.. aglae ex time ..

L’espoir d’être bouleversée.

août 5, 2008 · Un commentaire

Je crois que je trouve enfin la douceur, continue, stable et régulière. Comme si j’avais découvert la formule à appliquer, celle qui me va le mieux. Des heures de sommeil, des échappées avec Noroise, les médicaments jetés, (les sales types jetés, ça compte aussi), l’exploration permanente de Paris et de ce qui s’y fait, les soirées calmes à regarder des films et à boire du thé vert. Il n’y a pas de place pour l’ennui, pas encore de place non plus pour la lassitude. Je laisse mon corps respirer et dire quand il faut dormir. Il n’y a aucun manque. Parfois se glisser seule dans le grand lit, ça donne envie de pleurer, mais je m’endors trop vite pour y penser plus longtemps. Je sais bien qu’un jour j’en aurai assez d’être si seule, quand bien même le silence de l’appartement apaise. Quelques soirs je voudrais rentrer et trouver les bras d’un garçon. J’ai voulu écrire “d’un amour” - je ne sais plus. Je l’attends de pied ferme le prochain qui me fera prononcer “mon amour”. Je n’arrive plus à écrire ces mots-là. J’ai tellement rejeté toute forme de passion, d’amour fou, de romantisme. Je ne peux plus envisager ces sentiments-là. J’ai découvert et compris quelque chose d’autre, un temps plus long, un amour fort, profond, calme, un amour qui n’existe pas de façon absolue. Je ne parle plus d’amour parce que ça n’a pas de sens seule. J’écrirai l’amour construit et partagé, peut-être. Tomber amoureuse ne fait plus sens. J’ai perdu ces choses-là. C’est sain, ça rassurerait ma psy - je regrette un peu parfois de ne plus pouvoir chavirer et perdre contrôle, j’apprends si bien à me protéger qu’il suffit de me dire “non, merci” pour que je range mes sentiments. La capacité qui est née d’attendre l’autre, de l’écouter, de le faire entrer en jeu au moment de tomber amoureuse, et non pas quand tout est joué, décidé, désespéré. Lorsqu’au printemps j’ai aperçu l’émotion immense qui grandissait lorsqu’il me regardait, j’ai été heureuse de connaître encore ça. C’était l’espoir d’être à nouveau touchée, bousculée, bouleversée. Il ne fallait pas aller plus loin, et c’était bien, c’était tellement suffisant de savoir que les battements pouvaient encore s’accélérer, et la peau palpiter, et ma main trembler. Tu m’avais si bien tuée l’an dernier. Je ne laisse plus l’amour venir dans ma seule perspective, j’écoute, j’attends, je demande, j’en fais trop encore bien sûr, mais j’ai confiance dans le déferlement qui saura arriver lorsque l’amour se formera. Ni ennui, ni manque, ni attente - j’avance, j’explore, les rencontres ne cessent jamais. J’ai encore le temps pour un nouvel amour. Juste dormir seule parfois. Dormir seule.

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Travail de l’angoisse, toujours.

juillet 30, 2008 · Pas de commentaire

Doutes et angoisse. Je ne passe pas le moindre entretien sans avoir le ventre noué, chercher des pistes prend un temps fou, et surtout je me demande si ça peut seulement marcher. J’imagine que la perspective du premier “emploi” n’est pas difficile uniquement pour moi. J’ai des envies, des idées, des compétences - il faut savoir où chercher, qui contacter, comment “se faire valoir”. Il faut sans doute que je m’y mette pleinement pour moins paniquer et moins m’en vouloir. Il faut se lancer et ne pas laisser d’espace libre pour l’angoisse. Ce sont la stimulation et l’enthousiasme qui doivent porter, pas la peur ou l’anxiété.

Je commence peut-être à savoir dissiper l’angoisse avant même qu’elle ne s’affirme. Je sais où l’angoisse ne se trouve pas : auprès de Noroise, dans les expositions et devant les performances artistiques - au Grand Palais sous la verrière, les chorégraphies dansées par les ballets canadiens, le décor extraordinaire, brut, moderne, les lumières étranges de la mise en scène mais aussi les éclairs lumineux au-dessus de la nef, l’orage de l’autre côté du verre, les ombres de dentelle derrière les rambardes de fer forgé des escaliers. Mon frère peut prendre la mouche aussi souvent qu’il le veut, c’est lui qui s’isole - mon père peut se formaliser de détails dont lui seul semble être choqué - pour moi tout va bien, merci, je ne m’arrête plus aux blessures médiocres du quotidien, j’avance, j’ai trop peu de temps et d’espace pour le bonheur, la joie, la découverte, les livres, ma jument, je refuse désormais que l’on me prenne ce temps de façon négative.

