.. aglae ex time ..

Articles étiquettés ‘Paris’

Limoncello.

août 9, 2008 · Un commentaire

Comme parfois l’écriture se lie à la nuit, aux tasses de thé noir (oui, ça change), à l’obscurité silencieuse du jardin et des bois, sur la maison aux fenêtres ouvertes. Le temps calme du week-end pour la nuit retrouver les mots, les sensations redescendues, les éclats des dernières journées quand tout est si régulier dans la grande maison de pierre. Sur l’ordi de mes parents il y a un petit player de Radio France, je me balade de FIP à France Musiques, il y a un jazz de folie à minuit, oh voilà ça y est, l’envie des concerts improvisés de la rue des Lombards me reprend. J’ai un peu perdu de vue le garçon qui m’y emmenait, il faudrait remettre la main dessus.

Août à Paris, c’est un rythme lent, ce sont des soirées qui ne se terminent pas, des pique-niques sur les pelouses des avenues, les quais de la Seine et du canal, ce sont quelques verres de rosé, les dîners avec E. dans un petit restaurant de la rue Guisarde, les tables ont été installées sur les pavés, il fait chaud, il est tôt, personne ne s’attarde à bosser et tout le monde se retrouve pour prendre des verres, profiter de la fraîcheur qui tombe, draguer les filles aux robes courtes et aux yeux maquillés. La légèreté prend le pas sur l’angoisse, tout se résoud pas à pas, j’essaie d’avoir confiance en même temps que de rester prudente. Il y a aussi ces grandes averses subites, ces trombes d’eau qui s’abattent sur les places de Paris où les gens s’attendent, alors on se réfugie sous des parapluies et des imperméables improvisés, ou bien parfois lorsque l’orage vient après les grosses chaleurs, je reste sous l’averse, je sens l’eau qui ruisselle sur mes jambes, je baigne dans mes chaussures vernies, toujours cette fascination pour les grandes pluies et l’orage qui crève le ciel au milieu de la nuit, ma fenêtre ouverte, les premières gouttes près de mon lit, les longs éclairs qui déchirent la nuit violette. Au matin, l’air est moins dense, j’enfile la petite veste bleue de Julie et il y a un très grand bonheur à marcher dans la ville encore fraîche.

Un garçon m’est rentré sous la peau et je ne sais pas quel jeu on joue, si rien n’est à envisager ensemble. Peut-être qu’on ne joue pas, qu’on laisse seulement grandir l’affection réciproque, pour faire appel à l’autre le jour où ça n’ira pas. C’est quelque chose de dangereux. Ne t’attache pas à moi si c’est elle que tu aimes, et si l’amour fou pour elle vaut davantage que les crises entre vous. Je ne veux pas devenir celle qui t’aidera et t’accompagnera, celle qui écoutera comme vous vous blessez. Moi je veux t’aimer, pas autre chose, alors ne me donne aucune latitude si tu ne dois pas m’aimer à ton tour. Bon, viens, je t’emmène au ciné, il y a toute une culture cinématographique à te construire.

La nuit je regarde Il Gattopardo, la très belle image et la réalisation impeccable de Visconti, Delon est sublime avec sa taille fine, ses yeux comme des couteaux de l’océan, ses traits extraordinairement fins, Claudia Cardinale est un recueil de sensualité aux grands yeux noirs et aux cheveux sauvages, j’aime les mimiques de Reggiani qui accompagne Lancaster à la chasse. Nino Rota compose avec génie la musique d’un film sicilien, les cris de Garibaldi, la valse de Verdi, “Vittorio Emmanuele Rei D’Italia”, oh et surtout les montagnes arides de la Sicile, les oliviers à perte de vue, les volcans qui crachent des fumées sombres, les femmes sous leurs ombrelles tiennent un mouchoir devant leurs visages. Lorsque j’ai vu le palais que quitte la famille du prince Salina au début du film, j’ai pensé à la grande maison de Don Ciccio que Vito Corleone revient tuer pour venger son père assassiné, dans The Godfather. La maison mystérieuse aussi, un peu, de Beauté volée. L’extraordinaire, c’est de faire ressurgir de ce film tous mes souvenirs de la Sicile, d’appeler si fort la Méditerranée, les oliviers de mille ans et la chaleur lourde des mois d’été.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , , ,

.. 23 ..

