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Entries tagged as ‘colère’

La colère.

mars 28, 2008 · 5 commentaires

Être confrontée à la colère sans savoir comment s’en extirper. Je ne supporte pas d’être le contenant, le support de la colère. Je n’aime pas ressentir la colère qui m’anime et me dépasse. Je ne la contrôle pas. Et puis je sais que la colère n’a pas d’issue, qu’elle n’apporte ni solution, ni soulagement. Si encore je me sentais mieux après le passage de la colère. Mais il ne reste que l’épuisement, la défaite, le sentiment d’inutilité.

J’ai trouvé la parade. Il faut que je sache pourquoi j’entre dans la colère. Non pas pour quelles raisons - les raisons de ma colère, je les connais, trahison, mensonges, manipulation, perversité - mais pourquoi je cède à la colère. Pourquoi je tombe vers cet état là. Il y aurait mille autres façons de réagir, de l’indifférence au mépris en passant par le dégoût - pourquoi est-ce que je succombe à la colère ? Lorsqu’elle s’amorce, je préfère désormais la questionner, l’interroger, l’analyser - la rapporter vers moi plutôt que la concentrer vers lui. Pourquoi la colère ? Pourquoi cette incapacité à évacuer le problème, à l’oublier, à en faire abstraction ? Chaque sentiment devient le moyen de se connaître. Chaque réaction peut être analysée et me faire comprendre plus de choses sur moi. Et cela me fascine. Et cela m’intéresse mille fois plus que la colère infernale, incontrôlable et stérile. Depuis je ne me mets plus en colère. Ou, si je sens la colère venir, je pense immédiatement à l’inutilité de la démarche, à d’autres façons de me sentir sereine, à ce qui réellement va me construire. On passe à autre chose et on coupe les ponts sous le coup de la colère - autrement, comment trouver le courage ? - mais on ne construit pas sur la colère. Il faut surtout, surtout, beaucoup d’indifférence. Il faut laisser derrière soi des situations qui ne peuvent pas être rejouées, si douloureuses qu’elles soient. Il faut avoir l’impression de rendre les armes. Le secret, c’est qu’on ne baisse nullement les bras : on devient seulement plus lointain, plus autonome, plus attaché à sa propre intégrité qu’à l’image que l’autre a voulu renvoyer de nous.

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Le concert de Jérôme.

mars 26, 2008 · Un commentaire

Le Réservoir est une petite salle au décor d’enfance, cheval en bois et peintures florales dans une lumière douce, fréquenté par une population hautement branchouille. Je n’ai jamais vu Jérôme en concert que dans cette salle. Fauteuils, cocktails hors de prix, faune étrange accoudée au bar plutôt que de venir s’asseoir face à la scène. Au bout du compte on finit par se sentir “à la maison”. Les mêmes chansons, belles, violentes, poétiques, l’humour rare et précieux, les gestes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Ma colère s’en va en écoutant celle de Jérôme, mon désespoir rencontre son écho lorsque que la chanson interroge “qui de valable dans cette vie ?”, et puis non moi non plus “je ne supporterais pas que tu en aimes un autre/c’est impossible d’aimer quelqu’un d’autre/c’est une trahison”. A l’automne j’avais pleuré tout au long du concert. Chaque mot me retournait le coeur. Tout appelait mon amour disparu. Ce soir je me sens sortie de ma propre douleur, ouverte vers l’infini que fait surgir chaque chanson. La musique est là, mélodie agressive, guitare géniale de Matthieu Zazzo diablement sexy. J’aime la voix de Mareva nouée à celle de Jérôme.

C’est le lieu du refuge, entourée de mes très belles superbes éclatantes, nous sommes deux blondes et deux brunes, sensibilité à fleur de peau, la vie qui immensément nous traverse le corps, et je me vois rire, la peau souple et heureuse, je sens l’énergie qui me traverse, celle des mélodies rock qui m’électrifient comme des réminiscences musicales de Joy Division, je sais que je suis : en vie, heureuse, seule, sereine, indépendante, solide.

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Gin tonic.

mars 22, 2008 · 5 commentaires

Lorsque j’arrive et qu’il me reconnaît, il sourit, il semble heureux de ma présence, il a des mots doux. Et puis la soirée s’écoule, lente, sans grand intérêt, quelques rires, quelques cocktails - lui m’a oubliée. Il passe, ne me voit plus, et je ne me rends plus malade pour ça. Je comprends simplement, déçue et résignée, que les gens ne changent pas. Si la volonté de changement n’est pas la leur, elle n’existe pas. Trois années à se fréquenter, se croiser, de façon très aléatoire, souvent imprévue. Parfois ce n’était qu’un email, qui recevait une réponse un mois plus tard ; parfois c’était des nuits de pleurs, de cris et et de coups, qui se terminaient à le rassurer, petit garçon aux yeux mouillés conscient de sa médiocrité, en passant mes mains sur son visage, en le laissant se reposer contre moi. Tout était égal. L’attention, la tendresse, le dévouement. Ca ne comptait pas. Rien n’a jamais compté. Je cherche encore les raisons. Je cherche encore à expliquer pourquoi je me suis mise un jour en tête de le sauver. Pourquoi j’ai tant voulu le protéger de lui-même. On n’empêche personne de se détruire.

Il y a quelques jours, quelques semaines, il n’a presque pas remarqué ma présence. Je l’ai délaissé, j’ai préféré rire avec d’autres. Et puis entre deux rires et un gin tonic, parler de Descartes et de Spinoza. Dieu que j’aime ces garçons qui ont tout à m’apprendre aussi bien en philo qu’en rugby. Mais la déception était là, acceptée, connue par avance : il ne change pas. Il reproduit sans cesse, sans cesse, sans cesse les mêmes attitudes d’enfant égoïste, d’enfant fou, de type prêt à affronter la mort à chaque coin de rue. J’ai beau trouvé triste de devoir se confronter au corps de l’autre pour se sentir exister - je ne peux rien changer. Je dois accepter que le garçon auquel je tiens se détruise. Je dois accepter mon impuissance face à quelqu’un qui a dit : “Non, tu ne dois pas m’aider. Je refuse ton aide. Je n’ai pas besoin de ton aide, ni de celle de personne”. Alors je le regarde brûler sa vie, son ennui, son angoisse. Et je n’ai pas mon mot à dire.

Nous essayons de nous voir bientôt. C’est très compliqué quand cinq minutes au téléphone sont déjà l’occasion d’incompréhensions et d’affrontements. Je crois que nous ne savons pas communiquer. Je crois que je ne comprends rien à cette relation. Et puis parfois je me demande pourquoi je tiens encore à lui, pourquoi le dégoût et le mépris n’ont pas tout emporté, pourquoi même je m’attache à un garçon qui ne veut pas de moi. Eh bien je n’ai rien à lui reprocher. Je peux me reprocher ma cécité, ma passion, mon engouement disproportionné. Mais je regarde, je regarde ces six mois passés à nourrir seule une passion sans retour. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun mensonge de sa part. Je ne me souviens que de son extraordinaire franchise, celle qui me blessait, celle qui m’endurcissait. “Est-ce que tu m’aimes ? - Non je ne t’aime pas. Je ne t’aime jamais. Être bien ensemble la nuit ne signifie rien de plus”. Oui mais les choses étaient claires, carrées, droites. Insupportables et douloureuses. Mais je ne pouvais pas formuler de reproche envers la sincérité que ce garçon me donnait. Aujourd’hui, c’est peut-être la chose la plus importante. Ne pas avoir menti sur nos sentiments. Avoir eu le courage de ne jamais laisser l’autre dans des illusions qui anéantissent. J’ai littéralement appris la désillusion. Mais j’ai surtout retenu l’honnêteté. Et il n’y a pas de transigeance possible sur cela.

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Fragments de la confiance.

mars 10, 2008 · Un commentaire

Don’t tell me I should be sleeping, I know.

J’aurais juste voulu dire comme c’est encore difficile parfois, de n’avoir confiance qu’en moi, de ne croire qu’a ce que j’ai vécu et ressenti, ne jamais écouter les mensonges de ceux qui voudraient disséminer d’autres versions - je suis seule à savoir quels ont été mes sentiments, quel a été le don. J’aimerais bien croire que le don existe seul, sans attente, sans espoir d’un retour, si seulement j’avais offert le refuge d’une nuit et si moi aussi j’avais trouvé le réconfort de ses bras. Je veux bien le don sans réponse, le don sans conséquence, le don absolu. On ne doit rien attendre de l’autre. Ne jamais penser que, ou croire que, préserver son indépendance, son identité, son cheminement. Très bien. Mais lorsque le don devient la pièce d’un jeu, lorsque le don est détourné et malmené, lorsque le don est utilisé pour faire mal - c’est assez intuitif de comprendre que je suis amoureuse et qu’il sera facile de me blesser, de dire les choses qui font le plus mal quand on a seulement voulu offrir - alors je ne comprends plus. Alors je ne vois pas pourquoi. Pourquoi pas une autre fois ? Pourquoi le prochain ne jouera-t-il pas le même jeu ? Pourquoi le prochain sera-t-il plus sincère ?

On me demande pourtant d’avoir confiance. Confiance dans les prochaines rencontres, mais surtout confiance en moi. Je ne sais pas bien parfois comment croire en moi, en ce que je suis, en ce que je ressens, quand tout se retourne contre moi. Quand on me reproche la sensibilité, la fragilité, quand on me reproche mes espoirs, mes exigences, mon absolue intransigeance. Ils sont tellement peu à me croire, à me suivre, à connaître ce secret de la vie augmentée, la vie sensible, la vie qui ne se v(o)it pas comme un passage égal, continu, mais comme un heurt de chaque instant, une violence de la peau, tout qui fait mal, tout qui rend heureuse, tout qui transperce la peau et qui dit : la vie est là. Et pourtant avoir confiance, écouter les mots rassurants, croire mes alliées plutôt que ceux qui veulent faire plaisir, ceux qui croient rassurer avec des mots-mensonges. C’était difficile de voir Maman de l’autre côté, de l’entendre dire que je vivais dans un autre monde, que je n’étais pas dans la même réalité qu’elle, la réalité des gens, de m’apercevoir qu’elle ne comprenait simplement pas mes blessures. C’est ma mère, et elle ne comprend pas. Elle croit que cela relève de la littérature. Non, souffrir parce qu’on se sent indigne, blessée, déchirée, bafouée, c’est très réel. C’est ce à quoi j’ai droit chaque jour depuis six mois. Sans me forcer, sans m’imaginer en Emma Bovary ou dans un roman de Dostoïevski. Simplement la révolte contre les comportements odieux et nauséabonds se joue dans mon corps. Je pleure de rage. Je sers les poings. Je crie. Seulement pour dire qu’il y a des choses que l’on n’aura jamais le droit de faire. Simplement parce qu’on ne peut pas vouloir blesser quelqu’un pour en tirer une quelconque jouissance. C’est tout mon corps qui se révolte, et si je ne dis rien, je vis pourtant la colère, je repense aux lettres d’amour écrites à une personne qui ne les lisait sans doute pas, je repense aux nuits d’angoisse, aux cachets avalés et aux poignets arrachés en réalisant qu’il m’aurait laissée mourir. Pour ne pas dire la vérité. Pour ne jamais assumer l’acte odieux. On me demande d’avoir confiance, pourtant.

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