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Je hais le jour de mon anniversaire.

juillet 28, 2008 · Pas de commentaire

Drôle de journée. Je l’ai passée presque entièrement seule. Je me suis infusé les trois films de The Bourne Ultimatum. Séance de dressage plutôt correcte avec Noroise. Mes parents sont rentrés, pas franchement joyeux, il paraît que ma mère a pleuré en arrivant, mon père trop désagréable, ma sœur silencieuse. C’était mon anniversaire et je me disais que ma mère aurait dû claquer la porte depuis longtemps. Je pensais que je ne tolérerais pas le quart de ce qu’elle supporte. Je suis heureuse d’avoir été en crise si violemment cette année, à 22 ans - pas à 55 ans avec trois enfants, la maison, le chien, la voiture. Aujourd’hui je sais que plus personne n’aura une bonne raison de me faire accepter la blessure, je sais que ce sera ma sécurité et mon intégrité avant tout, avant de vouloir recoller, faire tenir encore les morceaux. Je sais qu’aucun type ne méritera jamais que j’enfouisse mon orgueil pour satisfaire le sien, que je me laisse aplatir en espérant le retour, l’éclaircie. J’aimerais que Maman ait déjà parcouru ce chemin-là, peut-être qu’elle ne le fera jamais, moi j’ai déjà les données en tête. J’écris ça et puis peut-être que ça ne tiendra pas, lorsqu’on est pris au piège, lorsqu’on s’est laissé enfermer, qu’est-ce qui devient le plus difficile ?

Je n’aurais pas voulu penser à ça aujourd’hui. J’aurais aimé un grand dîner d’anniversaire avec un gâteau de crêpes et quelques cadeaux. J’aurais aimé tout le monde autour de la table, le récit du week-end, les rires. Au lieu de ça j’ai pris un train ce soir pour rentrer seule à Paris. Sur mon portable j’ai regardé mes emails, je n’en ai lu qu’un. Et puis je pleurais soudain, je pleurais de ses mots, quelques mots seulement, je me souvenais d’un seul coup de mes 21 ans. Il y a deux ans, avec toi. Tous ces mots que tu me donnais, tous ces moments que nous partagions, tous tes efforts pour m’apaiser. C’est deux ans après que je comprends comme tu m’as aimée. Comme tu as été exceptionnel envers tous mes défauts, mon caractère impossible, mes angoisses irraisonnées. Tu ne posais pas de questions, tu me laissais ne pas aller trop vite. Cette patience et cette disponibilité. Tu m’aimais sans raison, en dehors de toutes mes manières et mes apparences. Je sais aujourd’hui à quel point tu étais rare. Si tu savais comme j’en pleure encore parfois de me souvenir des plages de l’Oregon ou des pains au chocolat de Trouville. Je te promets pourtant que je n’avais pas d’autre choix, que je devais passer à travers cette crise-là et me trouver enfin seule. Merci des deux années que tu as partagées.

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juillet 27, 2008 · 3 commentaires

