le délire – parle moi de tes matches de rugby et je te parlerai de mes concours d’équitation, dis moi Pyrénées et je te dirai Saint Jean de Luz – toutes ces pistes à creuser, tout ce qui existe au travers des amitiés, tout ce qui grandit, et pour toujours des projets, des envies, des éveils – salsa, tango, théâtre, italien, japonais, voyages – tous les chemins s’offrent. Je crois aux chemins plus qu’aux personnes qui m’aident à les dessiner. Il n’y a pas de confiance démesurée à placer dans les amitiés trop récentes, ou dans les moments fous des nuits longues, il n’y a pas d’illusion à laquelle céder avec un garçon qui ne voudrait pas du chemin commun, accompagné – je me préoccupe à peine de cela, je suis seule, terriblement heureuse de rire danser et embrasser – oui mais rentrer seule – parce que personne, aucun pour me séduire autrement, pour me faire sentir que nous sommes hors des jeux, du simple appel des corps – j’attends autre chose, l’appel de l’un vers l’autre, sans savoir pourquoi, sans comprendre, le corps bien sûr mais l’envie inexplicable d’être ensemble. Ce désir entier et incompréhensible – est là. Tu ne le sais pas. J’attends le moment où je pourrai te dire ce désir.
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Les chemins ouverts.
juin 29, 2008 · Un commentaire
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Souris moi.
avril 2, 2008 · Un commentaire
Il y a un temps long, et un temps court. Il y a le recul, la vie en dedans, le cheminement intellectuel personnel ; et il y a la vie immédiate, l’ouverture au monde, la découverte. J’ai valorisé souvent le contact au monde, sa violence, la sensibilité flagrante qui s’en dégage – je crois qu’il y a pourtant un équilibre à développer entre ces deux mouvements. Mouvements qui ne s’opposent pas, mais qui s’inscrivent dans des temporalités différentes. La vie immédiate est une disponibilité de l’instant, quelque chose de l’ordre du fugace. Et de l’indélébile. Pourtant, même si cette sensation est violente, elle ne surpasse pas la réflexion plus lente, moins apparente, mais tout aussi puissante. Il y a quelque chose de dangereux dans l’association de la vie à la violence, à la flagrance, et à l’immédiateté. Violence de la passion, violence des mots, violence contre soi, violence contre les autres – il faudrait se défaire de cette idée que la vie ne se rencontre qu’avec brutalité, au travers d’un choc esthétique perpétuel. La douceur et la lenteur sont le moment du repli, du rassemblement, le moment de se reprendre, de se constituer en unité. Une somme d’instants, de sensations et de déflagrations qu’il faut remettre en ordre et faire tenir tous ensemble.
De façon immédiate il y a les sourires esquissés, les regards insistants, les lèvres frémissantes, les yeux qui rient, les mots qui jouent – il y a la sensation brûlante de la vie en passant sur le boulevard de mes amours, de mes amitiés, le boulevard de toujours – il y a les voiles sombres sur mes jambes, la pluie qui s’abat, la jupe très courte, la peau à vif et sensible – il y a aussi le repli sur soi, la vie intérieure, la confiance en soi, et la solidité qui se conjugue avec la légèreté intense. Je souris, j’ai envie, je désire – je n’oublie pas de me tourner vers moi, de laisser le temps courir pour que tout s’apaise et que retombe la violence.
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La sculpture.
avril 1, 2008 · Un commentaire
Tu reçois un coup. Tu es assez forte pour le regarder arriver vers toi désormais. Tu l’attrapes de plein fouet, tu ne le laisses plus t’atteindre, tu le rejettes avant qu’il n’ébranle ce que tu as su constituer. Pour expliquer l’effet d’un antidépresseur, on dirait : c’est un brouillard épais qui empêche le coup d’atteindre sa cible. Le coton autour de soi est trop épais, la flèche ne passe pas, elle tombe. Mais la sensation de baigner dans l’ouate rappelle à chaque instant qu’un médicament retient à la vie.
