.. aglae ex time ..

Entries tagged as ‘amour’

Son sourire rend la vie moins dégueulasse.

avril 17, 2008 · 2 commentaires

Cette chose que je préfère - c’est son regard clair qui croise le mien, son regard terriblement gentil et apaisant, son regard qui me laisse perplexe - c’est un garçon qui sourit sans rien sous-entendre, il sourit comme je souris, à tout va, à moi comme à une autre. Il semble tellement calme et réfléchi que sa présence suffit à apaiser les tensions. Il dirige une équipe de journalistes. Il répond aux interviews. Quel âge a-t-il, 30 ans je crois ? Et cette douceur de circuler dans la vie, cette intelligence discrète et tranquille - la situation est tendue, l’air est agressif, et pourtant son regard à lui me rassure, il va au-delà de toutes les confrontations, il exprime simplement la confiance dans la résolution des situations. L’air de dire : “ça n’est pas grave, on trouvera toujours l’issue, on trouvera à force de souplesse, il ne faut jamais s’inquiéter”. Lorsqu’on ressort de la grande salle agitée, l’un près de l’autre, on se regarde, on s’attend, on se sourit encore, et rien ne va plus loin, et rien ne doit aller plus loin, simplement j’aime la relation que j’ai avec lui, j’aime son sourire, et rien ne me plaît plus que ça, rien que le sourire des amis, des amants, des amours, rien que le sourire sincère qui ne cherche pas à séduire, mais qui dit une certaine douceur de la vie. Sourire pour rattraper les dégueulasseries de la vie.

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Jazz fusion.

avril 16, 2008 · 2 commentaires

QG du mois d’avril : la Tartine rue de Rivoli. En fausse aveyronnaise que je suis, j’y vais pour manger gésiers, magrets et foie gras, saint-nectaire, fourme et cantal. C’est peut-être l’un des plus beaux cafés Art Nouveau de Paris, avec son comptoir, ses miroirs, ses motifs organiques et ses lustres en corolle. Pas un plat aveyronnais ne manque à la carte. Une chanson de Reggiani passe entre deux titres plus récents, “votre fille a vingt ans, que le temps passe vite, hier encore elle était si jolie…”. C’est peut-être franchement bobo, il y a des Anglais aux tables d’à côté, et on est à deux pas du Marais - mais j’aime aller traîner dans ce quartier et parcourir ensuite, au hasard, les toutes petites rues derrière Beaubourg, Vieille du temple, Sainte Croix de la Bretonnerie. Bars gay, boucheries kasher, pubs obscurs et surtout : salles de jazz. Dans la rue des Lombards, entre le Duc, le Sunset/Sunside et le Baiser salé, mon coeur balance. A l’étage, la chaleur d’une salle minuscule où une trentaine de personnes viennent écouter les délires psychédéliques d’un bassiste de génie qui fait courir ses doigts comme les pattes d’une araignée sur le noir ébène - les mojitos sont chargés et il fait beaucoup trop chaud - échappée vers la rue ouverte, on rit, on dance sur des souffles et des battements, on admire la technicité des musiciens qui finalement perdent la simplicité de la musique, j’ai des bruits dans la tête mais pas de mélodies, les sons de la basse et du saxo.

Dans la nuit, et sans idée de l’heure, on danse encore, les voisins nous maudissent, de Maceo Parker à Prince en passant par Oscar Peterson, la musique qui ne s’arrête pas, chansons, connexions d’un univers à l’autre, on danse pieds nus sur le tapis comme des fous, et je ne connais rien de tout ça, il suffit de l’ouverture et de la curiosité, il suffit d’écouter et de partager des sensations, des impressions, seulement les mêmes événements vécus ensemble - et l’effondrement dans ses bras, contre son corps, sa peau, et tout cela ne dit rien de plus, tout cela ne dit rien de l’amour - je suis encore très loin de retomber amoureuse.

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Gin tonic.

mars 22, 2008 · 5 commentaires

Lorsque j’arrive et qu’il me reconnaît, il sourit, il semble heureux de ma présence, il a des mots doux. Et puis la soirée s’écoule, lente, sans grand intérêt, quelques rires, quelques cocktails - lui m’a oubliée. Il passe, ne me voit plus, et je ne me rends plus malade pour ça. Je comprends simplement, déçue et résignée, que les gens ne changent pas. Si la volonté de changement n’est pas la leur, elle n’existe pas. Trois années à se fréquenter, se croiser, de façon très aléatoire, souvent imprévue. Parfois ce n’était qu’un email, qui recevait une réponse un mois plus tard ; parfois c’était des nuits de pleurs, de cris et et de coups, qui se terminaient à le rassurer, petit garçon aux yeux mouillés conscient de sa médiocrité, en passant mes mains sur son visage, en le laissant se reposer contre moi. Tout était égal. L’attention, la tendresse, le dévouement. Ca ne comptait pas. Rien n’a jamais compté. Je cherche encore les raisons. Je cherche encore à expliquer pourquoi je me suis mise un jour en tête de le sauver. Pourquoi j’ai tant voulu le protéger de lui-même. On n’empêche personne de se détruire.

Il y a quelques jours, quelques semaines, il n’a presque pas remarqué ma présence. Je l’ai délaissé, j’ai préféré rire avec d’autres. Et puis entre deux rires et un gin tonic, parler de Descartes et de Spinoza. Dieu que j’aime ces garçons qui ont tout à m’apprendre aussi bien en philo qu’en rugby. Mais la déception était là, acceptée, connue par avance : il ne change pas. Il reproduit sans cesse, sans cesse, sans cesse les mêmes attitudes d’enfant égoïste, d’enfant fou, de type prêt à affronter la mort à chaque coin de rue. J’ai beau trouvé triste de devoir se confronter au corps de l’autre pour se sentir exister - je ne peux rien changer. Je dois accepter que le garçon auquel je tiens se détruise. Je dois accepter mon impuissance face à quelqu’un qui a dit : “Non, tu ne dois pas m’aider. Je refuse ton aide. Je n’ai pas besoin de ton aide, ni de celle de personne”. Alors je le regarde brûler sa vie, son ennui, son angoisse. Et je n’ai pas mon mot à dire.

Nous essayons de nous voir bientôt. C’est très compliqué quand cinq minutes au téléphone sont déjà l’occasion d’incompréhensions et d’affrontements. Je crois que nous ne savons pas communiquer. Je crois que je ne comprends rien à cette relation. Et puis parfois je me demande pourquoi je tiens encore à lui, pourquoi le dégoût et le mépris n’ont pas tout emporté, pourquoi même je m’attache à un garçon qui ne veut pas de moi. Eh bien je n’ai rien à lui reprocher. Je peux me reprocher ma cécité, ma passion, mon engouement disproportionné. Mais je regarde, je regarde ces six mois passés à nourrir seule une passion sans retour. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun mensonge de sa part. Je ne me souviens que de son extraordinaire franchise, celle qui me blessait, celle qui m’endurcissait. “Est-ce que tu m’aimes ? - Non je ne t’aime pas. Je ne t’aime jamais. Être bien ensemble la nuit ne signifie rien de plus”. Oui mais les choses étaient claires, carrées, droites. Insupportables et douloureuses. Mais je ne pouvais pas formuler de reproche envers la sincérité que ce garçon me donnait. Aujourd’hui, c’est peut-être la chose la plus importante. Ne pas avoir menti sur nos sentiments. Avoir eu le courage de ne jamais laisser l’autre dans des illusions qui anéantissent. J’ai littéralement appris la désillusion. Mais j’ai surtout retenu l’honnêteté. Et il n’y a pas de transigeance possible sur cela.

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Le visage solaire.

mars 17, 2008 · 14 commentaires

Cette semaine j’ai élu domicile au Danton. A l’intérieur ou en terrasse, avec M. ou E. Croisant J. au hasard du quartier. Je bois des thés verts, je recommence à remplacer la nourriture le soir par des litres d’eau chaude qui me tiennent éveillée et accompagnent les moments d’écriture et de lecture. Dans les restaurants j’ai une faim de loup, j’ai avalé la semaine dernière des fajitas au poulet, avec riz mexicain et purée de haricots ; des tartines de chèvre et une soupe au potiron ; une formidable omelette campagnarde ; des orechietti au pesto et à la ricotta ; un petit déjeuner royal avec pain de seigle, confitures, et oeuf à la coque dans lequel j’ai pu tremper mes mouillettes beurrées ! Je n’ai pas la moindre idée de comment je peux avaler toutes ces choses, sans prendre le moindre gramme, mais je crois que je suis tellement investie en ce moment - dans mon travail, dans mes cours, dans l’écriture et les sorties théâtrales - que je dépense une énergie folle.

Dans les restaurants avec M. on rit tellement que je me sens revivre, je vois les fossettes réapparaître sur mon visage, et mes yeux brillent non plus de la fatigue fiévreuse mais de l’enthousiasme enfantin - la bobine lunaire remplacée par le visage serein et solaire. Maman dit que ma peau s’adoucit, et je prends le temps de traîner à l’Occitane pour respirer l’odeur des bougies au thé vert - et faire provision de crèmes sublimes. Je parle beaucoup, je confie la recette pas à pas du cheminement vers la confiance - tant de choses qui forment encore des mystères de la conscience à amadouer, des noeuds psychologiques à défaire en douceur… Je me nourris de la discussion, de l’expérience, des mots de J. et d’O, des articles de psychanalyse. Lorsque la psy m’a dit “d’accord pour que nous ne nous voyions qu’une fois par semaine, mais je veux que vous poursuiviez chaque jour la réflexion”, elle ne savait sans doute pas à quel point je m’engagerais. Je sens venir de sous la peau une force qui s’étend, qui donne le courage de faire face, même devant les souvenirs d’hypokhâgne que j’avais enterrés - j’apprends la confiance pleine, entière, en moi seulement et exclusivement, j’apprends à ne plus jamais avoir besoin de me voir au travers des yeux de celui qui m’aime - comprendre que se donner à l’autre, que faire reposer la confiance en soi sur le regard que l’autre nous porte, c’est aller droit vers l’autodestruction à chaque rupture.

Les mots secrets et intimes entre M. et moi, d’un jour à l’autre le passage de l’amour à la douleur à l’amertume au réconfort, si je veux bien faire confiance à quelques amies qui tiennent sur les doigts d’une main, elle en fait partie - et puis E. entre silences et confessions murmurées à la terrasse d’un café, comme si nous attendions l’explosion d’un feu d’artifices dans le ciel nocturne au dessus de la statue de Danton, me dit la confiance retrouvée, le désir d’aimer, l’envie de replonger dans une histoire - et moi par dessus ça je vois la contradiction brûlante, terrible, permanente - entre le souhait de l’autonomie intellectuelle et de l’absolue indépendance de mon corps dans le monde, et la nécessité irréductible de me donner entière, amoureuse et définitive à quelqu’un avec qui la relation se situera dans l’échange et la construction. Il y a quatre ans, c’était déjà la même rengaine, le terrible conflit insoluble entre l’autonomie et l’amour, entre la construction de soi et la construction de la relation à l’autre. L’issue se trouve peut-être dans le désamorçage de la contradiction - si plus simplement pouvaient se côtoyer ces deux nécessités - l’autonomie, la confiance en soi, et le don absolu qui est un acte délibéré d’engagement, mais qui ne met pas en jeu ce que je suis.

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Fragments de la confiance.

mars 10, 2008 · Un commentaire

Don’t tell me I should be sleeping, I know.

J’aurais juste voulu dire comme c’est encore difficile parfois, de n’avoir confiance qu’en moi, de ne croire qu’a ce que j’ai vécu et ressenti, ne jamais écouter les mensonges de ceux qui voudraient disséminer d’autres versions - je suis seule à savoir quels ont été mes sentiments, quel a été le don. J’aimerais bien croire que le don existe seul, sans attente, sans espoir d’un retour, si seulement j’avais offert le refuge d’une nuit et si moi aussi j’avais trouvé le réconfort de ses bras. Je veux bien le don sans réponse, le don sans conséquence, le don absolu. On ne doit rien attendre de l’autre. Ne jamais penser que, ou croire que, préserver son indépendance, son identité, son cheminement. Très bien. Mais lorsque le don devient la pièce d’un jeu, lorsque le don est détourné et malmené, lorsque le don est utilisé pour faire mal - c’est assez intuitif de comprendre que je suis amoureuse et qu’il sera facile de me blesser, de dire les choses qui font le plus mal quand on a seulement voulu offrir - alors je ne comprends plus. Alors je ne vois pas pourquoi. Pourquoi pas une autre fois ? Pourquoi le prochain ne jouera-t-il pas le même jeu ? Pourquoi le prochain sera-t-il plus sincère ?

On me demande pourtant d’avoir confiance. Confiance dans les prochaines rencontres, mais surtout confiance en moi. Je ne sais pas bien parfois comment croire en moi, en ce que je suis, en ce que je ressens, quand tout se retourne contre moi. Quand on me reproche la sensibilité, la fragilité, quand on me reproche mes espoirs, mes exigences, mon absolue intransigeance. Ils sont tellement peu à me croire, à me suivre, à connaître ce secret de la vie augmentée, la vie sensible, la vie qui ne se v(o)it pas comme un passage égal, continu, mais comme un heurt de chaque instant, une violence de la peau, tout qui fait mal, tout qui rend heureuse, tout qui transperce la peau et qui dit : la vie est là. Et pourtant avoir confiance, écouter les mots rassurants, croire mes alliées plutôt que ceux qui veulent faire plaisir, ceux qui croient rassurer avec des mots-mensonges. C’était difficile de voir Maman de l’autre côté, de l’entendre dire que je vivais dans un autre monde, que je n’étais pas dans la même réalité qu’elle, la réalité des gens, de m’apercevoir qu’elle ne comprenait simplement pas mes blessures. C’est ma mère, et elle ne comprend pas. Elle croit que cela relève de la littérature. Non, souffrir parce qu’on se sent indigne, blessée, déchirée, bafouée, c’est très réel. C’est ce à quoi j’ai droit chaque jour depuis six mois. Sans me forcer, sans m’imaginer en Emma Bovary ou dans un roman de Dostoïevski. Simplement la révolte contre les comportements odieux et nauséabonds se joue dans mon corps. Je pleure de rage. Je sers les poings. Je crie. Seulement pour dire qu’il y a des choses que l’on n’aura jamais le droit de faire. Simplement parce qu’on ne peut pas vouloir blesser quelqu’un pour en tirer une quelconque jouissance. C’est tout mon corps qui se révolte, et si je ne dis rien, je vis pourtant la colère, je repense aux lettres d’amour écrites à une personne qui ne les lisait sans doute pas, je repense aux nuits d’angoisse, aux cachets avalés et aux poignets arrachés en réalisant qu’il m’aurait laissée mourir. Pour ne pas dire la vérité. Pour ne jamais assumer l’acte odieux. On me demande d’avoir confiance, pourtant.

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Mémoire sélective.

février 14, 2008 · Un commentaire

Chez elle on ne s’allonge pas sur un canapé et on ne parle pas pendant des heures en fixant le plafond. Elle ne prend pas non plus de notes à l’encre dans un vieux carnet poussiéreux. Mais plutôt sur un Mac Book Pro tout ce qu’il y a de plus récent. Elle pose quelques questions, me laisse le temps de chercher, de répondre avec des mots qui ne sont pas les bons, que je reprends. Elle s’arrête aux aspérités, souligne les incohérences, creuse les douleurs ; jamais elle ne formule les réponses.

Il y a des choses qui sont brutales à entendre. A comprendre. A chaque fois, reprendre toute l’histoire, se souvenir de chaque jour que j’ai encore en mémoire, redonner à chaque impression sa juste valeur, bouleverser les perspectives et s’apercevoir que - lorsqu’elle le dit, lorsqu’elle le prononce, je plaque ma main sur ma bouche pour ne pas crier et je regarde ailleurs - par la fenêtre, 23ème étage, les immeubles entre Plaisance et la Porte de Vanves, les Invalides et la Tour Eiffel - je ne retiens pas les larmes qu’elle a pris l’habitude de voir à chaque séance - je rentrerai encore au boulot le visage défait, mais ces pleurs-là chaque jour me font du bien.

Elle l’a dit ainsi. Et j’ai refait toute l’histoire dans ma tête. Le trajet en bus trop court pour tout remettre dans l’ordre. Ce n’était pas de l’amour. Ce n’était pas un échange. Ce n’était pas si exceptionnel. Ce n’était pas la réciprocité que je croyais deviner. Mémoire sélective, dit-elle. C’était, peut-être… l’élan d’un jeune homme de vingt ans complexé par cette virginité gardée, qui va jusqu’à mentir sur son âge ? Le pouvoir d’un garçon qui se sentait brusquement désiré quand aucune femme ne l’avait jamais aimé ? C’était soudain la passion revécue, la passion miroir, celle qui donnait l’occasion de se venger, de me faire payer à moi le mal engendré par une autre ? Ce que j’ai pris pour de l’amour, ce que j’ai pris pour des promesses et de la confiance, ce n’était donc qu’une lutte entre désir, pouvoir, puissance, assurance, et fierté ? Comme ce devait être rassurant de connaître ses premières nuits d’amour avec une jeune femme plus âgée, plus expérimentée. Comme ce devait être un motif de fierté, et quel objet de désir j’ai été, et comme il est devenu facile de me faire souffrir. Et puis toutes ces filles qui se précipitaient, et puis cette atmosphère cynique, ce “rang” à tenir dans le cercle social - exploits, démonstration, indifférence sentimentale -, et puis finalement plus rien d’autre que la volonté d’en profiter avant le départ, l’obsession du désir, l’égoïsme qui consiste à s’en mettre plein la vue tant qu’il en est encore temps - tant pis si on écorche un coeur au passage, et puis peut-être même tant mieux - quelle belle revanche sur les femmes ?

Elle l’a dit. J’y ai réfléchi tout le temps. Quelles preuves d’amour - aucune. Quelle délicatesse - celle qui consistait en réalité à faire bonne impression, poids de l’image et de l’attrait, absence de la sincérité. Quel soutien - aucun. Quelle volonté - aucune. Quelle fidélité - aucune. Alors il serait peut-être temps de le dire, exactement comme elle l’a dit :

“il t’a trompée, et toi tu ne lui as pas craché à la figure ?”

 

 

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Accepter que le lien se défasse.

février 12, 2008 · Pas de commentaire

Mouvement vers l’extérieur, mouvement vers la sortie – non pas la fuite, mais l’avancée réelle, profonde, la construction de soi. Difficile de dire que je vais mieux – mais sans doute je vais moins mal. Le nuage cotonneux toujours autour de moi, les pilules le matin – antidépresseurs, anxiolytiques – , les nuits coupées et envahies de rêves étranges, les séances éprouvantes avec la psy où l’on avoue tout – et où l’on réfléchit. Quelque chose se passe, petit à petit, quelque chose s’apaise.

Réfléchir au lien de dépendance construit au fil des mois - pourquoi ? - et au refus d’accepter la vérité. Le travail de psychothérapie m’oblige à me placer devant mes propres incohérences, devant toutes ces réactions qui ne trouvent pas de justification. Des évidences que je ne voulais pas voir. Bien sur qu’on ne forcera jamais quelqu’un à (re)tomber amoureux. Bien sûr qu’on n’ira jamais contre la volonté de quelqu’un qui a décidé de ne plus aimer. Je ne peux pas lutter contre ça. Je n’ai pas ce pouvoir. C’est une chose pourtant si simple, de savoir qu’on ne prend pas les décisions à la place de l’autre. Je me fais doucement à cette idée : j’ai fait tout ce que j’ai pu pour prouver mon amour, pour donner, être prête à recevoir, j’ai été d’une disponibilité, d’une douceur et d’une attention constantes ; je ne pouvais pas faire plus. J’essaie de ne pas me reprocher la moindre attitude, de ne pas me croire responsable de l’amour détruit. J’accepte mon incapacité à rendre tout possible. L’amour, le don et la volonté ne suffisent pas. Deux volontés se rencontrent, si l’une refuse de fléchir, l’autre ne peut pas prendre plus de poids.

