.. aglae ex time ..

Entries tagged as ‘alliée’

alliées.

mai 10, 2008 · Pas de commentaire

L’amitié je l’aurai explorée sous tant de formes et de coutures, l’amitié je l’aurai surtout tant malmenée. J’ai des amitiés rares, brûlantes, violentes, et passionnelles. Je ne crois pas à l’amitié fusionnelle : je sais souvent quelles différences existent entre nous, ce qui nous fait dissembler, et je n’ai jamais considérée aucune amie comme une autre moi. De Mathilde j’ai dit que nous avions des sensibilités jumelles ; nos sensibilités ne nous font pas forcément agir de la même façon ou aller dans les mêmes directions. Mes amitiés sont sans doute trop extrêmes, elles m’impliquent et me prennent aux tripes - c’est sans doute un risque, un excès, un danger, et le jour où l’une d’entre elle partira ? ne sera plus là ? Ce sont aussi des relations puissantes et créatrices, des relations qui portent à l’écriture, qui accompagnent la réflexion et enrichissent l’approche du monde. J’essaie de moins me reposer sur ces amitiés ; j’apprends à garder certaines choses pour moi, à ne pas toujours déverser tout ce qui m’habite le cœur. J’apprends la retenue en amitié. Mais cette discrétion ne remet pas, ne doit pas remettre et ne remettra jamais en question l’immense alliance des amitiés. Des amitiés féminines avant tout. Mes belles, mes douces, mes tendres, mes chéries, mes amoureuses, mes alliées. Venant de ce côté, la trahison ne s’accepte pas. L’exigence est précise, intransigeante. Je suis aussi aiguë qu’elles le sont. Peut-être davantage prête à pardonner, parce que souvent j’ai fait l’erreur de. Les blessures parfois surviennent. D’un seul mouvement avoir peur de tout perdre, peur de perdre l’alliée. J’ai peur de ces blessures-là. Il ne faut qu’un instant pour que je voie le pire. Pour que je ressente avec une douleur dans le ventre ce que serait la perte. On passe sur ces blessures, les amitiés sont plus solides et plus saines, mais quelque chose a été abîmé. Aujourd’hui et toujours, elle craindra de me présenter ses chéris. La confiance est revenue mais la blessure n’a jamais disparu. Comme sur les arbres, les traces de canif rendent l’écorce plus épaisse. Nous traversons des situations où nous faisons des erreurs ; nous ne les reproduirons pas. Il existe des mots d’ordre, des alliances tacites, des promesses implicites. Parfois ce sont des confrontations à la liberté individuelle ; parfois, comme dans une relation amoureuse, on restreint sa liberté par choix, par respect de l’amie. Je vivrai toujours mes amitiés féminines avant mes attirances pour des garçons. J’ai dans la peau trois ans après la trace toujours si douloureuse du moment où j’avais avoué - j’ai le souvenir qui m’arrache la peau et me retourne le ventre de son regard fou, de sa colère, de notre course perdue dans l’après-midi rempli de passants - elle avait dit “ne me touche pas“. Je ne voulais plus jamais. Plus jamais revivre cette situation, plus jamais sentir ce malaise. Ces derniers jours si j’ai été si tendue, si je me suis sentie si perdue, si peu sûre de moi - louvoyant entre la franchise envers mon amie, entre le désir de vivre une rencontre, entre l’affirmation de ma liberté et le respect mille fois supérieur de la liberté des sentiments de mon amie - c’est parce que je revoyais la menace de la situation impossible et dangereuse. J’avais peur de ce dans quoi j’avais plongé. Oh ces faux pas où le corps nous entraîne, ces faux pas où l’on ne réfléchit pas mais où l’on se donne à la vie telle qu’elle vient - si seulement j’avais réfléchi un peu plus vers l’avant. Si j’avais été plus fine, plus intelligente.

J’ai eu peur peur peur de les perdre, mes belles chéries, rien ne m’effraie plus, si elles n’étaient d’un seul coup plus là il est absolument évident que je ne resterais pas une seconde de plus en vie - si décidément je me trouvais résolument seule et sans alliée - je n’existerais plus. Et si toutes les relations ne peuvent pas parfaitement se maîtriser (comme si je maîtrisais le moindre truc ces derniers mois), il y a des choix à faire, des signes à envoyer, des présences à marquer. Avant d’atteindre le point de non-retour, il y a une capacité à la discussion, à la remise en question et à la prise de décision qui sauve notre amitié.

Tout est flou, je ne sais pas ce qui est arrivé, je ne suis plus jamais sûre de moi et de mes choix, je deviens tellement capable de me remettre en question que je m’y perds, et surtout j’ai la peur terrible de savoir que j’avance avec des amitiés sûres mais qui ne sont jamais définitives - que tout un jour peut se retourner et que je peux être seule. Sans alliée.

Si proche de douter, à la moindre blessure.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , ,

Berlin.

avril 14, 2008 · Un commentaire

Londres, New York - des villes que j’appréhende de façon évidente, des villes qui me parlent tout de suite, sans doute aussi parce que j’en comprends parfaitement la langue - Berlin me semble plus hermétique, moins déchiffrable, moins immédiate. Peut-être la pluie inlassable qui tambourine sur les pavés accentue encore la mélancolie de la ville. Berlin se vit plus qu’elle ne se visite. Ballottée d’un quartier à l’autre, d’un monument à l’autre, je ne trouve pas d’unité, pas de cohérence, tout se mélange et se superpose, les HLM soviétiques côtoient les palais allemands, l’ambassade de Russie étale ses 300 pièces, et partout surgissent des grues dont le mouvement ne cesse jamais. Les quartiers comme des îlots se laissent davantage saisir : j’aime Prenzlauer Berg et ses immeubles berlinois de couleurs, j’aime les Hackesche Höfe du quartier juif, j’aime la modernité de la Potsdamer Platz. A Berlin on aurait envie de prendre un vélo, de circuler le long de la Spree et de l’île aux musées, partout des boulangeries où l’on mange des brötchen, des parcs agréables où surprend le silence. C’est une ville d’étudiants, une ville facile à vivre, une ville où les cocktails coûtent 3 euros, une ville calme et pourtant mouvante, en transformation, tant connue pour les fameuses “nuits berlinoises”. Les opéras, les ballets, les concerts de rock et les galeries d’art contemporain font la richesse culturelle de la ville. Mais j’éviterais à tout prix de passer un hiver en dépression à Berlin : je garde des images grises, je garde en tête la pluie qui faisait ressembler Kreuzberg aux bas-fonds londoniens de la période Dickens, et puis partout se retrouve l’histoire douloureuse de la ville : je marche sur des pavés dorés qui symbolisent la mort des Juifs de Berlin, entre les stèles d’un labyrinthe de l’horreur, et devant les morceaux encore debout du mur. Je me sens grave, je n’ai pas envie de rire devant ça, et pourtant les touristes passent, inconscients, idiots, amusés, ils prennent des photos, ils courent dans le labyrinthe, ils réclament même un tampon de leur passage de l’Ouest vers l’Est. Ont-ils seulement compris ce que représentait cette frontière pour aller voir un ami ? Quelque chose me dégoûte. Quelque chose me fait me sentir mal à l’aise.

Toutes ces choses que je découvre avec Mathilde, ce sont encore celles qui viennent nourrir le cœur, celles qui nourrissent les rêves et les désirs, celles qui donnent des projets et des envies. J’ai rencontré une jeune Allemande avec qui on a préparé au petit déjeuner des pancakes à la banane. J’ai ri la nuit dans un bar de Prenzlauer à force de draguer les beaux gosses allemands, de leur lancer de grands regards de défi tout en parlant très ouvertement d’eux - en français - et puis finalement c’est avec Mehdi et Lido que nous avons raconté le plus de bêtises. Sur les marches devant l’East Side Galerie, au bord de la Spree, nous étions assises Mathilde et moi à regarder je ne sais quoi, un instant il a fait plus chaud, l’une près de l’autre, au soleil, douceur de se sentir ensemble. Mes bras pour la serrer contre moi. Enfin je connaissais sa ville, celle qui nous avait séparées, celle que nous parcourons un an plus tard sûres de notre amitié.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , ,

Le concert de Jérôme.

mars 26, 2008 · Un commentaire

Le Réservoir est une petite salle au décor d’enfance, cheval en bois et peintures florales dans une lumière douce, fréquenté par une population hautement branchouille. Je n’ai jamais vu Jérôme en concert que dans cette salle. Fauteuils, cocktails hors de prix, faune étrange accoudée au bar plutôt que de venir s’asseoir face à la scène. Au bout du compte on finit par se sentir “à la maison”. Les mêmes chansons, belles, violentes, poétiques, l’humour rare et précieux, les gestes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Ma colère s’en va en écoutant celle de Jérôme, mon désespoir rencontre son écho lorsque que la chanson interroge “qui de valable dans cette vie ?”, et puis non moi non plus “je ne supporterais pas que tu en aimes un autre/c’est impossible d’aimer quelqu’un d’autre/c’est une trahison”. A l’automne j’avais pleuré tout au long du concert. Chaque mot me retournait le coeur. Tout appelait mon amour disparu. Ce soir je me sens sortie de ma propre douleur, ouverte vers l’infini que fait surgir chaque chanson. La musique est là, mélodie agressive, guitare géniale de Matthieu Zazzo diablement sexy. J’aime la voix de Mareva nouée à celle de Jérôme.

C’est le lieu du refuge, entourée de mes très belles superbes éclatantes, nous sommes deux blondes et deux brunes, sensibilité à fleur de peau, la vie qui immensément nous traverse le corps, et je me vois rire, la peau souple et heureuse, je sens l’énergie qui me traverse, celle des mélodies rock qui m’électrifient comme des réminiscences musicales de Joy Division, je sais que je suis : en vie, heureuse, seule, sereine, indépendante, solide.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , , , , ,

Gin tonic.

mars 22, 2008 · 5 commentaires

Lorsque j’arrive et qu’il me reconnaît, il sourit, il semble heureux de ma présence, il a des mots doux. Et puis la soirée s’écoule, lente, sans grand intérêt, quelques rires, quelques cocktails - lui m’a oubliée. Il passe, ne me voit plus, et je ne me rends plus malade pour ça. Je comprends simplement, déçue et résignée, que les gens ne changent pas. Si la volonté de changement n’est pas la leur, elle n’existe pas. Trois années à se fréquenter, se croiser, de façon très aléatoire, souvent imprévue. Parfois ce n’était qu’un email, qui recevait une réponse un mois plus tard ; parfois c’était des nuits de pleurs, de cris et et de coups, qui se terminaient à le rassurer, petit garçon aux yeux mouillés conscient de sa médiocrité, en passant mes mains sur son visage, en le laissant se reposer contre moi. Tout était égal. L’attention, la tendresse, le dévouement. Ca ne comptait pas. Rien n’a jamais compté. Je cherche encore les raisons. Je cherche encore à expliquer pourquoi je me suis mise un jour en tête de le sauver. Pourquoi j’ai tant voulu le protéger de lui-même. On n’empêche personne de se détruire.

Il y a quelques jours, quelques semaines, il n’a presque pas remarqué ma présence. Je l’ai délaissé, j’ai préféré rire avec d’autres. Et puis entre deux rires et un gin tonic, parler de Descartes et de Spinoza. Dieu que j’aime ces garçons qui ont tout à m’apprendre aussi bien en philo qu’en rugby. Mais la déception était là, acceptée, connue par avance : il ne change pas. Il reproduit sans cesse, sans cesse, sans cesse les mêmes attitudes d’enfant égoïste, d’enfant fou, de type prêt à affronter la mort à chaque coin de rue. J’ai beau trouvé triste de devoir se confronter au corps de l’autre pour se sentir exister - je ne peux rien changer. Je dois accepter que le garçon auquel je tiens se détruise. Je dois accepter mon impuissance face à quelqu’un qui a dit : “Non, tu ne dois pas m’aider. Je refuse ton aide. Je n’ai pas besoin de ton aide, ni de celle de personne”. Alors je le regarde brûler sa vie, son ennui, son angoisse. Et je n’ai pas mon mot à dire.

