.. aglae ex time ..

Entries tagged as ‘féminin’

“Tu rejoins notre équipe de foot ?”

mars 19, 2008 · Un commentaire

A la longue table de la cantine, il y a six garçons autour de moi - des informaticiens, des chefs de produit, un rédac chef. C’est au début perturbant, je joue le rôle de l’intrus. Et puis la différence s’estompe, en évoquant les sites récemment lancés, les pure players que sont Rue 89 et Mediapart - je parle serveurs Apache, modèles économiques sur internet et indépendance journalistique. Ils oublient tout autant que moi que je suis la jeune femme entourée d’une brochette de types âgés de 20 à 40 ans. Non, je ne suis plus que la fille qui bosse comme eux et avec eux. La dissipation des genres me soulage. Le langage informatique et l’humour ne sont pas des caractéristiques exclusivement masculines. Il faut un jour montrer cette capacité à s’adapter, à s’extirper des attitudes ultra féminines - pour voir apparaître des relations un peu plus franches. Je suis la petite nouvelle, on me tâte, on me teste (on me tente). Souvent, s’ils savaient comme je me sens pourtant plus proche des garçons. Je suis la première à sourire des attitudes de Valentine, à déjouer les poses féminines. L’équipe de foot sera bientôt créée ? Je veux en être. Bon, pas vraiment pour courir derrière le ballon que je risque de ne jamais toucher, mais pour courir tout court et surtout pour être avec eux, créer des liens différents de ceux du quotidien autour de nos ordinateurs. Lorsqu’on commence à s’envoyer des vannes, je sais que je suis un peu plus proche d’eux. Ces relations simples entre eux et moi, c’est un point de départ pour accepter de m’intéresser à nouveau aux garçons. Pour oser croire qu’ils ne sont pas tous à l’origine de blessures profondes. Aller faire du foot pour retrouver confiance. Moi, avec mes talons aiguilles et mes jupes bien droites. Je déconstruis l’image ultra féminine. J’accepte en moi la part masculine. Je prends aussi soudain conscience de ma violence, de la force qui sommeille et que sans doute la colère pourrait déclencher - à l’école c’était plutôt les garçons qui se bagarraient, mais j’aurais aimé avoir le droit d’utiliser mes poings, moi aussi. Il est encore temps. Je crois qu’un jour la violence devra ressortir de mon corps au travers des coups lancés contre le visage de celui qui m’a blessée.

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Désir d’enfant.

janvier 23, 2008 · Pas de commentaire

J’ai repris le réflexe d’allumer machinalement la radio dès que je suis chez moi, et d’écouter d’une oreille les infos ou les émissions de France Inter. Ce soir je suis rentrée l’esprit vide, à force d’avoir découvert, appris, ouvert grand les yeux. L’effervescence intellectuelle est à nouveau là. Alors j’écoutais distraitement l’émission de Kathleen Evin, L’Humeur vagabonde. J’ai entendu quelqu’un expliquer que le désir d’enfant et la possibilité d’être enceinte permettaient aux femmes de se projeter dans le futur. D’envisager un prolongement d’elles-mêmes dans l’avenir. Les hommes au contraire n’auraient que la possibilité de multiplier les aventures du présent. Les femmes seraient capables de déployer toutes leurs forces vers cet espoir et ce désir, tandis que les hommes seraient ancrés de façon beaucoup plus irrémédiable dans le présent. Un Don Juan (ici ou ), c’est un homme qui a profondément conscience de la mort comme disparition et comme fin absolue, qui multiplie donc les rencontres dans le temps présent pour se sentir exister. C’est une interprétation très discutable, et je n’aime pas beaucoup ces catégorisations et ces généralisations sur le genre masculin/féminin. Mais je comprends un peu le sens de cette explication : une femme peut porter très tôt en elle le désir d’enfant, et se battre dès lors parce qu’elle a conscience de ce désir, de cet événement du futur. Pour porter un enfant, lui donner naissance, une femme recherche à établir la relation avec un homme, elle demande une certaine stabilité. Au-delà des différences d’âge et de maturité (la fameuse “horloge biologique”, le tic-tac à l’approche des trente ans), une femme peut envisager très tôt, de façon naturelle, le désir d’avoir un enfant. C’est sans doute moins naturel, et donc plus lent à venir, chez un homme. Je ne crois pas qu’un homme connaisse jamais avec la même puissance ce désir profond, inscrit dans le ventre, cette nécessité absolue de donner vie.

Je me suis aperçue en fin d’émission que c’était Jacques Attali (eh oui, le même que pour les 318 propositions qui vont “libérer” la croissance française !) et Stéphanie Bonvicini, auteurs de Amours. Histoire des relations entre les hommes et les femmes, qui répondaient aux questions de Kathleen Evin. Et en intermède musical, parce que France Inter a bon goût : un ptit tour par Gainsbourg, et “Votre fille a vingt ans”. A la suite c’est Laurent Lavige qui emmenait sur la route de Patti Smith (“Because the night”), glissant “Le maudit” de Sanson, la voix de Ray Charles sur “Over the rainbow”…

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