C’est étrange cet anniversaire qui ne se prépare pas vraiment. Je suis seule dans la maison de pierre. Chaleur lourde et intenable la journée, fraîcheur nocturne qui pénètre derrière les murs dès lors qu’on ouvre la maison, une fois la nuit tombée. Je n’ai certainement pas envie de me retourner vers le mois de juillet de l’an dernier. Je suis capable d’avoir un regard plus lucide sur ce que l’été dernier a été ; mais pas ce soir, je ne veux pas regarder. Seulement penser à ce que je suis, aujourd’hui. Cette solitude qui ne pèse pas. Cette capacité à résoudre seule, à déverser les mots vers moi lorsque quelque chose s’emballe, plutôt que d’abreuver mes amis de douleurs qu’ils ne peuvent pas supporter à ma place. Cela rend plus forte, de ne pas chercher la consolation, l’oubli ou le réconfort auprès des alliés ; mais de chercher en soi les racines, d’expliquer la blessure, d’apaiser la douleur. Seule. Sans me couper de personne, je m’expose moins, j’apprends à ne me reposer que sur moi, à ne pas faire dépendre de la présence de l’autre mon sentiment d’être heureuse. Je veux être auprès de mes amis pour vivre, partager, apprendre, découvrir, et sans doute encore des thés, des cafés pour se consoler, pleurer et puis retrouver les rires, mais je ne peux pas leur demander la réponse qui apportera l’apaisement, le calme profond, la sérénité heureuse. Ceux qui émaillent ma libre trajectoire, ce sont les alliés, ceux qui peut-être même sans s’en rendre compte apportent des pierres solides, que je reprendrai, que j’utiliserai sur mon propre chemin - ce sont les phrases, les attentions de certains, ce sont les réflexions engagées presque de façon anodine, ce sont les images prises et gardées au hasard d’une conversation, d’un moment partagé.

Alors seule, sans encore ressentir le manque de la construction d’une relation à deux, j’avance doucement. Les rencontres, les soirées immenses dans Paris, les livres, tout m’occupe. Il y a ce coin du 4ème arrondissement que j’aime, entre les quais et la rue de Rivoli, entre Sully-Morland et le pont Marie (bien sûr) : la rue de l’Ave Maria, la rue du Figuier et la très belle bibliothèque Forney, la rue Charlemagne. Soudain Saint-Paul, les bancs au soleil, le cœur de Paris qui évoque le plus dans mon imaginaire l’histoire médiévale, la rue des Rosiers pour manger ashkénaze et la rue du Roi de Sicile pour rejoindre la Tartine. Je suis insupportable, je lance des œillades pas possibles au serveur. Je parle danse, littérature, escapades. Toute la journée dans Paris je crapahute en talons, la poussière du jardin des Tuileries avant d’aller voir les photos de Richard Avedon - j’aime la série des photos de l’Ouest américain -, je rencontre, je souris, j’écoute ce qu’on a à m’apprendre. Le jeune garçon qui me raccompagne la nuit jusqu’à la station de taxis, beau comme un cœur, tellement poseur qu’on aimerait le bousculer un peu pour lui faire perdre la belle assurance que donnent l’apparence parfaite, les bonnes manières, les formules polies - je veux savoir ce qu’il y a derrière.

Une autre nuit, pique-nique sur l’herbe, N. s’est souvenu que mon anniversaire approchait, il m’offre le Demian de Herman Hesse et je trouve ça vraiment très chouette, et même prometteur de la part d’un type qui cite Gatsby et Belle du seigneur parmi ses livres préférés (manque Dostoïevski pour atteindre ma triade des auteurs sublimes). Soudain on se retrouve sous la tour Eiffel, j’avais sans doute 7 ans la dernière fois qu’on m’y a traînée, et je trouve ça plutôt beau malgré les trombes d’eau qui commencent à tomber - la petite robe noire, mouillée, les pieds dans les sandales, rincés, les cheveux sous la pluie, emmêlés. A l’abri d’un stand de gaufres, je mange ma crêpe à la confiture de fraise - juillet, minuit, pluie, rien ne me paraît absurde -, c’est brûlant, la confiture tombe sur ma robe, coule sur mes doigts, j’avale ça comme une gamine affamée, je démontre mon incapacité à manger proprement, et cette insouciance-là, cette insouciance à être trempée, pas très présentable, à regarder les étoiles de la tour Eiffel, avec les mêmes yeux émerveillés que ceux des touristes, tout en mangeant une crêpe qui dégouline - c’est très rare pour moi, c’est très précisément à ce moment le sentiment de liberté, c’est courir sous la pluie dans les jardins du Trocadero, et monter deux à deux les marches qui glissent, c’est être strictement indifférente à ce que je parais, à cette image que je renvoie, à ce que n’importe quel inconnu croisé pensera.

Aujourd’hui, j’ai 23 ans.

