.. aglae ex time ..

Entries tagged as ‘corps’

Souris moi.

avril 2, 2008 · Un commentaire

Il y a un temps long, et un temps court. Il y a le recul, la vie en dedans, le cheminement intellectuel personnel ; et il y a la vie immédiate, l’ouverture au monde, la découverte. J’ai valorisé souvent le contact au monde, sa violence, la sensibilité flagrante qui s’en dégage - je crois qu’il y a pourtant un équilibre à développer entre ces deux mouvements. Mouvements qui ne s’opposent pas, mais qui s’inscrivent dans des temporalités différentes. La vie immédiate est une disponibilité de l’instant, quelque chose de l’ordre du fugace. Et de l’indélébile. Pourtant, même si cette sensation est violente, elle ne surpasse pas la réflexion plus lente, moins apparente, mais tout aussi puissante. Il y a quelque chose de dangereux dans l’association de la vie à la violence, à la flagrance, et à l’immédiateté. Violence de la passion, violence des mots, violence contre soi, violence contre les autres - il faudrait se défaire de cette idée que la vie ne se rencontre qu’avec brutalité, au travers d’un choc esthétique perpétuel. La douceur et la lenteur sont le moment du repli, du rassemblement, le moment de se reprendre, de se constituer en unité. Une somme d’instants, de sensations et de déflagrations qu’il faut remettre en ordre et faire tenir tous ensemble.

De façon immédiate il y a les sourires esquissés, les regards insistants, les lèvres frémissantes, les yeux qui rient, les mots qui jouent - il y a la sensation brûlante de la vie en passant sur le boulevard de mes amours, de mes amitiés, le boulevard de toujours - il y a les voiles sombres sur mes jambes, la pluie qui s’abat, la jupe très courte, la peau à vif et sensible - il y a aussi le repli sur soi, la vie intérieure, la confiance en soi, et la solidité qui se conjugue avec la légèreté intense. Je souris, j’ai envie, je désire - je n’oublie pas de me tourner vers moi, de laisser le temps courir pour que tout s’apaise et que retombe la violence.

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Le concert de Jérôme.

mars 26, 2008 · Un commentaire

Le Réservoir est une petite salle au décor d’enfance, cheval en bois et peintures florales dans une lumière douce, fréquenté par une population hautement branchouille. Je n’ai jamais vu Jérôme en concert que dans cette salle. Fauteuils, cocktails hors de prix, faune étrange accoudée au bar plutôt que de venir s’asseoir face à la scène. Au bout du compte on finit par se sentir “à la maison”. Les mêmes chansons, belles, violentes, poétiques, l’humour rare et précieux, les gestes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Ma colère s’en va en écoutant celle de Jérôme, mon désespoir rencontre son écho lorsque que la chanson interroge “qui de valable dans cette vie ?”, et puis non moi non plus “je ne supporterais pas que tu en aimes un autre/c’est impossible d’aimer quelqu’un d’autre/c’est une trahison”. A l’automne j’avais pleuré tout au long du concert. Chaque mot me retournait le coeur. Tout appelait mon amour disparu. Ce soir je me sens sortie de ma propre douleur, ouverte vers l’infini que fait surgir chaque chanson. La musique est là, mélodie agressive, guitare géniale de Matthieu Zazzo diablement sexy. J’aime la voix de Mareva nouée à celle de Jérôme.

C’est le lieu du refuge, entourée de mes très belles superbes éclatantes, nous sommes deux blondes et deux brunes, sensibilité à fleur de peau, la vie qui immensément nous traverse le corps, et je me vois rire, la peau souple et heureuse, je sens l’énergie qui me traverse, celle des mélodies rock qui m’électrifient comme des réminiscences musicales de Joy Division, je sais que je suis : en vie, heureuse, seule, sereine, indépendante, solide.

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Brune.

mars 19, 2008 · 2 commentaires

Corps. Peau blanche. Lèvres rouges. Visage très clair, les yeux d’eau, les cheveux presque blonds. Hier je suis partie en oubliant d’appliquer le khôl sous mes yeux. Dans la glace j’ai découvert le visage que je vois rarement, le visage sans maquillage, sous la lumière blafarde de l’ascenseur. Je me sentais à découvert, je me sentais livrée, accessible, ouverte, sans protection. C’est absurde. J’étais protégée. Protégée par ce que je suis, protégée par mon identité, par mes choix, protégée parce que je décide de l’être - le mascara et le crayon n’y font rien. Apprendre à se montrer dénuée des artifices mais solide, entière, indépendante, protégée par moi-même ! Être sans khôl ne m’a pas empêchée de rire, rire souvent, le visage nu, le visage qui est celui du réveil, la peau lisse, les cheveux clairs si clairs. Je crois bien que dans quelques jours vous allez me retrouver brune. Et ça ne voudra rien dire du tout, et ça ne sera pas une façon différente de transformer mon image. D’en jouer, peut-être. Mais avec la conscience de l’endroit où se passe la protection. Là, très profond, en moi, dans la poitrine, derrière l’étouffement qui vient encore parfois, pleurs refoulés parce qu’il ne faut surtout plus pleurer.