J’apprends à ne plus me sentir responsable et j’apprends à laisser ma vie se passer sans avoir la moindre emprise sur elle. J’apprends à ne pas vouloir rejouer le passé. Des choses sont arrivées, elles ne s’effacent pas, ne s’oublient pas, et ne s’inversent surtout pas. La marche arrière n’existe pas. Je ne peux rien changer et il n’y a rien à faire aujourd’hui pour espérer encore que cet amour passé redevienne le motif de l’engagement et de la lutte. Son engagement à lui, sa lutte à lui. Ca ne signifie pas que je baisse les bras, que je suis défaite, que je me tiens face à un échec. Ca veut dire qu’il n’y pas de combat contre le passé qui soit possible. Le présent existe tel qu’il est aujourd’hui - il me blesse mais je n’ai pas d’autre possibilité que de vivre avec.

Vivre avec ne signifie ni accepter, ni oublier, ni pardonner. Je ne ferme pas les yeux sur la douleur, je ne cherche pas à l’enfouir : au contraire je la regarde bien en face et je réponds que le mal est fait, qu’aller de l’avant est la seule voie possible. Je n’oublie pas et la douleur est présente à chaque minute. Si je l’écoute, le mal ressurgit dans mon ventre, volcan en éruption sous ma peau. Mais je ne l’écoute plus. Je fais taire la douleur. Je vis avec. Elle est intacte mais elle se place en retrait. La douleur sera là des mois et des mois encore, je sais bien que ces blessures intimes ne s’apaisent jamais entièrement. Je sais bien que les garçons aujourd’hui m’effraient et que je me protège derrière des remparts d’indifférence et d’impertinence.

Quelles réponses, alors ? La vengeance est un sentiment auquel on n’échappe pas, mais elle ne doit pas se réaliser. La rancœur aide à se détacher mais ce n’est pas à moi de blesser l’autre. Je suis sûre qu’un jour il saura. Un jour, lorsqu’il aura grandi, il comprendra un peu mieux ce qui a pu se passer. Je reste impuissante devant le mal fait et il faut accepter cela. Accepter le fait d’avoir été blessée, puis apprendre à se protéger, à moins faire confiance. J’ai su sourire. J’ai su aimer et donner. Il ne reste que le souvenir des moments doux, il ne reste que le refuge et la sérénité que j’ai trouvés le temps d’un été. Qu’importe que je lui aie donné, que le retour n’ait pas été à la hauteur, peut-être que tout n’a été qu’une erreur. Mais je crois avoir été heureuse, je crois en garder le souvenir ébréché. Aujourd’hui il me reste le mépris et le dégoût, ces armes pour m’éloigner, m’extirper, comprendre qu’il n’est plus la bonne personne - surtout, il reste l’oubli. J’ai donné, je ne reprendrai pas. J’apprendrai. Je me construirai. Je m’en sortirai.

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On ne meurt pas de la trahison.

février 11, 2008 · Pas de commentaire

La mort me regarde les yeux grand ouverts. Les mains tendues. Elle gagne du terrain parce que la douleur explose dans ma tête, parce que je préfèrerais ce silence-là au fracas qui gronde derrière mon front. Je ne réfléchis plus, je suis juste folle de douleur, de rage, de honte, je ne comprends pas ce que j’ai fait, mais comment avoir pu en arriver à cette situation, je suis loin de tout, juste ravagée et brisée par l’afflux de douleur, de violence, comment a-t-on pu se faire ça, comment ?