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La jeune fille du soleil blanc d’ete.

juillet 22, 2008 · Un commentaire

A la terrasse des cafes tu fuis le soleil - moi je ne cherche que ca. L’ete de soleil. L’ete dans ma grande maison de campagne, les doigts de pied dans l’herbe du jardin, les livres eparpilles au bord du lit, les longues balades entre les champs de mais et de ble, les epis sont hauts, les moissonneuses tournent. L’ete je n’ai plus faim et je me nourris de concombres ou de tomates. L’ete je laisse la fenetre ouverte tres tard, la nuit s’engouffre, la lampe reste allumee sur les livres epais, quelque part les melodies de Polly Jean. On bronze doucement dans le jardin, the glace, reves. Je pars avec Noroise en fin de journee, lorsque la chaleur est tombee, nous deux le soir au-dessus d’un village silencieux et la Marne dessinee en contre-bas, les meandres de la riviere qu’on suit de tres loin, Noroise s’impatiente des taons qui lui collent a la peau, les lapins et les renards s’ecartent du chemin lorsqu’ils entendent son trot violent.

A Paris, terrasse des cafes, thes glaces, jus de tomate. D’un projet a l’autre, l’emulsion toujours, les idees qui naissent, les envies qui se dessinent, il y aurait tellement de choses a realiser, de livres a ecrire, de manuscrits a editer. Je donne du temps a S. pour preparer son projet, celui que j’avais conduit l’an dernier. Des longues conversations avec J. ressort l’exigence des livres de qualite, la necessite de se meler un jour de ce qui s’ecrit pour moins se plaindre des nullites qui sortent chaque automne. J’ai tres envie aussi des parcs, des jardins et des bords de la Seine. Robes courtes et jambes nues, corps verse dans l’herbe, les peaux se regardent, les yeux plongent, la journee ne s’arrete plus. Nuit tombee, fraicheur sur les epaules, prends-moi dans tes bras, il fait chaud pres de toi. La vie va, le temps coule, l’ete doux, je ne connais pas l’ennui ni l’euphorie, tout est calme et egal, je peux avancer tranquillement, pas a pas.

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La peau salee et l’eau mysterieuse.

juillet 20, 2008 · Un commentaire

L’ocean retrouve. L’eau tres salee qui laisse la peau blanche, seche, et crayeuse. Il faut un instant de temerite pour se jeter dans l’eau a vingt degres. Epaules brulantes devenues glacees. Peau piquee par la chair de poule. Tout de suite l’eau devient agreable, il suffit d’aller nager, de faire les grands mouvements pour se retrouver pres des bouees, glisser et couper l’eau fendue, l’eau qui se faufile, court sur les jambes, l’eau des mers et des oceans, toujours cette idee du liquide, du glissement, de la jouissance. Protection autant que danger - l’eau me tient cachee du soleil, l’eau m’enferme, l’eau tient mon corps entier - mais j’ai peur du fond, des taches sombres, des algues emmelees, effleurees, enroulees autour de ma cheville.

Sur le sable je m’endors a l’ombre d’Aurelien, je reve doucement aux garcons, j’ai le souvenir brulant de la Sicile et du Lis de Mer, le souvenir doux des plages du Mexique, rien de plus, la douceur du sable et de la chaleur, la tete vide, le bonheur calme et tranquille, la peau vivante et fremissante. Rien ne me retient, rien ne m’attache, j’ai laisse les soucis quelque part a Paris - pour tout retrouver en rentrant, oui mais… le temps pose. Le temps qui s’ecoule autrement, au rythme lent des heures ou l’on dort, ou l’on danse, ou l’on lit. Rien de plus. Pas de projet, pas d’ambition. rien d’autre que sentir le sable et l’eau. Se sentir en vie. Profiter de ce que le corps touche du monde.

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Affection.

juillet 19, 2008 · Pas de commentaire

Je repensais a la phrase de Nico hier : “tu fais partie de ces nanas qui ont besoin d’affection, parfois“. Au sujet des garcons, bien sur, et a propos du fait que je suis encore trop eloignee de l’idee du couple permanent. En fait, je ne crois pas. L’affection, je la trouve aupres de mes amies, aupres de ma jument, avec mes parents. En moi, meme. Croire que les bras d’un garcon de passage apportent “de l’affection”, c’est se laisser avoir. Courir droit vers les lendemains qui tordent le coeur, les lendemains ou l’affection est devenue fade, maussade, triste. J’ai besoin d’etre avec des garcons, de voir des garcons, j’ai envie souvent de leur peau et de leurs levres - ca n’est pas un scoop. L’affection il ne faut pas la chercher aupres des garcons de la nuit, il ne faut pas se laisser porter de facon demesuree par l’irrealite des moments fous et extraordinaires - l’affection existe beaucoup plus dans la constance, la permanence, la recurrence de ceux qui seront la, comme des reperes, des balises certaines, mes cheries, mes garcons, ceux dont je doute le moins. Ceux avec lesquels je suis sure qu’il existe un debut de comprehension reciproque. Je ne sais plus exactement pourquoi Nico disait ca, je crois que c’etait la passion des garcons, il sait ca en moi, il le sait depuis longtemps. Il disait que j’avais besoin de ca, que je cherchais les garcons. Et puisque tout ca parlait de lui, quand meme : je le desirais, je ne voulais que lui, mais je savais que l’affection aussi etait reelle, je savais qu’il me tiendrait toujours fort quand je deviens fragile, je savais que l’honnetete et l’estime existent entre nous. Et que cela compte bien plus que l’appel insense d’une nuit irreelle.

(pardon pour la lecture sans accent, le clavier aujourd’hui est un qwerty…!)

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Fiction et réalité.

juillet 18, 2008 · Pas de commentaire

Je ne crois pas avoir jamais opposé la réalité matérielle, ou factuelle, aux échappées de la fiction. Il y a seulement la vie quotidienne, prolongée par les rêves et les fantasmes. Je vis certains moments, je les vis une seconde fois, je revoie, je repense. Rêves éveillés allongée sur un lit, rêves éveillés derrière les yeux clos. Tamis de l’écriture. C’est l’analyse et le retour, aussi bien que l’attente, l’espoir, le fantasme et l’à venir. La belle échappée des rêves, le rattrapage de la vie trop dégueulasse, le meilleur retenu. La vie revécue. La vie augmentée. La vie amplifiée. Les rencontres du réel déclenchent des envies, des projets, des rêves. Les histoires se créent. Ramifications dans le réel, envolées vers l’imaginaire. Cette vie qui devient motif de l’écriture, de la poésie, des rêves. Puissance esthétique, poétique et onirique de la vie tellement vécue, absorbée, léchée - la vie violente. Je n’ai jamais su comprendre les reproches qui venaient comme des blessures, cette “vie à l’écart”, “en dehors du monde”, “en dehors de la réalité”. S’ils avaient seulement compris à quel point j’étais imprégnée et nourrie de cette réalité. Seulement plus sensible à ce qui en naissait. Je ne sais toujours pas comprendre comment l’écriture et la fiction pourraient se situer hors de la vie. La question de la réalité ne m’intéresse pas ; mais plutôt celle des nourritures, du corps et de l’esprit, tout ce qui peut donner sens, permettre d’apprendre, d’avancer, d’être plus riche, et de constituer une identité. Identité en devenir.

Pour moi et de la même façon que l’écrit Nancy Huston : il y a l’immédiat, et puis : la réécriture, la mélancolie, le désir, le manque. Tous les prolongements fantasmagoriques noués autour de la vie. Au travers de la création, de la transformation et de l’écriture, la vie s’amplifie. S’exacerbe. Vie et sensibilité exacerbées, sensibilité à fleur de peau.

Le dérapage se situe dans une façon d’aborder la réalité similaire à celle d’écrire la fiction : JE décide. JE ressens. JE me nourris de mes interprétations. Quelle place pour l’autre alors ? La fiction est égoïste. La fiction entretient le sentiment démiurge. On ne se confronte pas à l’autre dans la fiction. On dit pour l’autre. On invente l’autre. Ses réactions, son cheminement. Et si on applique à la réalité les schémas de la fiction… Fracas des désillusions. Brutalité du retour à la “réalité”. Blessures d’ego. Je voulais que tu m’aimes, tu devais m’aimer, tu m’aimais. “C’est un peu court”. C’est surtout terriblement réducteur, égoïste, et loin de ce que l’autre ressent. Subjectivités de la vérité. La fiction se vit au travers d’une subjectivité unique. La vie est une rencontre de subjectivités. J’ai souffert de ne plus savoir m’écarter de la fiction. La confrontation à l’autre devenait tellement violente, hallucinante. Je m’y suis crevé le coeur des dizaines de fois à avancer de cette façon-là.

