Il y a un temps long, et un temps court. Il y a le recul, la vie en dedans, le cheminement intellectuel personnel ; et il y a la vie immédiate, l’ouverture au monde, la découverte. J’ai valorisé souvent le contact au monde, sa violence, la sensibilité flagrante qui s’en dégage - je crois qu’il y a pourtant un équilibre à développer entre ces deux mouvements. Mouvements qui ne s’opposent pas, mais qui s’inscrivent dans des temporalités différentes. La vie immédiate est une disponibilité de l’instant, quelque chose de l’ordre du fugace. Et de l’indélébile. Pourtant, même si cette sensation est violente, elle ne surpasse pas la réflexion plus lente, moins apparente, mais tout aussi puissante. Il y a quelque chose de dangereux dans l’association de la vie à la violence, à la flagrance, et à l’immédiateté. Violence de la passion, violence des mots, violence contre soi, violence contre les autres - il faudrait se défaire de cette idée que la vie ne se rencontre qu’avec brutalité, au travers d’un choc esthétique perpétuel. La douceur et la lenteur sont le moment du repli, du rassemblement, le moment de se reprendre, de se constituer en unité. Une somme d’instants, de sensations et de déflagrations qu’il faut remettre en ordre et faire tenir tous ensemble.
De façon immédiate il y a les sourires esquissés, les regards insistants, les lèvres frémissantes, les yeux qui rient, les mots qui jouent - il y a la sensation brûlante de la vie en passant sur le boulevard de mes amours, de mes amitiés, le boulevard de toujours - il y a les voiles sombres sur mes jambes, la pluie qui s’abat, la jupe très courte, la peau à vif et sensible - il y a aussi le repli sur soi, la vie intérieure, la confiance en soi, et la solidité qui se conjugue avec la légèreté intense. Je souris, j’ai envie, je désire - je n’oublie pas de me tourner vers moi, de laisser le temps courir pour que tout s’apaise et que retombe la violence.