Tu es attaquée et tu ne te sers de l’attaque que pour étudier la réaction qu’elle provoque en toi. Chaque geste de l’autre passe à travers toi et provoque un sentiment qui mérite d’être regardé. Chaque interaction avec l’autre ne vient pas renforcer ton image, ni la détruire, elle ne t’apprend qu’à te connaître. Personne ne détermine ce que tu es ; ta relation avec l’autre te construit, par la façon dont tu travailles cette relation ; mais l’autre ne te construit pas. Tu fais le choix d’être une personne entière, intègre, honnête envers toi, quand bien même constituée de morceaux épars et de fragments divergents. Tu existes par cette seule conscience d’exister.
Tu doutes des paroles agréables – “jolie, intelligente, brillante, charmante” mais pour qui, pour une personne, pour deux, quelle stabilité dans ces mots prononcés, quelle vérité ? Il n’y en a pas. La seule vérité est individuelle et personnelle. Tu es ce visage, ce corps, cette peau, ces lèvres, ces yeux, ces cernes, ces taches et ces marques blanches. Tu es ce qui se présente à toi. Tu n’es jamais ce que l’autre révèle de toi. Personne ne te connaît – que toi. Tu es seule et tu doutes, tu poses la question du pourquoi – qui conduit à la seule réponse valable : il n’y a pas de raison de rester en vie – et tu te bats pour vivre malgré tout, pour exister envers et contre toutes les attaques, envers et contre tous les compliments, tu ne te bats que pour toi – ta peau, ton corps, ton sang qui bat – et sans même en connaître le sens ni la raison, la vie semble valoir la peine d’être maintenue parce qu’elle est un fait donné, et dont ta conscience se saisit. Tu ne sais pas pourquoi tu dois vivre, tu n’as pas de but, d’idéal ni d’attente, mais tu acceptes la vie en toi à partir du moment où elle se lie à ta conscience, à partir du moment où la vie se travaille. Tu ne décides pas de ta vie, mais tu décides de la conscience que tu as de toi-même au travers de ta vie. L’essentiel est de te construire.

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Le concert de Jérôme.
mars 26, 2008 · Un commentaire
Le Réservoir est une petite salle au décor d’enfance, cheval en bois et peintures florales dans une lumière douce, fréquenté par une population hautement branchouille. Je n’ai jamais vu Jérôme en concert que dans cette salle. Fauteuils, cocktails hors de prix, faune étrange accoudée au bar plutôt que de venir s’asseoir face à la scène. Au bout du compte on finit par se sentir “à la maison”. Les mêmes chansons, belles, violentes, poétiques, l’humour rare et précieux, les gestes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Ma colère s’en va en écoutant celle de Jérôme, mon désespoir rencontre son écho lorsque que la chanson interroge “qui de valable dans cette vie ?”, et puis non moi non plus “je ne supporterais pas que tu en aimes un autre/c’est impossible d’aimer quelqu’un d’autre/c’est une trahison”. A l’automne j’avais pleuré tout au long du concert. Chaque mot me retournait le coeur. Tout appelait mon amour disparu. Ce soir je me sens sortie de ma propre douleur, ouverte vers l’infini que fait surgir chaque chanson. La musique est là, mélodie agressive, guitare géniale de Matthieu Zazzo diablement sexy. J’aime la voix de Mareva nouée à celle de Jérôme.
C’est le lieu du refuge, entourée de mes très belles superbes éclatantes, nous sommes deux blondes et deux brunes, sensibilité à fleur de peau, la vie qui immensément nous traverse le corps, et je me vois rire, la peau souple et heureuse, je sens l’énergie qui me traverse, celle des mélodies rock qui m’électrifient comme des réminiscences musicales de Joy Division, je sais que je suis : en vie, heureuse, seule, sereine, indépendante, solide.
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