Nous essayons de nous voir bientôt. C’est très compliqué quand cinq minutes au téléphone sont déjà l’occasion d’incompréhensions et d’affrontements. Je crois que nous ne savons pas communiquer. Je crois que je ne comprends rien à cette relation. Et puis parfois je me demande pourquoi je tiens encore à lui, pourquoi le dégoût et le mépris n’ont pas tout emporté, pourquoi même je m’attache à un garçon qui ne veut pas de moi. Eh bien je n’ai rien à lui reprocher. Je peux me reprocher ma cécité, ma passion, mon engouement disproportionné. Mais je regarde, je regarde ces six mois passés à nourrir seule une passion sans retour. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun mensonge de sa part. Je ne me souviens que de son extraordinaire franchise, celle qui me blessait, celle qui m’endurcissait. “Est-ce que tu m’aimes ? - Non je ne t’aime pas. Je ne t’aime jamais. Être bien ensemble la nuit ne signifie rien de plus”. Oui mais les choses étaient claires, carrées, droites. Insupportables et douloureuses. Mais je ne pouvais pas formuler de reproche envers la sincérité que ce garçon me donnait. Aujourd’hui, c’est peut-être la chose la plus importante. Ne pas avoir menti sur nos sentiments. Avoir eu le courage de ne jamais laisser l’autre dans des illusions qui anéantissent. J’ai littéralement appris la désillusion. Mais j’ai surtout retenu l’honnêteté. Et il n’y a pas de transigeance possible sur cela.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , , , ,

Café Danton, soir de pluie.

mars 10, 2008 · Pas de commentaire

Il y a de ces repères tellement forts qu’ils sont comme ancrés dans la peau, aussi profonds que ceux de l’enfance - je retrouve Mathilde au Danton, premier jour de notre amitié, nos confidences autour d’un chocolat chaud, la pluie dehors - quatre années plus tard, le même serveur un peu dérangé, les thés verts ont remplacé les chocolats qui rattachent trop à l’enfance, et puis les regards amis, les rencontres qui ne relèvent presque plus du hasard mais simplement du fait que ces lieux sont devenus pour nous un seul et grand quartier où chaque visage est connu - Jérôme se lève, m’embrasse, me fait rire et me trouve bonne mine - j’ai dormi cinq heures la nuit dernière, travaillé huit heures aujourd’hui, mais sans doute j’ai les yeux qui brillent d’enthousiasme - et puis on parle très vite des prochains concerts, du nouveau livre, de New York et de la Californie trop désinvolte. Mathilde prononce les mots d’amour, je prononce ceux de la douleur, et un chemin se dessine entre nous deux, ce que chacune comprend de l’autre, ce que chacune sait - les mois, les années qui peuvent suivre une rupture, la folie de la passion, le don de soi immédiat, le coeur brûlé, les hommes petits garçons. Toujours il y aura ces sourires, ces mots doux, ce réconfort, toujours mes très belles amies, alliées de toujours et tout secours - plus tard dans le restaurant ma main tremble, ma main sans raison est agitée - médicaments, angoisse, je ne sais pas - et Mathilde pose sa main froide sur la mienne, elle la maintient contre la table, relève la tête et me sourit calmement. Ce n’est pas grave, les gestes de l’angoisse passeront. Après chaque moment passé avec Mathilde, j’ai le coeur froissé de la quitter, la laisser derrière moi, quand nous voudrions tout affronter à deux, tellement plus fortes, tellement indépendantes, tellement indifférentes, seulement conscientes de nous mêmes. Mais il faut continuer le cheminement de l’autonomie. Il faut trouver la même confiance à être seule.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , ,