.. aglae ex time ..

Entrée de août 2008

Un rien me blesse.

août 28, 2008 · Laisser un commentaire

Quelques réflexes qui apparaîssent devant les relations qui me feront du mal ; peut-être que je développe enfin l’instinct de reconnaître les relations dangereuses.

J’essaie de retenir ma confiance, et surtout mon attachement aux personnes rencontrées, à peine connues. Je refuse de m’attacher tant que rien n’a été prouvé, tant qu’aucun signe d’engagement n’a été montré, en amour, aussi bien qu’en amitié. Je refuse de me lancer dans quelque chose qui finira peut-être par me faire du mal. Connaître le risque de perdre quelqu’un ne rend pas les choses plus simples pour moi ; il ne me suffit pas de prendre en compte ce risque pour garder toute distance utile, pour ne jamais me confier entière. Je veux bien essayer d’être prudente avant, de repousser le moment de la confiance, mais lorsqu’on décide qu’une amitié et qu’une estime existent, j’ai besoin de cette confiance pour avancer. Je ne construirai aucune amitié sans la base de la confiance. Et si la confiance est en sursis, si à chaque moment existe le risque de ne plus se parler, de la perte et de la disparition – alors je ne suis pas assez solide pour entrer dans cette relation.

Je cherche à connaître la suite parce que je ne veux pas m’engager à nouveau vers la douleur, parce que je ne veux pas risquer la perte. Je sais bien que je devrais surtout savoir accepter que les gens s’en aillent, qu’ils s’éloignent, qu’un jour sans plus d’explications – ils ne veuillent plus. Mais pas encore. Peut-être jamais. Je ne vois pas comment la confiance peut exister si tout peut s’arrêter si vite, presque du jour au lendemain. En amour, peut-être, parce que tout est plus fort, parce que la haine et le dégoût peuvent suivre de près l’amour fou. Mais l’amitié plus légère, plus stable, plus permanente, que vaut-elle si demain tu n’es plus là ? Si les mots échangés se perdent dans des souvenirs que tu ne partageras plus ? Pourquoi croire à la présence de quelqu’un dont on aurait besoin, un jour, une nuit, lorsque plus rien ne va, lorsque vient l’envie de rire d’aller au ciné et de boire des cafés – si je ne suis jamais sûre de te trouver ? Je ne sais pas penser la perte ou l’éloignement comme des réactions naturelles, je ne sais pas les intégrer dans mes grilles de lecture. Je suis hautement fidèle à l’amitié, je compte sur mes amis plus que sur n’importe qui d’autre, et c’est Jérôme qui le dit pour moi : “un rien me blesse”. C’est vrai que le moindre accroc me blesse, que je suis bousculée par les crises et les conflits, que je me reproche tout à moi-même lorsque la communication semble s’interrompre, se brouiller, devenir floue. J’ai peur du silence et de l’abandon de ceux qui m’entourent – et pourtant Dieu sait que je suis merveilleusement accompagnée -, j’ai peur de me lancer parce que je me connais par cœur, parce que ce sera à corps perdu, sans demi-mesure, parce que je serai entière, présente, loyale, sincère, généreuse. Sans restriction. Et si soudain – la perte, l’absence, l’abandon, l’espoir déçu, la confiance malmenée – je sais que je guéris mal de ça.

Mes réactions effraient, si disproportionnées, mon affection soudaine, ma peur immédiate de la perte – je voudrais effacer ça. Je voudrais laisser les choses venir, être seulement toujours prête face à la disparition, je voudrais ne pas prendre à cœur les distances imposées, ne pas toujours penser e mode définitif. Je voudrais avoir suffisamment confiance en moi pour ne pas craindre le désintérêt à mon égard. Je suis encore tellement une enfant.

Il ne s’agit sans doute pas de refuser la moindre tentative qui comporte un risque évident ; mais plutôt de ne pas attendre trop, de renoncer aux espoirs et au désir d’amitié, le désir comme projection d’une situation définie. Essayer, peut-être, surtout lorsqu’on a en face de soi quelqu’un de correct – c’est trop rare – de faire petit à petit confiance, sans que rien jamais ne soit total. Je crois que je veux essayer. Je ne dois plus avoir peur.

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Subtilité.

août 26, 2008 · 2 commentaires

Etrange ce dégoût de moi-même que je peux ressentir, parfois.

Quand j’attends quelqu’un avec Le Bleu du ciel à la main, et qu’en deux mots ça ne peut se résumer que par : de la littérature trash.

Quand j’attends quelqu’un en jupe courte et veste cintrée, jambes nues.