juillet 27, 2008 · 3 commentaires

C’est étrange cet anniversaire qui ne se prépare pas vraiment. Je suis seule dans la maison de pierre. Chaleur lourde et intenable la journée, fraîcheur nocturne qui pénètre derrière les murs dès lors qu’on ouvre la maison, une fois la nuit tombée. Je n’ai certainement pas envie de me retourner vers le mois de juillet de l’an dernier. Je suis capable d’avoir un regard plus lucide sur ce que l’été dernier a été ; mais pas ce soir, je ne veux pas regarder. Seulement penser à ce que je suis, aujourd’hui. Cette solitude qui ne pèse pas. Cette capacité à résoudre seule, à déverser les mots vers moi lorsque quelque chose s’emballe, plutôt que d’abreuver mes amis de douleurs qu’ils ne peuvent pas supporter à ma place. Cela rend plus forte, de ne pas chercher la consolation, l’oubli ou le réconfort auprès des alliés ; mais de chercher en soi les racines, d’expliquer la blessure, d’apaiser la douleur. Seule. Sans me couper de personne, je m’expose moins, j’apprends à ne me reposer que sur moi, à ne pas faire dépendre de la présence de l’autre mon sentiment d’être heureuse. Je veux être auprès de mes amis pour vivre, partager, apprendre, découvrir, et sans doute encore des thés, des cafés pour se consoler, pleurer et puis retrouver les rires, mais je ne peux pas leur demander la réponse qui apportera l’apaisement, le calme profond, la sérénité heureuse. Ceux qui émaillent ma libre trajectoire, ce sont les alliés, ceux qui peut-être même sans s’en rendre compte apportent des pierres solides, que je reprendrai, que j’utiliserai sur mon propre chemin – ce sont les phrases, les attentions de certains, ce sont les réflexions engagées presque de façon anodine, ce sont les images prises et gardées au hasard d’une conversation, d’un moment partagé.

Alors seule, sans encore ressentir le manque de la construction d’une relation à deux, j’avance doucement. Les rencontres, les soirées immenses dans Paris, les livres, tout m’occupe. Il y a ce coin du 4ème arrondissement que j’aime, entre les quais et la rue de Rivoli, entre Sully-Morland et le pont Marie (bien sûr) : la rue de l’Ave Maria, la rue du Figuier et la très belle bibliothèque Forney, la rue Charlemagne. Soudain Saint-Paul, les bancs au soleil, le cœur de Paris qui évoque le plus dans mon imaginaire l’histoire médiévale, la rue des Rosiers pour manger ashkénaze et la rue du Roi de Sicile pour rejoindre la Tartine. Je suis insupportable, je lance des œillades pas possibles au serveur. Je parle danse, littérature, escapades. Toute la journée dans Paris je crapahute en talons, la poussière du jardin des Tuileries avant d’aller voir les photos de Richard Avedon – j’aime la série des photos de l’Ouest américain -, je rencontre, je souris, j’écoute ce qu’on a à m’apprendre. Le jeune garçon qui me raccompagne la nuit jusqu’à la station de taxis, beau comme un cœur, tellement poseur qu’on aimerait le bousculer un peu pour lui faire perdre la belle assurance que donnent l’apparence parfaite, les bonnes manières, les formules polies – je veux savoir ce qu’il y a derrière.

Une autre nuit, pique-nique sur l’herbe, N. s’est souvenu que mon anniversaire approchait, il m’offre le Demian de Herman Hesse et je trouve ça vraiment très chouette, et même prometteur de la part d’un type qui cite Gatsby et Belle du seigneur parmi ses livres préférés (manque Dostoïevski pour atteindre ma triade des auteurs sublimes). Soudain on se retrouve sous la tour Eiffel, j’avais sans doute 7 ans la dernière fois qu’on m’y a traînée, et je trouve ça plutôt beau malgré les trombes d’eau qui commencent à tomber – la petite robe noire, mouillée, les pieds dans les sandales, rincés, les cheveux sous la pluie, emmêlés. A l’abri d’un stand de gaufres, je mange ma crêpe à la confiture de fraise – juillet, minuit, pluie, rien ne me paraît absurde -, c’est brûlant, la confiture tombe sur ma robe, coule sur mes doigts, j’avale ça comme une gamine affamée, je démontre mon incapacité à manger proprement, et cette insouciance-là, cette insouciance à être trempée, pas très présentable, à regarder les étoiles de la tour Eiffel, avec les mêmes yeux émerveillés que ceux des touristes, tout en mangeant une crêpe qui dégouline – c’est très rare pour moi, c’est très précisément à ce moment le sentiment de liberté, c’est courir sous la pluie dans les jardins du Trocadero, et monter deux à deux les marches qui glissent, c’est être strictement indifférente à ce que je parais, à cette image que je renvoie, à ce que n’importe quel inconnu croisé pensera.

Aujourd’hui, j’ai 23 ans.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , , , ,