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On ne meurt pas de la trahison.

février 11, 2008 · Pas de commentaire

La mort me regarde les yeux grand ouverts. Les mains tendues. Elle gagne du terrain parce que la douleur explose dans ma tête, parce que je préfèrerais ce silence-là au fracas qui gronde derrière mon front. Je ne réfléchis plus, je suis juste folle de douleur, de rage, de honte, je ne comprends pas ce que j’ai fait, mais comment avoir pu en arriver à cette situation, je suis loin de tout, juste ravagée et brisée par l’afflux de douleur, de violence, comment a-t-on pu se faire ça, comment ?

Je ne sais pas. Je dirais bien : la vengeance, la colère. Qui m’ont fait perdre contrôle. Je vois Ian Curtis, “she’s lost control”, je le vois dans une situation impossible, s’extraire par la corde pendue dans la cuisine, non, 23 ans, moi aussi bientôt 23 ans, non, je ne veux pas, ne pas mourir parce que je ne comprends plus, parce que l’issue n’existe plus, parce que l’estime et la confiance sont devenues des mensonges. Mais le bourdonnement dans ma tête, l’explosion, la douleur diffuse, il n’entend pas, il ne comprend pas, je vais rentrer prendre 36 cachets pour m’endormir, rendre le tapage silencieux, chut, faire le silence, plonger dans l’ouate, effacer de force les images qui défilent devant mes yeux - trompée, humiliée, sa bouche, celle d’une autre fille, ses mensonges remplis d’assurance et sa passion dont je n’arrive pas à savoir si elle était vraie - je t’aime mais je te trompe ? - et puis tout ça n’a plus d’importance, lui n’a plus d’importance, mais moi je suis sale, je suis humiliée, je suis ignorée, ma douleur et ma colère personne ne peut les entendre, la vengeance est interdite, il ignore, il ferme les yeux, il cache son visage, sa voix, et moi je dois supporter ça, accepter ça - l’autre ne sera jamais puni, l’autre ne comprendra jamais la douleur, un homme surtout, que sait-il de la brûlure d’avoir été trompée ? Un homme pénètre, une femme est pénétrée, une femme ne connaît que le sexe de son amant, une femme offre son corps, la trace est plus forte en nous, la trace de l’amant, l’amant qui s’en va voir ailleurs -

Je veux mourir, j’appelle mon frère en sanglots, “Guillaume je veux mourir, Guillaume c’est trop difficile, je me sens sale - Marie est-ce que tu veux que je vienne te chercher, est-ce que tu veux que je te retrouve, Marie ?” et puis je ferme les yeux - le silence autour de moi, des toilettes un peu glauques où je n’aimerais pas crever, les paupières baissées et mes mains dessinent, mes mains viennent se poser sur l’encolure de ma douce, comme hier, mes mains posées à plat sur l’encolure souple de Noroise, je ferme les yeux encore et je me souviens de la sensation d’une liberté infinie, lorsque hier dans la montée au travers des bois je la laissais galoper, les rênes lâchées, les mains posées sur ma jument, je la sentais sous moi, respirer, souffler, galoper encore jusqu’à retrouver la route, je m’échappais, je trouvais le mouvement, le vent et les branches qui me griffaient, c’était ça, c’était le mouvement d’être en vie, c’était l’énergie, la chaleur, c’était la raison de vivre, c’était ma nécessité d’être en vie pour elle et de recevoir le bonheur d’être avec elle. Est-ce que ça paraît idiot ? C’est ma jument qui me sauve, le besoin d’être près de son corps, de la trouver allongée dans son box et de me glisser près d’elle dans la paille, les mains qui parcourent sa tête, sa peau douce, je m’endormirais près d’elle, je trouverais le seul réconfort dont j’ai besoin auprès d’elle. Noroise me maintient en vie.

C’est sans doute aussi idiot de repenser à Antigone, de repenser à l’Oedipe sur la route de Bauchau, mais je me sens prisonnière, entourée de lois qui contredisent mon intégrité - la trahison, le mensonge, envers celle qui avait promis de protéger, d’être là, d’aimer toujours - je voudrais proclamer l’honnêteté, la sincérité, la fidélité que je réclame de l’amour, mais les lois sont pour lui, la morale bien pensante est pour lui, et je ne suis que la pauvre enfant folle brûlée de fièvre, Antigone, qui s’accroche à son absolue conception de l’amour, je me bats seule et en silence, je me bats par la résistance - la résistance face à la tentation de mourir - je refuse de lui donner raison et de m’excuser, je refuse de renoncer et de me mentir à moi-même - en silence, la lutte et la croyance en un amour sans trahison. Les lois peuvent être de son côté ; je repartirai avec mes convictions, je deviendrai forte à force de croire en moi et de continuer à savoir que j’avais raison. Et même si je n’ai que des mots idiots et sans poids pour m’élever contre la trahison.

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