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Accepter que le lien se défasse.

février 12, 2008 · Laisser un commentaire

Mouvement vers l’extérieur, mouvement vers la sortie – non pas la fuite, mais l’avancée réelle, profonde, la construction de soi. Difficile de dire que je vais mieux – mais sans doute je vais moins mal. Le nuage cotonneux toujours autour de moi, les pilules le matin – antidépresseurs, anxiolytiques – , les nuits coupées et envahies de rêves étranges, les séances éprouvantes avec la psy où l’on avoue tout – et où l’on réfléchit. Quelque chose se passe, petit à petit, quelque chose s’apaise.

Réfléchir au lien de dépendance construit au fil des mois – pourquoi ? – et au refus d’accepter la vérité. Le travail de psychothérapie m’oblige à me placer devant mes propres incohérences, devant toutes ces réactions qui ne trouvent pas de justification. Des évidences que je ne voulais pas voir. Bien sur qu’on ne forcera jamais quelqu’un à (re)tomber amoureux. Bien sûr qu’on n’ira jamais contre la volonté de quelqu’un qui a décidé de ne plus aimer. Je ne peux pas lutter contre ça. Je n’ai pas ce pouvoir. C’est une chose pourtant si simple, de savoir qu’on ne prend pas les décisions à la place de l’autre. Je me fais doucement à cette idée : j’ai fait tout ce que j’ai pu pour prouver mon amour, pour donner, être prête à recevoir, j’ai été d’une disponibilité, d’une douceur et d’une attention constantes ; je ne pouvais pas faire plus. J’essaie de ne pas me reprocher la moindre attitude, de ne pas me croire responsable de l’amour détruit. J’accepte mon incapacité à rendre tout possible. L’amour, le don et la volonté ne suffisent pas. Deux volontés se rencontrent, si l’une refuse de fléchir, l’autre ne peut pas prendre plus de poids.

J’apprends à ne plus me sentir responsable et j’apprends à laisser ma vie se passer sans avoir la moindre emprise sur elle. J’apprends à ne pas vouloir rejouer le passé. Des choses sont arrivées, elles ne s’effacent pas, ne s’oublient pas, et ne s’inversent surtout pas. La marche arrière n’existe pas. Je ne peux rien changer et il n’y a rien à faire aujourd’hui pour espérer encore que cet amour passé redevienne le motif de l’engagement et de la lutte. Son engagement à lui, sa lutte à lui. Ca ne signifie pas que je baisse les bras, que je suis défaite, que je me tiens face à un échec. Ca veut dire qu’il n’y pas de combat contre le passé qui soit possible. Le présent existe tel qu’il est aujourd’hui – il me blesse mais je n’ai pas d’autre possibilité que de vivre avec.

Vivre avec ne signifie ni accepter, ni oublier, ni pardonner. Je ne ferme pas les yeux sur la douleur, je ne cherche pas à l’enfouir : au contraire je la regarde bien en face et je réponds que le mal est fait, qu’aller de l’avant est la seule voie possible. Je n’oublie pas et la douleur est présente à chaque minute. Si je l’écoute, le mal ressurgit dans mon ventre, volcan en éruption sous ma peau. Mais je ne l’écoute plus. Je fais taire la douleur. Je vis avec. Elle est intacte mais elle se place en retrait. La douleur sera là des mois et des mois encore, je sais bien que ces blessures intimes ne s’apaisent jamais entièrement. Je sais bien que les garçons aujourd’hui m’effraient et que je me protège derrière des remparts d’indifférence et d’impertinence.

Quelles réponses, alors ? La vengeance est un sentiment auquel on n’échappe pas, mais elle ne doit pas se réaliser. La rancœur aide à se détacher mais ce n’est pas à moi de blesser l’autre. Je suis sûre qu’un jour il saura. Un jour, lorsqu’il aura grandi, il comprendra un peu mieux ce qui a pu se passer. Je reste impuissante devant le mal fait et il faut accepter cela. Accepter le fait d’avoir été blessée, puis apprendre à se protéger, à moins faire confiance. J’ai su sourire. J’ai su aimer et donner. Il ne reste que le souvenir des moments doux, il ne reste que le refuge et la sérénité que j’ai trouvés le temps d’un été. Qu’importe que je lui aie donné, que le retour n’ait pas été à la hauteur, peut-être que tout n’a été qu’une erreur. Mais je crois avoir été heureuse, je crois en garder le souvenir ébréché. Aujourd’hui il me reste le mépris et le dégoût, ces armes pour m’éloigner, m’extirper, comprendre qu’il n’est plus la bonne personne – surtout, il reste l’oubli. J’ai donné, je ne reprendrai pas. J’apprendrai. Je me construirai. Je m’en sortirai.

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