.. aglae ex time ..

Entries tagged as ‘désir’

Les chemins ouverts.

juin 29, 2008 · Un commentaire

Je porte la courte robe bleue à pois. La peau nourrie de soleil et de poussière. Les cheveux longs et broussailleux. Le bonheur simple des week-ends dans la grande maison de campagne, les trajets en voiture au milieu des champs, les framboises cueillies dans le jardin, la bouteille de vin blanc au dîner (Bellivière, Vignes éparses, 2002), le rugby sur la télévision du salon. C’est un petit peu le paradis. Loin des angoisses, enfermées quelque part à Paris. Je ne laisse plus grand chose m’atteindre. J’échappe aux attaques de mon frère. J’échappe à l’illusion des garçons. Le stress du boulot et des examens n’a pas prise sur ce que je suis. Il y a des points d’appui riches et stables. Les grandes envies de lecture de l’été - Kerouac still on the road, Spinoza, Levinas, Cioran, Kundera. L’excitation de quelques jours passés à Saint Jean de Luz, souvenirs à retrouver de la baie calme, de l’océan furieux à Anglet, des nuits basques blanches et rouges où nous attrapions des taureaux imaginaires. La vie simplement vécue dans toute son extrémité, la vie dans la peau, mais sans faire de mal, sans blesser, sans s’y perdre, sans s’abîmer. Il y a de longs dîners à la table d’une cuisine étroite, entre copines, des légumes trempés dans le yaourt blanc, le vin alsacien pour accompagner la quiche lorraine, les anecdotes, les souvenirs, les doutes, les hésitations, les désirs. Il y a l’amitié protégée avec M, sa présence extraordinaire pour me reprendre lorsque la panique s’installe, et le temps que je lui laisse si les anciennes douleurs ressurgissent - je sais que notre amitié survit, résiste, qu’il faut simplement se donner le temps de l’apaisement parfois. Un petit bar américain avec des affiches du Che et des publicités usées Havana Club, le vieux type avec son panama prépare des milk-shakes à la banane et nous laisse papoter tranquillement des chorégraphies de Béjart (le bar américain est caché quelque part près de la Bastille, rue de Charonne). Dans les nuits folies je ris, je danse, je bois des mojitos, je ne crois pas les types et je me moque de la bêtise de ceux qui attrapent les filles en étalant leur CV - il faut me parler de musique, d’échappées, de romans, de trucs qui nourrissent un peu - je ne cesse pas d’aimer les garçons qui vivent dans leur peau et pour la peau, je ne connais pas autre chose que les ultrasensibles qui vivent à l’infini, qui parleraient la nuit entière de quelques passions - parle moi de tes reprises rock dans les petites villes de l’Aveyron et je te parlerai des morceaux de Led Zep qui ont à voir avec le délire - parle moi de tes matches de rugby et je te parlerai de mes concours d’équitation, dis moi Pyrénées et je te dirai Saint Jean de Luz - toutes ces pistes à creuser, tout ce qui existe au travers des amitiés, tout ce qui grandit, et pour toujours des projets, des envies, des éveils - salsa, tango, théâtre, italien, japonais, voyages - tous les chemins s’offrent. Je crois aux chemins plus qu’aux personnes qui m’aident à les dessiner. Il n’y a pas de confiance démesurée à placer dans les amitiés trop récentes, ou dans les moments fous des nuits longues, il n’y a pas d’illusion à laquelle céder avec un garçon qui ne voudrait pas du chemin commun, accompagné - je me préoccupe à peine de cela, je suis seule, terriblement heureuse de rire danser et embrasser - oui mais rentrer seule - parce que personne, aucun pour me séduire autrement, pour me faire sentir que nous sommes hors des jeux, du simple appel des corps - j’attends autre chose, l’appel de l’un vers l’autre, sans savoir pourquoi, sans comprendre, le corps bien sûr mais l’envie inexplicable d’être ensemble. Ce désir entier et incompréhensible - est là. Tu ne le sais pas. J’attends le moment où je pourrai te dire ce désir.