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Fragments de la confiance.

mars 10, 2008 · Un commentaire

Don’t tell me I should be sleeping, I know.

J’aurais juste voulu dire comme c’est encore difficile parfois, de n’avoir confiance qu’en moi, de ne croire qu’a ce que j’ai vécu et ressenti, ne jamais écouter les mensonges de ceux qui voudraient disséminer d’autres versions - je suis seule à savoir quels ont été mes sentiments, quel a été le don. J’aimerais bien croire que le don existe seul, sans attente, sans espoir d’un retour, si seulement j’avais offert le refuge d’une nuit et si moi aussi j’avais trouvé le réconfort de ses bras. Je veux bien le don sans réponse, le don sans conséquence, le don absolu. On ne doit rien attendre de l’autre. Ne jamais penser que, ou croire que, préserver son indépendance, son identité, son cheminement. Très bien. Mais lorsque le don devient la pièce d’un jeu, lorsque le don est détourné et malmené, lorsque le don est utilisé pour faire mal - c’est assez intuitif de comprendre que je suis amoureuse et qu’il sera facile de me blesser, de dire les choses qui font le plus mal quand on a seulement voulu offrir - alors je ne comprends plus. Alors je ne vois pas pourquoi. Pourquoi pas une autre fois ? Pourquoi le prochain ne jouera-t-il pas le même jeu ? Pourquoi le prochain sera-t-il plus sincère ?

On me demande pourtant d’avoir confiance. Confiance dans les prochaines rencontres, mais surtout confiance en moi. Je ne sais pas bien parfois comment croire en moi, en ce que je suis, en ce que je ressens, quand tout se retourne contre moi. Quand on me reproche la sensibilité, la fragilité, quand on me reproche mes espoirs, mes exigences, mon absolue intransigeance. Ils sont tellement peu à me croire, à me suivre, à connaître ce secret de la vie augmentée, la vie sensible, la vie qui ne se v(o)it pas comme un passage égal, continu, mais comme un heurt de chaque instant, une violence de la peau, tout qui fait mal, tout qui rend heureuse, tout qui transperce la peau et qui dit : la vie est là. Et pourtant avoir confiance, écouter les mots rassurants, croire mes alliées plutôt que ceux qui veulent faire plaisir, ceux qui croient rassurer avec des mots-mensonges. C’était difficile de voir Maman de l’autre côté, de l’entendre dire que je vivais dans un autre monde, que je n’étais pas dans la même réalité qu’elle, la réalité des gens, de m’apercevoir qu’elle ne comprenait simplement pas mes blessures. C’est ma mère, et elle ne comprend pas. Elle croit que cela relève de la littérature. Non, souffrir parce qu’on se sent indigne, blessée, déchirée, bafouée, c’est très réel. C’est ce à quoi j’ai droit chaque jour depuis six mois. Sans me forcer, sans m’imaginer en Emma Bovary ou dans un roman de Dostoïevski. Simplement la révolte contre les comportements odieux et nauséabonds se joue dans mon corps. Je pleure de rage. Je sers les poings. Je crie. Seulement pour dire qu’il y a des choses que l’on n’aura jamais le droit de faire. Simplement parce qu’on ne peut pas vouloir blesser quelqu’un pour en tirer une quelconque jouissance. C’est tout mon corps qui se révolte, et si je ne dis rien, je vis pourtant la colère, je repense aux lettres d’amour écrites à une personne qui ne les lisait sans doute pas, je repense aux nuits d’angoisse, aux cachets avalés et aux poignets arrachés en réalisant qu’il m’aurait laissée mourir. Pour ne pas dire la vérité. Pour ne jamais assumer l’acte odieux. On me demande d’avoir confiance, pourtant.

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Etincelle du désir.

février 12, 2008 · Un commentaire

Chaque jour se voir, s’observer, s’apprivoiser - découvrir le corps, le visage, de loin, à la dérobée - assise près de lui je fais parfois semblant d’écouter et je regarde ses mains, apprends ses manies, laisse les sourires venir. D’abord la retenue, puis l’apprentissage sensible, faire attention à ses moues qui traduisent tout - l’amusement, l’agacement, la fatigue, l’excitation - et établir des codes. Rire sans même se concerter ni se regarder, relever la tête aux mêmes signaux pour se trouver complices, et puis prendre l’habitude de travailler l’un à côté de l’autre, nos corps ne se font plus peur lorsqu’ils se heurtent. J’apprends ses yeux très clairs, bleus ou verts c’est trop flou, ses cheveux très noirs et non pas bruns, son corps massif. Lorsqu’il retire son pull, les manches déboutonnées et relevées, c’est le corps jeune qui explose, c’est la virilité qui me bouleverse, la masculinité incontrôlée, ce débordement du corps, la poitrine devinée sous les plis, les mains carrées et rassurantes.

Depuis huit mois je n’ai pas ressenti de désir pour un autre garçon que lui. Je redécouvre simplement, comme faisant un premier pas vers l’avant, ce que peut éveiller le corps d’un garçon. Rien d’autre. C’est déjà une joie de sentir encore quelque chose s’accélérer sous ma peau - le désir qui coule dans mes veines.

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