Je ne sais pas. Je dirais bien : la vengeance, la colère. Qui m’ont fait perdre contrôle. Je vois Ian Curtis, “she’s lost control”, je le vois dans une situation impossible, s’extraire par la corde pendue dans la cuisine, non, 23 ans, moi aussi bientôt 23 ans, non, je ne veux pas, ne pas mourir parce que je ne comprends plus, parce que l’issue n’existe plus, parce que l’estime et la confiance sont devenues des mensonges. Mais le bourdonnement dans ma tête, l’explosion, la douleur diffuse, il n’entend pas, il ne comprend pas, je vais rentrer prendre 36 cachets pour m’endormir, rendre le tapage silencieux, chut, faire le silence, plonger dans l’ouate, effacer de force les images qui défilent devant mes yeux - trompée, humiliée, sa bouche, celle d’une autre fille, ses mensonges remplis d’assurance et sa passion dont je n’arrive pas à savoir si elle était vraie - je t’aime mais je te trompe ? - et puis tout ça n’a plus d’importance, lui n’a plus d’importance, mais moi je suis sale, je suis humiliée, je suis ignorée, ma douleur et ma colère personne ne peut les entendre, la vengeance est interdite, il ignore, il ferme les yeux, il cache son visage, sa voix, et moi je dois supporter ça, accepter ça - l’autre ne sera jamais puni, l’autre ne comprendra jamais la douleur, un homme surtout, que sait-il de la brûlure d’avoir été trompée ? Un homme pénètre, une femme est pénétrée, une femme ne connaît que le sexe de son amant, une femme offre son corps, la trace est plus forte en nous, la trace de l’amant, l’amant qui s’en va voir ailleurs -

Je veux mourir, j’appelle mon frère en sanglots, “Guillaume je veux mourir, Guillaume c’est trop difficile, je me sens sale - Marie est-ce que tu veux que je vienne te chercher, est-ce que tu veux que je te retrouve, Marie ?” et puis je ferme les yeux - le silence autour de moi, des toilettes un peu glauques où je n’aimerais pas crever, les paupières baissées et mes mains dessinent, mes mains viennent se poser sur l’encolure de ma douce, comme hier, mes mains posées à plat sur l’encolure souple de Noroise, je ferme les yeux encore et je me souviens de la sensation d’une liberté infinie, lorsque hier dans la montée au travers des bois je la laissais galoper, les rênes lâchées, les mains posées sur ma jument, je la sentais sous moi, respirer, souffler, galoper encore jusqu’à retrouver la route, je m’échappais, je trouvais le mouvement, le vent et les branches qui me griffaient, c’était ça, c’était le mouvement d’être en vie, c’était l’énergie, la chaleur, c’était la raison de vivre, c’était ma nécessité d’être en vie pour elle et de recevoir le bonheur d’être avec elle. Est-ce que ça paraît idiot ? C’est ma jument qui me sauve, le besoin d’être près de son corps, de la trouver allongée dans son box et de me glisser près d’elle dans la paille, les mains qui parcourent sa tête, sa peau douce, je m’endormirais près d’elle, je trouverais le seul réconfort dont j’ai besoin auprès d’elle. Noroise me maintient en vie.

C’est sans doute aussi idiot de repenser à Antigone, de repenser à l’Oedipe sur la route de Bauchau, mais je me sens prisonnière, entourée de lois qui contredisent mon intégrité - la trahison, le mensonge, envers celle qui avait promis de protéger, d’être là, d’aimer toujours - je voudrais proclamer l’honnêteté, la sincérité, la fidélité que je réclame de l’amour, mais les lois sont pour lui, la morale bien pensante est pour lui, et je ne suis que la pauvre enfant folle brûlée de fièvre, Antigone, qui s’accroche à son absolue conception de l’amour, je me bats seule et en silence, je me bats par la résistance - la résistance face à la tentation de mourir - je refuse de lui donner raison et de m’excuser, je refuse de renoncer et de me mentir à moi-même - en silence, la lutte et la croyance en un amour sans trahison. Les lois peuvent être de son côté ; je repartirai avec mes convictions, je deviendrai forte à force de croire en moi et de continuer à savoir que j’avais raison. Et même si je n’ai que des mots idiots et sans poids pour m’élever contre la trahison.

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