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Slave of sensation.

mai 8, 2008 · Pas de commentaire

Il est là mon danger, mon garçon doux et dragueur, ma tentation, mon plaisir secret. Il est là devant moi et je dois jouer l’indifférente. J’aime ses pulls qui sont faits pour qu’on s’y glisse, j’aime ses jeans tombant, j’aime son énergie magnétique, j’aime marcher près de lui - rires, mouvements, flottement l’un près de l’autre - il me raconte l’Aveyron et entre deux jeux de mots les paroles graves murmurées, l’air de rien, comme si on ne parlait pas de ça, comme si les quelques mots prononcés n’appelaient pas immédiatement le souvenir et l’expérience de la dépression - mais vite, chasser cette atmosphère, chercher les parades à la mélancolie, vouloir lire les sourires sur son visage, et si près l’un de l’autre, affalés comme deux bons amis, partageant sandwiches et bière (non, en fait, je n’aime définitivement pas la bière) - surtout partageant l’explosion extraordinaire des mélodies de Portishead, de la voix de Beth Gibbons, des images filmées et projetées sur les écrans géants. Paroles de l’angoisse, de la tristesse et de la noirceur, et pourtant l’apaisement surgit de la musique épurée, groove ultrapuissant pour insuffler la rythmique, disques scratchés, mélodies limpides de la basse, l’ether de la voix de Beth Gibbons qui s’isole du public et s’échappe au travers de l’espace musical. Serrés si près, l’intimité de s’être déjà connus, la distance respectée - non je ne saisirai pas sa main, non je ne brûlerai pas ses lèvres - je resterai même droite pour ne pas m’appuyer contre lui. Nous sommes deux bons camarades, deux alliés, deux joueurs de l’amour, mais pour une fois nous avons respecté les règles fixées. Aujourd’hui je sais qu’il ne trichera pas. J’ai encore le goût du thé douloureux bu “chez Pauline” dans la gorge, j’ai encore l’image de son regard fuyant lorsqu’on essayait de se montrer sincères - le mien de regard se perdait entre les tables du café, revenait gonflé de larmes, souriait autant que je le pouvais et que je l’y avais habitué - et puis cette attitude lâche, médiocre, cette attitude qui me révoltait, pourtant Dieu merci nous nous arrêtions avant le pire, avant l’illusion, avant le mensonge, mais comme j’aurais aimé le voir s’acharner, comme j’aurais souhaité la ténacité, la confiance et le courage. Sans se blesser, sans s’attacher, sans se faire du mal - avant toute chose, avant le moindre sentiment, avant le moindre manque - il faut se séparer, tenir à distance le risque, se protéger, toujours devenir plus solide. Son attitude je la condamne, ses arguments qui ne nous laissent pas la moindre chance je les méprise ; il y a une fuite, il y a une incapacité à assumer l’attaque frontale extraordinairement violente de la nuit hors du temps, la nuit dont tout le monde se souvient, la nuit où nous parlions Japon, Crète, Gustave Moreau et Pieyre de Mandiargues. Oh et puis je ne veux ni me mettre en colère, ni résister - je veux le laisser filer, et peut-être l’écouter et le croire quand il dit qu’un autre saura être plus présent. Mon danger perd pied, mon danger ne semble plus être là pour lui, comment le serait-il pour moi, mon danger loin de Paris pour reprendre des forces, mon danger dont j’admire la passion des rythmes et des sons - plus tard dans les couloirs du métro, il danse, m’écarte, me rattrape, véritable artiste de la diversion, et ces sourires qu’il me met sur le visage, mon danger dont les gestes évoquent à coup sûr Denis Lavant, mon danger qui vit la musique en permanence dans la peau et qui m’y plonge, je souriais tellement en rentrant et en murmurant, répétant doucement les paroles de Beth Gibbons : “Sin, slave of sensation”.

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Le visage solaire.

mars 17, 2008 · 14 commentaires

Cette semaine j’ai élu domicile au Danton. A l’intérieur ou en terrasse, avec M. ou E. Croisant J. au hasard du quartier. Je bois des thés verts, je recommence à remplacer la nourriture le soir par des litres d’eau chaude qui me tiennent éveillée et accompagnent les moments d’écriture et de lecture. Dans les restaurants j’ai une faim de loup, j’ai avalé la semaine dernière des fajitas au poulet, avec riz mexicain et purée de haricots ; des tartines de chèvre et une soupe au potiron ; une formidable omelette campagnarde ; des orechietti au pesto et à la ricotta ; un petit déjeuner royal avec pain de seigle, confitures, et oeuf à la coque dans lequel j’ai pu tremper mes mouillettes beurrées ! Je n’ai pas la moindre idée de comment je peux avaler toutes ces choses, sans prendre le moindre gramme, mais je crois que je suis tellement investie en ce moment - dans mon travail, dans mes cours, dans l’écriture et les sorties théâtrales - que je dépense une énergie folle.

Dans les restaurants avec M. on rit tellement que je me sens revivre, je vois les fossettes réapparaître sur mon visage, et mes yeux brillent non plus de la fatigue fiévreuse mais de l’enthousiasme enfantin - la bobine lunaire remplacée par le visage serein et solaire. Maman dit que ma peau s’adoucit, et je prends le temps de traîner à l’Occitane pour respirer l’odeur des bougies au thé vert - et faire provision de crèmes sublimes. Je parle beaucoup, je confie la recette pas à pas du cheminement vers la confiance - tant de choses qui forment encore des mystères de la conscience à amadouer, des noeuds psychologiques à défaire en douceur… Je me nourris de la discussion, de l’expérience, des mots de J. et d’O, des articles de psychanalyse. Lorsque la psy m’a dit “d’accord pour que nous ne nous voyions qu’une fois par semaine, mais je veux que vous poursuiviez chaque jour la réflexion”, elle ne savait sans doute pas à quel point je m’engagerais. Je sens venir de sous la peau une force qui s’étend, qui donne le courage de faire face, même devant les souvenirs d’hypokhâgne que j’avais enterrés - j’apprends la confiance pleine, entière, en moi seulement et exclusivement, j’apprends à ne plus jamais avoir besoin de me voir au travers des yeux de celui qui m’aime - comprendre que se donner à l’autre, que faire reposer la confiance en soi sur le regard que l’autre nous porte, c’est aller droit vers l’autodestruction à chaque rupture.

Les mots secrets et intimes entre M. et moi, d’un jour à l’autre le passage de l’amour à la douleur à l’amertume au réconfort, si je veux bien faire confiance à quelques amies qui tiennent sur les doigts d’une main, elle en fait partie - et puis E. entre silences et confessions murmurées à la terrasse d’un café, comme si nous attendions l’explosion d’un feu d’artifices dans le ciel nocturne au dessus de la statue de Danton, me dit la confiance retrouvée, le désir d’aimer, l’envie de replonger dans une histoire - et moi par dessus ça je vois la contradiction brûlante, terrible, permanente - entre le souhait de l’autonomie intellectuelle et de l’absolue indépendance de mon corps dans le monde, et la nécessité irréductible de me donner entière, amoureuse et définitive à quelqu’un avec qui la relation se situera dans l’échange et la construction. Il y a quatre ans, c’était déjà la même rengaine, le terrible conflit insoluble entre l’autonomie et l’amour, entre la construction de soi et la construction de la relation à l’autre. L’issue se trouve peut-être dans le désamorçage de la contradiction - si plus simplement pouvaient se côtoyer ces deux nécessités - l’autonomie, la confiance en soi, et le don absolu qui est un acte délibéré d’engagement, mais qui ne met pas en jeu ce que je suis.

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Illusions du voyage.

mars 9, 2008 · 2 commentaires

Il y a une difficulté à retrouver Paris -  ma ville, mes repères, mon chez moi tout simplement - mais Paris porte des souvenirs englués, des histoires nauséabondes que seul le voyage me fait oublier. Illusions des voyages, des fuites et des départs, bien sûr c’est un bonheur absolu de me perdre dans les plus grandes villes du monde, de replonger dans la langue anglaise, de faire des rencontres inattendues dans des lieux hautement improbables - mais c’est un mensonge, ça n’est qu’un éloignement, et si difficile le retour à Paris, les chemins sus par coeur, les mêmes histoires rejouées, les souvenirs dégueulasses accrochés aux devantures des cafés… Pourtant, j’ai bien dû reprendre confiance ces derniers jours. Dans la perte de moi-même au milieu des rues inconnues, dans l’éblouissement des musées. Il y a aussi de nouveaux désirs, l’envie de réapprendre le japonais, de continuer l’italien, la salsa, oh et puis je crois que je vais me réinscrire en lettres modernes, histoire de terminer cette fichue licence. J’ai retrouvé ce que j’aimais aux Etats-Unis, j’ai adoré la côte Est débarrassée de la désinvolture californienne, je me suis enfin autorisée à penser qu’un jour je m’en irais peut-être vivre ailleurs.