Quand j’expose les extrêmes, quand je deviens bavarde parce qu’on me sert du vin et que je ne dis pas non, quand je me livre non pas entière mais par toutes mes extrémités, en moi ce qu’il y a de plus violent et de plus passionné.

Je ne ressens que le dégoût, et ça me ferait vomir de penser plus longtemps à ce que je suis.

On parle de nos études, de nos jobs, du Chevalier noir, de Lolita – mais je glisse si facilement vers le sulfureux, ce qui impressionnera et marquera l’esprit, ces choses très violentes et encore douloureuses parfois qui me constituent. Je voudrais savoir rester calme, discrète, retenue, ne pas livrer toutes les fêlures – bien sûr que les failles me définissent autant que la simplicité, la douceur, la générosité. Je ne sais pas me contenter du plus simple. Je ne sais pas dire pourquoi. Il n’est même pas question de séduction, il n’y a pas de désir ou d’attirance dans nos regards, alors pourquoi le besoin inextinguible d’être si immédiate, si extrême, si ouverte – tellement livrée ? Sale ego, sale manque de confiance, saleté de moi.

Il faut chercher la protection. Le retrait. La discrétion. Il faut aller doucement, creuser lorsque cela en vaut la peine, lorsque la confiance se dessine. Il faut comprendre qu’on n’est pas moins soi en montrant d’abord le banal, le quotidien, ce qui me rend si proche de n’importe quelle autre jeune femme de vingt-trois ans. Il y aura tout le temps de devenir ensuite plus subtile.

Je me déteste et je me dégoûte, entre ces attitudes d’exposition et de séduction.

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Rue des Rosiers.

août 19, 2008 · 2 commentaires

Il vient de pleuvoir rue des Rosiers, mais entre deux averses on s’installe à la terrasse de Chez Marianne.

Chez Marianne, dans le Marais

Chez Marianne

On parle de voyages, de pays du Nord, d’Asie, d’Afrique, des appartements communautaires dans les pays baltes, des restaurants polonais, du tourisme sexuel qui donne à tout le sentiment du dégoût. Dans nos assiettes il y a de la nourriture ashkénaze et séfarade, ce sont mille cuisines qui se rencontrent, ce sont autant les pickles et les pierogi de Pologne que les falafels et les bricks de viande du Liban, le houmous et le caviar d’aubergines, le tzaziki grec, les blinis et les bagels qu’on retrouve à New York, les crèmes de sésame, les pâtisseries autrichiennes (strudels aux mille parfums). Sur les rayons de l’épicerie il y a aussi les bouteilles de vodka et de liqueur, la Gold Wasser. Les noms des triangles fourrés en vitrine, que je ne connais pas, l’envie des pays de l’Est, de la Pologne et de Cracovie, aussi bien que le Liban, Israël, la Jordanie. Le voyage me manque, le départ aussi sans doute. Cet après-midi sans m’en apercevoir j’ai commencé à parler avec C. de la côte Ouest, de San Francisco à Seattle, ces villes que je connais, un peu, les parcs nationaux, les ports du bord de l’océan, Monterey, les grandes plages de l’Oregon, Portland, les forêts du nord-ouest, et jusqu’à Vancouver, le soleil qui s’écroule entre les montagnes et la baie – je me sentais tout près de repartir, l’envie de me confronter à la difficulté d’être étrangère, plutôt que d’affronter chaque jour l’étrangeté à moi-même.

Parfois je ne sais pas si continuer à me taire, c’est respecter la liberté de l’autre, être patiente, me faire discrète ; ou bien si c’est un effacement, une mise en retrait, un repli devant celui qui me manque de respect, à moi. Tout est flou, je ne sais pas, il faut y aller doucement, ne rien rendre tragique, je veux réparer, aider, accompagner, et puis je suis en trop, mon aide ne passe pas. Quand faut-il se mettre en avant, se manifester ? Faut-il se tenir à l’écart tant que l’autre ne demande rien ? Oui mais alors regarder quelqu’un s’enfoncer dans les pensées noires ? Je sais pourtant que je ne dois pas faire le chemin pour deux. Tout ça n’a plus rien de naturel. Je ne sais plus être naturelle avec lui. J’aimerais seulement que nous nous disions, bientôt, vite, ce qui doit exister – alors la relation naturelle surgirait peut-être à nouveau.

A côté d’aujourd’hui, Jérôme Attal.

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Demain sans importance.

août 18, 2008 · Laisser un commentaire

Gestes du quotidien : les cheveux longs démêlés, les yeux très maquillés d’ombres et de khôl, les livres glissés dans mon sac à main. Je me donne dans le travail, je reste longtemps, j’aide un peu tous ceux qui viennent me demander, et je crois bien que ça les amuse de plus en plus de me demander à moi ; je travaille concentrée, je reprends tout de bout en bout s’il le faut, je laisse mes traces dans chaque document ou fichier. Le midi on prend de longues pauses très drôles, les sushis n’arrivent pas assez vite, on commente les JO et notre voisine de table nous explique que “Beijing” signifie tout simplement “la capitale du nord” ; je fais réciter son texte à D. aussi, parce que les répétitions commencent dans une semaine. Tard le soir nous ne sommes plus que quelques uns, on rit, C. pose des dragibus sur mon clavier, je fais le tour des articles que je veux imprimer et lire sur le trajet du retour. J’ai terminé Aurélien qui a rejoint les livres lus sur la cheminée de ma chambre, je ne garde pas beaucoup d’images de cet amour entre Aurélien et Bérénice, je n’en retire rien, ou peut-être que je ne veux rien retenir de l’amour impossible lorsque deux idées absolues de l’amour se rencontrent ; parfois même je trouve ça totalement vieillot – comme si Aragon s’était essayé à faire du Flaubert soixante-quinze ans après L’Education sentimentale. J’aime en revanche comme Aragon écrit Paris, l’île Saint Louis, les brasseries très animées tard la nuit, les traversées de Paris en voiture – je repense à la poésie du Paysan de Paris.

Ce soir je lis Demian que m’a offert Nicolas B, j’ai envie de lire et écrire tout le temps, toute la nuit, je me sens bien au milieu des livres, et quelque part chante Ian Curtis, Transmission ou Atmosphere, et plus tard ce sont les chansons de Jérôme que j’écoute, les chansons de Jérôme qui donnent toujours immédiatement le sentiment d’être comprise, d’être accompagnée, de trouver l’un de ces frères mystérieux.

“Nous vivons dans la même attente des choses
Le même désir d’une nuit si lente
Qu’elle oubliera de m’endormir”

La Chanson de Noël, Jérôme Attal

les 2 albums sont ici.

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Little girl.

août 16, 2008 · Laisser un commentaire

All well, little girl. Everything gonna be alright.

Tu as dit ce qu’il fallait avouer, tu as été sincère, tant pis si ca ne plaît pas. Le temps apaisera les crises et les amitiés importantes survivront toujours. Tu es seule et tu es bien, tu n’as besoin de personne, tu ne vis que pour toi. Des livres, des villes inconnues, des pays à decouvrir, tu n’as pas besoin de plus. Noroise est la seule attache justifiable. Tu construiras un jour quelque chose de différent de ce qui se joue sous tes yeux au travers du couple que sont tes parents – jamais cette relation qui emprisonne, qui ne connaît plus le respect, où tout est devenu un dû, où le courage n’existe plus. Un jour, et tant pis si ca n’est que dans tres longtemps, il faut vivre d’ici là, il faut continuer à chercher, à trouver le compromis entre ressentir à l’extreme et se protéger. Se relever toujours des désillusions et aller de l’avant, avoir confiance.

Je ne sais pas davantage qu’hier, je n’ai pas plus de reponses, mais je ne veux pas me laisser enfermer dans la tristesse. J’avance, je suis heureuse, je n’en veux à personne, meme pas à moi qui ne suis pas à la hauteur, je travaillerai encore l’angoisse jusqu’à ce que tout soit calme, mais il ne doit pas y avoir de place pour la rancœur et la tristesse. Il faut avoir confiance.

Feel well, little girl.

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L’après-midi à Bercy.

