.. aglae ex time ..

Entrée de novembre 2008

Apprendre à prendre soin de moi.

novembre 24, 2008 · 2 commentaires

Les médecins “classiques”, ceux qu’on nous envoie voir quand on est à l’école primaire, ne m’ont jamais rassurée : le médecin risquait toujours de détecter un truc bizarre, le dentiste me gardait deux heures le mercredi après-midi, l’ophtalmo m’a désespérée quand il m’a annoncé que l’hypokhâgne avait abîmé mes yeux. Et puis il y a ces médecins auxquels je parle, ceux qui me font tout de suite me sentir mieux, ceux qui aident le corps comme l’esprit. Les conversations avec ma psy sont souvent brutales ; c’est-à-dire qu’elle ne prend pas de gants pour me mettre sous les yeux mon orgueil, mon égocentrisme ou mes réactions puériles. Mais il y a toujours une trouvaille, un éclaircissement, une explication à faire émerger, au-delà de ces réalités. La psy m’aide à défaire les noeuds qui se sont formés au travers des romans, des histoires familiales, de la culture romantique.

Et puis il y a le kiné qui défait les noeuds dans mon corps. Il me laisse m’endormir sous la lampe et la chaleur, il pose de la crème sur mon dos avant de me masser jusqu’à ne plus avoir de forces, et puis il étire un bras, plie une jambe, fait craquer l’endroit dans mon dos où la douleur s’est installée – bon bien sûr, ce n’est pas une surprise, j’ai le dos dans tous les sens, le bassin déséquilibré, et plein d’autres choses que je ne comprends pas bien, la faute à Noroise en grande partie. C’est nouveau pour moi de faire attention à mon corps, de ne plus vouloir avoir froid, de dormir beaucoup, de m’étirer comme un chat sur mon lit quand ça fait trop mal, de faire les exercices insupportables du kiné qui mettent des ampoules sur les mains, oui mais après je me sens mieux. Chaque semaine je vais le voir et il s’occupe de moi, il pose des questions sur l’équitation, et je crois qu’après il y aura toutes ces choses à faire pour être bien dans ce corps plié, fatigué, essoré. J’ai envie de retourner au yoga, d’essayer l’acupuncture, de réclamer des massages tout le temps. On aurait dû me faire découvrir tout ça bien plus jeune.

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Les dimanche parfaits.

novembre 23, 2008 · Un commentaire

Lorsqu’on se réveille tôt, assez tôt pour aller faire le tour des commerçants avant de revenir déjeuner. L’avenue de Saint Ouen est en ébullition, le vendeur me tend des morceaux de clémentine, à la fromagerie je voudrais tout goûter, l’apprenti de la boucherie est beaucoup trop poli pour ne pas être soupçonné d’une tentative de séduction, et des flocons de neige restent accrochés à mon manteau. A la radio c’est Rebecca Manzoni qui balance “Fever” de Peggy Lee, puis les parodies et les chroniques en panique au Mangin Palace, accompagnées d’extraits de films. J’aime les moments très rares où j’ai le temps de m’occuper de mon appartement, de ranger, d’étendre le linge, d’allumer des bougies. Je me sens bien, au calme, je récupère au chaud avec des litres de thé. Entre quelques livres, des morceaux de rock et de jazz, je suis capable de rester enfermée la journée entière, en tailleur sur le lit.

Tout l’après-midi il pleut, la Maison de la Photographie est un bon refuge. Les photos de Sabine Weiss sont sensibles et humaines : des enfants au visage sale et au sourire radieux, un clochard (céleste) endormi sur un banc, des gitans en train de danser, des hommes dans le brouillard humide et épais – comme si la photo donnait à toucher cette épaisseur. Ce sont les quartiers populaires de Paris dans les années 1950, Aubervilliers, la Porte de Vanves, la rue des Terres au curé près de la Porte d’Ivry, c’est Paris comme quand mes grands-parents y habitaient.  En Egypte, les visages des enfants toujours, au Portugal et en Europe de l’Est les fêtes traditionnelles, les vieillards perdus dans des villes de plus en plus modernes, et à Naples les familles sur le pas de leur porte. Sabine Weiss écrit quelque chose qui me plaît en matière de photographie, mais aussi pour l’écriture :

Apprendre à voir les détails les plus simples. Le menu détail qui exprime l’essentiel. Le petit geste qui exprime le mouvement. Le fléchissement du doigt qui suggère l’état d’âme. L’expression de l’individu qui parle de la foule. L’infiniment petit qui raconte le grand. Le regard de l’autre qui dit son angoisse et sa joie.

Et même au-delà de l’écriture, ou de la photo : ce regard permanent sur le détail, sur les signes, sur les subtilités qui peuvent porter une signification immense. Je ne sais pas si cette acuité existe pour n’importe qui – mais en moi la conscience aigüe des détails, des gestes, des attitudes, des mots – cet hyper éveil qui exacerbe la sensibilité, fait remarquer l’inaperçu – c’est faire le guêt de l’émotion, de la surprise, de l’inattendu, de la beauté, du décalage (Picasso dit que la beauté existe dans l’écart avec ce qu’on est habitué à voir) – et sans doute, c’est un peu plus beau, un peu plus vif, un peu plus violent, et un peu plus sublime aussi – en contrepartie, c’est plus difficile, plus aléatoire, ce sont des crises de larmes qui peuvent venir sans raison, des abattements qui suivent des euphories, des joies minuscules et des sourires qui s’inscrivent pour rien, pour une attention, pour un hasard. Ce qui devient rassurant, au fil des années, c’est que cette sensibilité s’épanouit davantage dans les choses heureuses, que dans les tristesses et les mélancolies en tout genre.

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L’attente oubliée.

novembre 13, 2008 · Un commentaire

Pour la première fois :

Je suis capable d’écrire : Je n’attends plus. Je n’attends rien. Je n’attends personne.

Je l’écris et je le crois, j’oublie même de penser au manque, à l’attente, à l’absence.

Je suis sans attente.

Et je deviens sans angoisse.

Comme une évidence.

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La contradiction.

novembre 9, 2008 · Laisser un commentaire

Ce temps passé avec toi, ce temps où tu es là, où tu ris avec d’autres, avec moi aussi puisque je suis présente, puisque nous sommes amenés à nous croiser, nous frôler, chaque jour, chaque lendemain, ce temps où tu me fais rire, ce temps où nos regards autour d’un dîner se rencontrent – ça me rend heureuse, te voir, t’écouter, te sourire – oui mais je ne le supporte pas.

Je voudrais le matin te parler, te raconter les week-ends, partager les brioches – oui mais j’ai tellement peur de te gêner, de t’embarrasser, je ne dis rien, je ne viens pas, je laisse les brioches sur un coin de mon bureau.

Je voudrais retourner déjeuner seule avec toi comme on le faisait si bien, les longues conversations autour des Etats-Unis, San Francisco, Seattle, Yosemite, Grand Canyon, Death Valley, mes paysages, mes échappées, mes villes, je voudrais te proposer ça à nouveau – oui mais je n’ose pas, tu ne voudras pas, tout ça n’est plus possible, j’ai tout gâché.

Te voir me rend heureuse – te voir me fait mal – je dis que ça passera quand je ne serai plus là – je dis que ne plus te voir sera douloureux – si seulement je savais retrouver, avec toi, le bon équilibre. L’entente douce des mois d’avant. Je ne voulais pas te perdre.

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Tomber dans le vide.

novembre 9, 2008 · Laisser un commentaire

Aller chercher la confirmation auprès de celui qui me bouscule, m’intrigue, m’attire – avant que les rêves, les désirs et les fantasmes ne deviennent trop réels, avant d’inventer seule l’histoire – dis moi, est-ce que tu partages ce sentiment, est-ce que tu ressens cette entente particulière, est-ce que tu me regardes à la dérobée comme je t’observe et te guette ?

Si tu dis oui, je deviens heureuse.

Si tu dis non, je tombe dans le vide. J’ai mal. Je pleure. Je crie. Je ne comprends pas. Je ne veux pas. Je cède à la panique. Je laisse l’angoisse s’installer, je doute, j’ai peur, je n’ai plus confiance. Ni en toi, ni en moi. Tout s’effondre. Mes attentes, mes espoirs, mes intuitions, mes certitudes.

Je serai au-delà le jour où ta réponse me laissera indifférente.

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C’est du lourd! (Abd Al Malik)

novembre 9, 2008 · Un commentaire

“Je me souviens, Maman qui nous a élevés toute seule, nous réveillait pour l’école quand on était gamins, elle écoutait la radio en beurrant notre pain, et puis après elle allait au travail dans le froid, la nuit, ça c’est du lourd.
Ou le père de Majid qu’a travaillé toutes ces années de ses mains dehors, qu’il neige, qu’il vente, ou qu’il fasse soleil sans jamais se plaindre, ça c’est du lourd.
Et puis t’as tous ces gens qui sont venus en France parce qu’ils avaient un rêve, et même si leur quotidien après il a plus ressemblé à un cauchemar, ils ont toujours su rester dignes, ils ont jamais basculé dans le ressentiment, ça c’est du lourd, c’est violent.

Et puis t’as tous les autres qui se lèvent comme ça, tard dans la journée, qui se grattent les bourses, je parle des deux, celles qui font référence aux thunes, du genre “la fin justifie les moyens”, et celles qui font référence aux filles, celles avec lesquelles ils essaient de voir si y a moyen, ça c’est pas du lourd.
Les mecs qui jouent les choses à mains devant les blocs dealent un peu de coke, de temps en temps un peu de ke-cra et disent « je connais la vie moi monsieur ! », alors qu’il y connaît rien le gars, ça c’est pas du lourd.

Moi je pense à celui qui se bat pour faire le bien, qu’a mis sa meuf enceinte, qui lui dit j’t’aime, je vais assumer, c’est rien, c’est bien, qui va taffer des fois même pour un salaire de misère, mais le loyer qu’il va payer, la bouffe qu’il va ramener à la baraque, frère, ça sera avec de l’argent honnête, avec de l’argent propre, ça c’est du lourd.
Je pense aussi à ces filles qu’on a regardé de travers parce qu’elles venaient de cités, qu’ont montré à coups de ténacité, de force, d’intelligence, d’indépendance, qu’elles pouvaient faire quelque chose de leur vie, qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient de leur vie, ça c’est du lourd.

Mais t’as le bourgeois aussi, genre emprunté, mais attention hein, je généralise pas, je dis pas que tous les bourgeois sont condescendants, paternalistes ou totalement imbus de leur personne, ça c’est pas du lourd, je veux juste dire qu’il y a des gens qui comprennent pas, qui croient qu’être français c’est une religion, une couleur de peau, ou l’épaisseur d’un portefeuille en croco, ça c’est bête, c’est, c’est pas du lourd, c’est…

La France elle est belle, tu le sais en vrai, la France on l’aime, y a qu’à voir quand on retourne au bled, la France elle est belle, regarde tous ces beaux visages qui s’entremêlent, ça c’est du lourd.
Et quand t’insultes ce pays, quand t’insultes ton pays, en fait tu t’insultes toi-même, faut qu’on se lève, faut qu’on se batte ensemble, rien à faire de ces mecs qui disent “vous jouez un rôle” ou “vous rêvez”, ces haineux qui disent “vous allez vous réveiller”, parce que si on y arrive, si on y arrive à faire front avec nos différences, sous une seule bannière, comme un seul peuple, comme un seul homme, ils diront quoi tous ?

C’est du lourd, du lourd, un truc de malade…”

“C’est du lourd !”, Abd Al Malik, Dante.

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Fuir le rêve.

novembre 9, 2008 · Laisser un commentaire

Un rêve que j’ai un peu oublié, que j’ai voulu oublier.

Je recroisais H. à Paris, le garçon qui a joué avec moi trop longtemps, trop tard, jusqu’à ce que je sombre dans les heures noires – je l’ai recroisé dans mon rêve, il avait forci, repris du poids, le visage presque bouffi – à la croisée de ce qu’il m’avait raconté de son enfance, et des échos qui arrivent parfois jusqu’à moi aujourd’hui – et j’ai ressenti l’immense dégoût, l’envie de vomir qui accompagneront toujours cette histoire, ce sacage, cette mise en charpie. Le sentiment de répulsion était entier et sans concession ; pourtant j’ai aussi compris, dans ce regard posé sur lui, sur son visage jeune et sur ses gestes emplis de tics, ce qui m’avait touchée, émue, bouleversée. Je sais pourquoi je suis tombée amoureuse, je sais que je n’aurais pas pu l’éviter. J’aurais forcément, dans toutes les situations, voulu le connaître, lui parler, l’écouter, le regarder, l’apaiser. Qui était le plus ravagé de nous deux ? Cet appel silencieux de deux névroses – la rencontre inévitable. Ravages.

Je me suis réveillée avec le sentiment que je connais par coeur, que je ne supporte pas, d’être dans l’ouate, dans le gris, d’être faible, mal au coeur, aucune envie, aucun désir, me fondre au lit, remonter les draps sur moi, oublier, dormir. Dormir. Lorsque j’avalais des cachets, j’étais en permanence endormie, dans le brouillard. Je croyais que c’était les médicaments, la psy disait que je rattrapais seulement les nuits sans sommeil, et qu’un mécanisme de défense s’était mis en place : le sommeil était le seul moyen d’échapper à l’angoisse et à la dépression. En sortant du rêve, j’ai touché les stigmates de la dépression, les souvenirs de la vie absente – je me suis rendormie, aussitôt, pour revenir quelques heures plus tard, heureuse, enthousiaste, calme. J’ai un peu oublié depuis l’exactitude du sentiment de dégoût croisé dans le rêve. Tant mieux.

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La nuit américaine.

novembre 5, 2008 · Laisser un commentaire

Je voulais aussi écrire sur la nuit de l’élection, sur ces derniers jours, sur les heures passées devant nos ordinateurs, jonglant entre CNN, les sites du NYTimes et du Guardian, Facebook et Twitter, Le Monde.fr et Le Post.fr. Je me suis couchée cette nuit avec deux anxiétés : le nom du nouveau président des USA, et le nombre de visites sur nos sites. Les résultats étaient connus dans trois Etats quand je me suis endormie. Les statistiques de temps réel sur Le Monde.fr et Le Post étaient élevées. Ce matin, Obama était élu et Le Monde.fr enregistrait son record de visites pour l’année 2008.

Hier soir nous étions quelques uns entre 20h et 23h, à tromper l’impatience en racontant des bêtises et en grignotant le repas froid du traiteur. Quelques journalistes devant leurs ordinateurs. Et puis à minuit, le début de l’activité, de l’énergie, les équipes en branle, la technique assurant derrière, et voilà tout a coulé, les résultats sont tombés, les journalistes ont écrit, beaucoup écrit, parcouru le web, révolutionné leur façon de présenter l’information, les images d’Obama vainqueur et la vidéo de son discours à Grant Park ont été là immédiatement, c’était peut-être un moment historique aux Etats-Unis, mais pour les sites d’information il s’agissait aussi de vivre la révolution de l’information, d’affirmer le rôle nécessaire des sites participatifs, de démontrer la pertinence des vidéos et des portfolios. J’ai suivi trois sites qui faisaient à mes yeux un travail remarquable : nytimes.com, guardian.co.uk, lemonde.fr. En France seul Le Monde.fr a proposé un tel traitement de l’information, une telle réactivité, une adaptation de toute la structure de la page d’accueil pour répondre au mieux à la demande d’information des internautes. Une seule page, et tous les liens, tous les contenus, toutes les sélections.

Et moi j’ai trouvé ça chouette, très chouette, de participer à ça, d’être là pour encourager, accompagner, suivre, j’étais convaincue de la qualité de notre travail et très fière que cela serve à des centaines de milliers d’internautes.

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L’Amérique choisit Obama.

novembre 5, 2008 · Laisser un commentaire

Je ne partage pas mes idées politiques sur ce blog. Je ne commente même aucun événement politique. De la dernière élection présidentielle en France, je n’aurais pas su quoi dire : j’abhorrais les deux principaux candidats, qui m’effrayaient. Sans vouloir discuter le fond de leurs discours, je peux seulement dire que la forme de leurs discours n’a jamais été admirable : l’un s’exprimait vulgairement, avec un cynisme et une suffisance repoussants ; l’autre s’exprimait de façon autoritaire, avec une naïveté et une assurance disproportionnées. Je me souviens des discours prononcés le 6 mai 2007 : celle qui n’avait pas été élue parlait d’une “victoire”, celui qui avait été élu prenait un ton vindicatif pour marteler des formules angoissantes. Je n’oublie pas non plus la débauche de mauvais goût qui a entouré la victoire de Nicolas Sarkozy.

Pourtant ce soir je veux absolument parler de l’élection de Barack Obama. Parce que c’est un homme politique que j’admire. Parce qu’en France, je ne reconnais en aucun homme politique ce talent, ce charisme et cette intelligence. Mon frère retient le fait qu’un homme noir a été élu président des Etats-Unis, car dans sa fac, c’est le message porté par tous les étudiants black-blanc-beur qui ont enfilé le t-shirt Obama for change. J’ai lu parmi quelques commentaires d’internautes sur Le Monde.fr, que si Barack Obama avait été blanc, tout aussi compétent et charismatique qu’il est, il n’aurait pas été élu. Je ne crois pas qu’il faille regarder la couleur de peau d’Obama comme le facteur déterminant de cette élection ; au contraire, comme l’écrit Karim : Obama n’a pas été élu parce qu’il était noir. Il a été élu parce que ses électeurs n’ont pas fait attention à sa couleur de peau.

Tout au long de la campagne des élections américaines, j’ai entendu un homme brillant, intelligent, réfléchi, calme et mesuré. Le discours du 18 mars à Philadelphie est retranscrit par écrit et en vidéo sur le site du NYTimes. Obama est capable de prendre du recul en temps réel ; de travailler une question pour apporter les ébauches d’une réponse. Lorsqu’on a demandé à John McCain quelles mesures il envisageait pour lutter contre la crise économique qui s’étend aux Etats-Unis, il a répondu que l’économie n’était pas son fort.

Je ne sais pas quelles mesures concrètes vont accompagner la présidence d’Obama ; mais j’ai eu le sentiment de voir et d’entendre pendant plusieurs mois un homme compétent, informé, attentif, qui a su tenir compte des signes qu’il recevait pendant sa campagne, si bien qu’il a quitté en un an l’anonymat pour emporter les voix de plus de 63 millions d’Américains. John McCain lors du Saturday Night Live se prêtait volontiers aux sketches montés par Tina Fey, doublure comique de Sarah Palin. John McCain, invité par David Letterman au Late Show, avait annulé l’interview prévue à la dernière minute, prétextant un voyage urgent à Washington. Il ne s’est pas rendu à Washington. Et lorsque David Letterman lui a demandé des explications, il a répondu : “I screwed up” (“j’ai foiré”, “j’ai merdé”).

J’ai fait attention aux discours d’Obama, j’ai été impressionnée par son attitude, par son charisme, par sa retenue, j’ai admiré le choix des mots de ses discours, son élocution, ses intonations, ses silences. Je ne crois pas que le changement sera si radical aux Etats-Unis, j’appréhende plutôt quelques déceptions – Obama arrive à la présidence au moment où les Etats-Unis entrent en récession. Mais je suis sûre que c’est un très grand homme politique, un homme de charisme, d’intelligence et de mesure, que les Etats-Unis ont choisi pour président. Et cela me fascine et m’impressionne davantage que la décevante bataille de l’élection présidentielle française en 2007.

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Equilibre.

novembre 3, 2008 · Un commentaire

Je cherche des mots que je ne sais plus écrire. Fantastique d’être si calme, si tranquille, d’être, paraît-il, plus équilibrée. Sauf que je vais vite m’ennuyer. Pas de garçon à aimer, pas de douleur à creuser, pas d’angoisse à apaiser. Je vais doucement, calmement. Je dors chaque nuit suffisamment. Je ne fais plus le yoyo sur la balance. Je ne pleure plus. Je ressens moins le manque – de qui que ce soit. A peine le temps de voir mes amis, de me poser la question de la solitude : j’ai déjà si peu de temps pour moi. J’enchaîne des journées longues et denses, je travaille dix heures, onze heures, je ne vois le jour que derrière la vitre de l’immeuble, et je ne vois les magasins que fermés. J’aimerais qu’il y ait de la place pour autre chose – simplement je ne sais pas à quoi, ou à qui, donner cette place. Je travaille sans cesse parce que cela me nourrit, m’occupe, m’intéresse. Et je travaille sans cesse parce que je ne saurais pas quoi faire d’autre. J’ai tellement repris pied par le travail que m’en écarter devient difficile. Parfois je prends le temps d’une journée, le temps d’une expo, le temps de me balader. Les photos de Lee Miller au musée du Jeu de Paume, les énormes assiettes entrecôte-purée maison à la Tartine, les rues surprenantes du Marais. Oui d’accord parfois ce temps plus lâche, paresseux, étiré, pour voir des couleurs, des gens dans les rues, des cafés animés. Mais j’aimerais que ça palpite. Tous les jours. J’aimerais que ça me bouleverse, que ça me retourne, que ça me perturbe. Besoin des sensations et des émotions. Est-ce que ne pourrais pas rester calme deux secondes ? Non, tout de suite ça fait naître l’angoisse, ça me fait peur pour la vie entière ; je voudrais tellement les rencontres, les pays, les langues – et puis être amoureuse. Je voudrais y penser, y rêver, te désirer, t’embrasser. C’est calme chaque jour, c’est tranquille, c’est le seul refuge des livres et des draps solitaires, c’est l’équilibre dont je manquais, qui vient, s’installe, progressivement – nuits de sommeil, temps du recul, apaisement, lucidité. Mais mon équilibre à moi, celui qui me fait vivre, ressentir, désirer, avancer – ce n’est pas ce calme plat – c’est l’équilibre qui englobe la passion, la passion vécue, la passion partagée, la passion assouvie – c’est l’envie qui se réalise, le désir qui se comble – pas moins d’histoires et de sensations folles, mais les vivre mieux et les vivre avec ceux qui ont montré patte blanche, ceux qui ont fait signe de s’avancer. Se protéger, me protéger – oui mais maintenant, j’aimerais bien qu’il soit temps de donner. De partager. J’aimerais pouvoir confier quelque chose de moi. Je veux trouver comment aimer sans jamais perdre cet équilibre. Parfois encore je bascule, et tombe, tombe, tombe dans le vide.

Tiens-toi, chérie.

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