Dans la gorge des mots à profusion, dans les yeux des lumières qui tremblent, beaucoup de vie qui passe à travers le corps, et les garçons retrouvés, les garçons désirés, le faux refuge que constituent leurs bras - je suis là, je suis rentrée, j’ai des mots et encore plus de mots à mettre sur les couleurs et les odeurs de Londres, de Boston et de New York, la vie reprend.

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Mémoire sélective.

février 14, 2008 · Un commentaire

Chez elle on ne s’allonge pas sur un canapé et on ne parle pas pendant des heures en fixant le plafond. Elle ne prend pas non plus de notes à l’encre dans un vieux carnet poussiéreux. Mais plutôt sur un Mac Book Pro tout ce qu’il y a de plus récent. Elle pose quelques questions, me laisse le temps de chercher, de répondre avec des mots qui ne sont pas les bons, que je reprends. Elle s’arrête aux aspérités, souligne les incohérences, creuse les douleurs ; jamais elle ne formule les réponses.

Il y a des choses qui sont brutales à entendre. A comprendre. A chaque fois, reprendre toute l’histoire, se souvenir de chaque jour que j’ai encore en mémoire, redonner à chaque impression sa juste valeur, bouleverser les perspectives et s’apercevoir que - lorsqu’elle le dit, lorsqu’elle le prononce, je plaque ma main sur ma bouche pour ne pas crier et je regarde ailleurs - par la fenêtre, 23ème étage, les immeubles entre Plaisance et la Porte de Vanves, les Invalides et la Tour Eiffel - je ne retiens pas les larmes qu’elle a pris l’habitude de voir à chaque séance - je rentrerai encore au boulot le visage défait, mais ces pleurs-là chaque jour me font du bien.

Elle l’a dit ainsi. Et j’ai refait toute l’histoire dans ma tête. Le trajet en bus trop court pour tout remettre dans l’ordre. Ce n’était pas de l’amour. Ce n’était pas un échange. Ce n’était pas si exceptionnel. Ce n’était pas la réciprocité que je croyais deviner. Mémoire sélective, dit-elle. C’était, peut-être… l’élan d’un jeune homme de vingt ans complexé par cette virginité gardée, qui va jusqu’à mentir sur son âge ? Le pouvoir d’un garçon qui se sentait brusquement désiré quand aucune femme ne l’avait jamais aimé ? C’était soudain la passion revécue, la passion miroir, celle qui donnait l’occasion de se venger, de me faire payer à moi le mal engendré par une autre ? Ce que j’ai pris pour de l’amour, ce que j’ai pris pour des promesses et de la confiance, ce n’était donc qu’une lutte entre désir, pouvoir, puissance, assurance, et fierté ? Comme ce devait être rassurant de connaître ses premières nuits d’amour avec une jeune femme plus âgée, plus expérimentée. Comme ce devait être un motif de fierté, et quel objet de désir j’ai été, et comme il est devenu facile de me faire souffrir. Et puis toutes ces filles qui se précipitaient, et puis cette atmosphère cynique, ce “rang” à tenir dans le cercle social - exploits, démonstration, indifférence sentimentale -, et puis finalement plus rien d’autre que la volonté d’en profiter avant le départ, l’obsession du désir, l’égoïsme qui consiste à s’en mettre plein la vue tant qu’il en est encore temps - tant pis si on écorche un coeur au passage, et puis peut-être même tant mieux - quelle belle revanche sur les femmes ?

Elle l’a dit. J’y ai réfléchi tout le temps. Quelles preuves d’amour - aucune. Quelle délicatesse - celle qui consistait en réalité à faire bonne impression, poids de l’image et de l’attrait, absence de la sincérité. Quel soutien - aucun. Quelle volonté - aucune. Quelle fidélité - aucune. Alors il serait peut-être temps de le dire, exactement comme elle l’a dit :

“il t’a trompée, et toi tu ne lui as pas craché à la figure ?”