Alors j’ai réappris. Et je continue de réapprendre. Garder en tête l’exemple d’Emma : ce n’est qu’une petite bourgeoise provinciale qui commence à croire à l’amour fou lorsqu’un comte la prend dans les bois. Emma Bovary ou l’exemple du ridicule amoureux. Simplement parce qu’elle assimile sa propre histoire à celle de Paul et Virginie. Je ne veux plus confondre fiction et réalité. L’autre reste celui que je ne connais pas, que je découvre - jamais un personnage de rêve ou de roman. Fiction, réalité : deux niveaux entre lesquels naviguer, deux mondes qui se rencontrent et interagissent - JE est le lien entre ces deux niveaux, mon identité traverse l’un et l’autre, seule cohérence, seule unité de composantes multiples - mais l’autre ne peut pas être négligé, l’autre autonome et indépendant, l’autre qui décide et ressent tout autant que moi.

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Vacances.

juillet 12, 2008 · 3 commentaires

Je voulais écrire des secrets et des passions extraordinaires, des désillusions et des découvertes, des crises qui ne durent pas - je suis loin au Pays basque, avec des carnets d’écriture et de chouettes bouquins pour lire sur la plage - promis dans quelques jours il y aura des textes à donner au blog !

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Être seule.

juillet 7, 2008 · Un commentaire

Ne pas se laisser retenir par les épines du quotidien. Ne pas se laisser défaire. Mouvement vers l’avant. Il y a la fatigue bien sûr, la nuit je traîne, je range, je bois du thé, j’essaie de comprendre un peu ce que Deleuze écrit sur Nietzsche (et c’est pas gagné). Forcément lorsque je me pointe chez la psy et qu’on attaque un peu plus profond - pas les trucs les plus immédiats et les plus compréhensibles - mais ce qui fait mal, ce qui amène les larmes, ce qui fait comprendre tout le chemin qu’il reste encore à parcourir - alors je sens que j’aurais dû me coucher plus tôt, que l’une des conditions essentielles est celle-là. Accroc dans la journée de travail, je suis sur le point de pleurer, je pars seule fumer cigarette sur cigarette jusqu’à être calmée, je ne veux voir personne, je veux retrouver… ce qui me tiendra. Ce qui me donnera l’élan et l’enthousiasme. Comme en bout de ligne dans l’eau de la piscine : savoir préparer le demi-tour, toucher, plier, se recroqueviller - jaillir. Je sais rejaillir. Je suis sur ce chemin qui peut encore être tant parcouru - au moins le chemin est là - et très précisément je sais ce qui est à poursuivre. La solitude m’a prise lorsque je suis rentrée, des courses plein les bras, je laissais défiler toutes ces idées immondes qui me font plonger, je pensais à ceux qui ont dit que je ne devais pas m’en faire, que je n’avais pas de raison d’être triste, puisque - belle, brillante, vive, chanceuse - oh mais s’ils savaient que ces mots n’atteignent pas ce que je suis, que tous ces atouts n’ont pas d’impact sur mon sentiment d’être heureuse ou sereine, s’ils savaient même comme je m’inquiète d’être soi-disant ceci ou cela, et d’avoir le sentiment d’être si peu aimée. Je ne veux pas regarder ça, je ne veux pas, ou je pleure. Je cherche la confiance en moi, je cherche à me rattacher à ce qui compte dans la seule perspective à mon égard : travailler, apprendre, ressentir. Ne pas vouloir me définir au travers du regard des autres. Être seule à m’aimer. Et essayer de croire qu’il y aura -, un jour.

La solitude vissée au corps, acceptée, rejetée, la solitude adorée puis détestée, la solitude qui sera capable un jour de me vider - je sais bien que cette chienne me fera crever - mais il faut résister, être seule, avancer seule, ne pas trouver le temps long. Je n’ai pas encore 23 ans. Les rencontres sont devant moi. C’est maintenant qu’il faut être seule et forte, heureuse de cette solitude. Un jour je ne serai plus seule et j’aurai un enfant. Je ne serai plus seule. C’est maintenant qu’il faut être seule. Jusqu’à ne plus connaître autre chose, jusqu’à être surprise par la présence de l’autre.

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