Les médecins “classiques”, ceux qu’on nous envoie voir quand on est à l’école primaire, ne m’ont jamais rassurée : le médecin risquait toujours de détecter un truc bizarre, le dentiste me gardait deux heures le mercredi après-midi, l’ophtalmo m’a désespérée quand il m’a annoncé que l’hypokhâgne avait abîmé mes yeux. Et puis il y a ces médecins auxquels je parle, ceux qui me font tout de suite me sentir mieux, ceux qui aident le corps comme l’esprit. Les conversations avec ma psy sont souvent brutales ; c’est-à-dire qu’elle ne prend pas de gants pour me mettre sous les yeux mon orgueil, mon égocentrisme ou mes réactions puériles. Mais il y a toujours une trouvaille, un éclaircissement, une explication à faire émerger, au-delà de ces réalités. La psy m’aide à défaire les noeuds qui se sont formés au travers des romans, des histoires familiales, de la culture romantique.
Et puis il y a le kiné qui défait les noeuds dans mon corps. Il me laisse m’endormir sous la lampe et la chaleur, il pose de la crème sur mon dos avant de me masser jusqu’à ne plus avoir de forces, et puis il étire un bras, plie une jambe, fait craquer l’endroit dans mon dos où la douleur s’est installée – bon bien sûr, ce n’est pas une surprise, j’ai le dos dans tous les sens, le bassin déséquilibré, et plein d’autres choses que je ne comprends pas bien, la faute à Noroise en grande partie. C’est nouveau pour moi de faire attention à mon corps, de ne plus vouloir avoir froid, de dormir beaucoup, de m’étirer comme un chat sur mon lit quand ça fait trop mal, de faire les exercices insupportables du kiné qui mettent des ampoules sur les mains, oui mais après je me sens mieux. Chaque semaine je vais le voir et il s’occupe de moi, il pose des questions sur l’équitation, et je crois qu’après il y aura toutes ces choses à faire pour être bien dans ce corps plié, fatigué, essoré. J’ai envie de retourner au yoga, d’essayer l’acupuncture, de réclamer des massages tout le temps. On aurait dû me faire découvrir tout ça bien plus jeune.