 

 

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Etincelle du désir.

février 12, 2008 · Un commentaire

Chaque jour se voir, s’observer, s’apprivoiser - découvrir le corps, le visage, de loin, à la dérobée - assise près de lui je fais parfois semblant d’écouter et je regarde ses mains, apprends ses manies, laisse les sourires venir. D’abord la retenue, puis l’apprentissage sensible, faire attention à ses moues qui traduisent tout - l’amusement, l’agacement, la fatigue, l’excitation - et établir des codes. Rire sans même se concerter ni se regarder, relever la tête aux mêmes signaux pour se trouver complices, et puis prendre l’habitude de travailler l’un à côté de l’autre, nos corps ne se font plus peur lorsqu’ils se heurtent. J’apprends ses yeux très clairs, bleus ou verts c’est trop flou, ses cheveux très noirs et non pas bruns, son corps massif. Lorsqu’il retire son pull, les manches déboutonnées et relevées, c’est le corps jeune qui explose, c’est la virilité qui me bouleverse, la masculinité incontrôlée, ce débordement du corps, la poitrine devinée sous les plis, les mains carrées et rassurantes.

Depuis huit mois je n’ai pas ressenti de désir pour un autre garçon que lui. Je redécouvre simplement, comme faisant un premier pas vers l’avant, ce que peut éveiller le corps d’un garçon. Rien d’autre. C’est déjà une joie de sentir encore quelque chose s’accélérer sous ma peau - le désir qui coule dans mes veines.

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Désir d’enfant.

janvier 23, 2008 · Pas de commentaire

J’ai repris le réflexe d’allumer machinalement la radio dès que je suis chez moi, et d’écouter d’une oreille les infos ou les émissions de France Inter. Ce soir je suis rentrée l’esprit vide, à force d’avoir découvert, appris, ouvert grand les yeux. L’effervescence intellectuelle est à nouveau là. Alors j’écoutais distraitement l’émission de Kathleen Evin, L’Humeur vagabonde. J’ai entendu quelqu’un expliquer que le désir d’enfant et la possibilité d’être enceinte permettaient aux femmes de se projeter dans le futur. D’envisager un prolongement d’elles-mêmes dans l’avenir. Les hommes au contraire n’auraient que la possibilité de multiplier les aventures du présent. Les femmes seraient capables de déployer toutes leurs forces vers cet espoir et ce désir, tandis que les hommes seraient ancrés de façon beaucoup plus irrémédiable dans le présent. Un Don Juan (ici ou ), c’est un homme qui a profondément conscience de la mort comme disparition et comme fin absolue, qui multiplie donc les rencontres dans le temps présent pour se sentir exister. C’est une interprétation très discutable, et je n’aime pas beaucoup ces catégorisations et ces généralisations sur le genre masculin/féminin. Mais je comprends un peu le sens de cette explication : une femme peut porter très tôt en elle le désir d’enfant, et se battre dès lors parce qu’elle a conscience de ce désir, de cet événement du futur. Pour porter un enfant, lui donner naissance, une femme recherche à établir la relation avec un homme, elle demande une certaine stabilité. Au-delà des différences d’âge et de maturité (la fameuse “horloge biologique”, le tic-tac à l’approche des trente ans), une femme peut envisager très tôt, de façon naturelle, le désir d’avoir un enfant. C’est sans doute moins naturel, et donc plus lent à venir, chez un homme. Je ne crois pas qu’un homme connaisse jamais avec la même puissance ce désir profond, inscrit dans le ventre, cette nécessité absolue de donner vie.

Je me suis aperçue en fin d’émission que c’était Jacques Attali (eh oui, le même que pour les 318 propositions qui vont “libérer” la croissance française !) et Stéphanie Bonvicini, auteurs de Amours. Histoire des relations entre les hommes et les femmes, qui répondaient aux questions de Kathleen Evin. Et en intermède musical, parce que France Inter a bon goût : un ptit tour par Gainsbourg, et “Votre fille a vingt ans”. A la suite c’est Laurent Lavige qui emmenait sur la route de Patti Smith (“Because the night”), glissant “Le maudit” de Sanson, la voix de Ray Charles sur “Over the rainbow”…

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