.. aglae ex time ..

Entries tagged as ‘homme’

Etincelle du désir.

février 12, 2008 · Un commentaire

Chaque jour se voir, s’observer, s’apprivoiser - découvrir le corps, le visage, de loin, à la dérobée - assise près de lui je fais parfois semblant d’écouter et je regarde ses mains, apprends ses manies, laisse les sourires venir. D’abord la retenue, puis l’apprentissage sensible, faire attention à ses moues qui traduisent tout - l’amusement, l’agacement, la fatigue, l’excitation - et établir des codes. Rire sans même se concerter ni se regarder, relever la tête aux mêmes signaux pour se trouver complices, et puis prendre l’habitude de travailler l’un à côté de l’autre, nos corps ne se font plus peur lorsqu’ils se heurtent. J’apprends ses yeux très clairs, bleus ou verts c’est trop flou, ses cheveux très noirs et non pas bruns, son corps massif. Lorsqu’il retire son pull, les manches déboutonnées et relevées, c’est le corps jeune qui explose, c’est la virilité qui me bouleverse, la masculinité incontrôlée, ce débordement du corps, la poitrine devinée sous les plis, les mains carrées et rassurantes.

Depuis huit mois je n’ai pas ressenti de désir pour un autre garçon que lui. Je redécouvre simplement, comme faisant un premier pas vers l’avant, ce que peut éveiller le corps d’un garçon. Rien d’autre. C’est déjà une joie de sentir encore quelque chose s’accélérer sous ma peau - le désir qui coule dans mes veines.

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On ne meurt pas de la trahison.

février 11, 2008 · Pas de commentaire

La mort me regarde les yeux grand ouverts. Les mains tendues. Elle gagne du terrain parce que la douleur explose dans ma tête, parce que je préfèrerais ce silence-là au fracas qui gronde derrière mon front. Je ne réfléchis plus, je suis juste folle de douleur, de rage, de honte, je ne comprends pas ce que j’ai fait, mais comment avoir pu en arriver à cette situation, je suis loin de tout, juste ravagée et brisée par l’afflux de douleur, de violence, comment a-t-on pu se faire ça, comment ?

Je ne sais pas. Je dirais bien : la vengeance, la colère. Qui m’ont fait perdre contrôle. Je vois Ian Curtis, “she’s lost control”, je le vois dans une situation impossible, s’extraire par la corde pendue dans la cuisine, non, 23 ans, moi aussi bientôt 23 ans, non, je ne veux pas, ne pas mourir parce que je ne comprends plus, parce que l’issue n’existe plus, parce que l’estime et la confiance sont devenues des mensonges. Mais le bourdonnement dans ma tête, l’explosion, la douleur diffuse, il n’entend pas, il ne comprend pas, je vais rentrer prendre 36 cachets pour m’endormir, rendre le tapage silencieux, chut, faire le silence, plonger dans l’ouate, effacer de force les images qui défilent devant mes yeux - trompée, humiliée, sa bouche, celle d’une autre fille, ses mensonges remplis d’assurance et sa passion dont je n’arrive pas à savoir si elle était vraie - je t’aime mais je te trompe ? - et puis tout ça n’a plus d’importance, lui n’a plus d’importance, mais moi je suis sale, je suis humiliée, je suis ignorée, ma douleur et ma colère personne ne peut les entendre, la vengeance est interdite, il ignore, il ferme les yeux, il cache son visage, sa voix, et moi je dois supporter ça, accepter ça - l’autre ne sera jamais puni, l’autre ne comprendra jamais la douleur, un homme surtout, que sait-il de la brûlure d’avoir été trompée ? Un homme pénètre, une femme est pénétrée, une femme ne connaît que le sexe de son amant, une femme offre son corps, la trace est plus forte en nous, la trace de l’amant, l’amant qui s’en va voir ailleurs -

Je veux mourir, j’appelle mon frère en sanglots, “Guillaume je veux mourir, Guillaume c’est trop difficile, je me sens sale - Marie est-ce que tu veux que je vienne te chercher, est-ce que tu veux que je te retrouve, Marie ?” et puis je ferme les yeux - le silence autour de moi, des toilettes un peu glauques où je n’aimerais pas crever, les paupières baissées et mes mains dessinent, mes mains viennent se poser sur l’encolure de ma douce, comme hier, mes mains posées à plat sur l’encolure souple de Noroise, je ferme les yeux encore et je me souviens de la sensation d’une liberté infinie, lorsque hier dans la montée au travers des bois je la laissais galoper, les rênes lâchées, les mains posées sur ma jument, je la sentais sous moi, respirer, souffler, galoper encore jusqu’à retrouver la route, je m’échappais, je trouvais le mouvement, le vent et les branches qui me griffaient, c’était ça, c’était le mouvement d’être en vie, c’était l’énergie, la chaleur, c’était la raison de vivre, c’était ma nécessité d’être en vie pour elle et de recevoir le bonheur d’être avec elle. Est-ce que ça paraît idiot ? C’est ma jument qui me sauve, le besoin d’être près de son corps, de la trouver allongée dans son box et de me glisser près d’elle dans la paille, les mains qui parcourent sa tête, sa peau douce, je m’endormirais près d’elle, je trouverais le seul réconfort dont j’ai besoin auprès d’elle. Noroise me maintient en vie.

C’est sans doute aussi idiot de repenser à Antigone, de repenser à l’Oedipe sur la route de Bauchau, mais je me sens prisonnière, entourée de lois qui contredisent mon intégrité - la trahison, le mensonge, envers celle qui avait promis de protéger, d’être là, d’aimer toujours - je voudrais proclamer l’honnêteté, la sincérité, la fidélité que je réclame de l’amour, mais les lois sont pour lui, la morale bien pensante est pour lui, et je ne suis que la pauvre enfant folle brûlée de fièvre, Antigone, qui s’accroche à son absolue conception de l’amour, je me bats seule et en silence, je me bats par la résistance - la résistance face à la tentation de mourir - je refuse de lui donner raison et de m’excuser, je refuse de renoncer et de me mentir à moi-même - en silence, la lutte et la croyance en un amour sans trahison. Les lois peuvent être de son côté ; je repartirai avec mes convictions, je deviendrai forte à force de croire en moi et de continuer à savoir que j’avais raison. Et même si je n’ai que des mots idiots et sans poids pour m’élever contre la trahison.

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Désir d’enfant.

janvier 23, 2008 · Pas de commentaire

J’ai repris le réflexe d’allumer machinalement la radio dès que je suis chez moi, et d’écouter d’une oreille les infos ou les émissions de France Inter. Ce soir je suis rentrée l’esprit vide, à force d’avoir découvert, appris, ouvert grand les yeux. L’effervescence intellectuelle est à nouveau là. Alors j’écoutais distraitement l’émission de Kathleen Evin, L’Humeur vagabonde. J’ai entendu quelqu’un expliquer que le désir d’enfant et la possibilité d’être enceinte permettaient aux femmes de se projeter dans le futur. D’envisager un prolongement d’elles-mêmes dans l’avenir. Les hommes au contraire n’auraient que la possibilité de multiplier les aventures du présent. Les femmes seraient capables de déployer toutes leurs forces vers cet espoir et ce désir, tandis que les hommes seraient ancrés de façon beaucoup plus irrémédiable dans le présent. Un Don Juan (ici ou ), c’est un homme qui a profondément conscience de la mort comme disparition et comme fin absolue, qui multiplie donc les rencontres dans le temps présent pour se sentir exister. C’est une interprétation très discutable, et je n’aime pas beaucoup ces catégorisations et ces généralisations sur le genre masculin/féminin. Mais je comprends un peu le sens de cette explication : une femme peut porter très tôt en elle le désir d’enfant, et se battre dès lors parce qu’elle a conscience de ce désir, de cet événement du futur. Pour porter un enfant, lui donner naissance, une femme recherche à établir la relation avec un homme, elle demande une certaine stabilité. Au-delà des différences d’âge et de maturité (la fameuse “horloge biologique”, le tic-tac à l’approche des trente ans), une femme peut envisager très tôt, de façon naturelle, le désir d’avoir un enfant. C’est sans doute moins naturel, et donc plus lent à venir, chez un homme. Je ne crois pas qu’un homme connaisse jamais avec la même puissance ce désir profond, inscrit dans le ventre, cette nécessité absolue de donner vie.

Je me suis aperçue en fin d’émission que c’était Jacques Attali (eh oui, le même que pour les 318 propositions qui vont “libérer” la croissance française !) et Stéphanie Bonvicini, auteurs de Amours. Histoire des relations entre les hommes et les femmes, qui répondaient aux questions de Kathleen Evin. Et en intermède musical, parce que France Inter a bon goût : un ptit tour par Gainsbourg, et “Votre fille a vingt ans”. A la suite c’est Laurent Lavige qui emmenait sur la route de Patti Smith (“Because the night”), glissant “Le maudit” de Sanson, la voix de Ray Charles sur “Over the rainbow”…

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