août 15, 2008 · Laisser un commentaire

Passé l’après-midi du 15 août avec Fabien. Je voulais la présence d’un garçon avec qui la relation est simple et de confiance. Je voulais un ami qui aurait pu me rassurer, un garçon qui m’aurait aussi parlé de tout autre chose. On a bu de grands bols de café, il avalait les croissants que j’avais apportés, les fenêtres étaient grandes ouvertes sur le village de Bercy, il faisait beau et frais comme dans un mois d’avril. Fabien refait ma culture musicale de A à Z : les slows de Prince, la bande-son de Batman Forever par George Michael, tout le funk y passe, les accords de bossa nova qu’il plaque au piano pour reprendre une chanson de jazz manouche, sa voix encore plus grave quand il se met à la guitare. Je reste assise sur le lit, genoux repliés, les attitudes d’une petite fille, je n’ai pas envie de faire semblant d’être en forme, je souris simplement de le voir si heureux dans la musique, les mélodies qu’il improvise, les refrains qu’il hurle sans même en connaître les paroles. Fou comme ce type me fascine lorsqu’il plonge dans la musique, lorsqu’il devient totalement libre et détaché du reste. Il vit la musique comme je peux vivre l’écriture, il entend des choses que je n’entends pas, il a en tête des images que je ne peux pas imaginer. On décide d’aller déjeuner, j’ai promis de l’inviter, on traverse la Seine pour rejoindre les quais de la BnF, je me sens bien, journée d’été sans contrainte, sans heure, à notre rythme, il est 17 heures lorsqu’on commande des bo-bun à la terrasse de la péniche Charleston, je parle à peine mais je meurs de rire lorsqu’il me raconte les apéros du camping, entre les beaufs, les belles-mères, les minettes à draguer, et les putes “qui font ça de bon cœur”. Il est l’heure de rentrer, je retrouve ce soir mes parents qui l’air de rien me manquent, on décide de rejoindre la Cour Saint-Emilion en passant par le parc de Bercy et en traversant le jardin Yitzhak Rabin : le potager, la roseraie, les bassins d’eau, c’est l’endroit parfait des siestes dans l’herbe, des discussions entre copines, des rendez-vous avec un chéri, des pique-niques en soirée. Fabien me parle un peu de la solitude, l’air de rien, j’aimerais l’aider comme j’aimerais qu’on m’aide à ne plus souffrir de ça, je voudrais lui dire d’appeler quand ça ne va pas, quand être seul devient trop pesant ; mais la solitude se règle en soi, c’est une perception qui se travaille. Je le quitte en le serrant fort contre moi, j’ai ma main dans ses cheveux fous, un baiser sur sa joue – il est rassurant de savoir que la solitude n’attaque pas que moi.

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Le mal des garçons.

août 15, 2008 · Un commentaire

Ecrire une fois pour toutes la peur et l’angoisse permanentes, qui sous-tendent chaque geste, chaque attitude :

Je ne crois pas à la possibilité qu’un garçon m’aime. Je ne crois pas qu’un garçon puisse s’attacher à moi. L’immense paradoxe entre une indépendance exacerbée, qui effraie, qui donne l’illusion de l’indifférence ; et le besoin jamais calmé d’être avec quelqu’un, d’être accompagnée, et de donner l’amour fort dont je suis capable. Je voudrais seulement qu’un garçon m’aime. Peut-être qu’il est trop tôt, peut-être que je suis jeune, peut-être que ça ne se produit pas plus que quelques fois rares dans une vie. Personne ne peut m’apporter de réponse puisqu’il n’y a pas de norme ou de généralité. C’est difficile pourtant de voir certaines amies si longuement accompagnées, vivant des expériences partagées. Et encore, je ne ressens jamais de jalousie, je n’envie jamais l’histoire des autres, ce sont mes propres histoires dans leur caractère unique et différent qui seules comptent. Il existe aussi un écart tellement grand entre plaire séduire et être désirée ; et être aimée. J’ai rencontré des dizaines de garçons qui m’ont souri, qui m’ont désirée, qui ont voulu ma peau – rarement autre chose que ma peau. Il n’y a qu’un garçon qui m’a aimée, entièrement convaincu de son amour, et ça ne suffit pas aujourd’hui pour me faire croire que je peux encore être aimée.

Voilà c’est quelque chose qui est dit. J’ai peur de la solitude, de ne pas aimer, de ne pas être aimée. Je ne me défais pas de ma liberté, ni de la passion violente qui m’habite et qui voudrait se livrer. J’essaie de tout concilier. Seule. Je ne peux rien faire d’autre qu’attendre. Alors je pense à autre chose, je pense à la construction de soi, je pense à apprendre, à grandir et à avancer.

Je l’ai écrit aujourd’hui honnêtement et c’est ce qu’il y a de plus intime sur ce blog. Je ne veux pas laisser transpirer cela au travers de chaque texte. Il fallait une fois, une seule fois, la mise en écriture claire et sincère du mal profond ; mais l’écriture est trop douloureuse.

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La communication impossible.

août 14, 2008 · Laisser un commentaire

Voilà, j’ai préparé de grandes tasses de thé vert pour écrire cette nuit. J’écoute les chansons de Jérôme dans le projet Werther or Stavroguine. C’est maintenant qu’il faut écrire, cette nuit, tout de suite. Il ne faut pas laisser trop de temps passer, il faut trouver le recul dès maintenant, prendre de la distance, sortir du point de vue unique et immédiat. Il faut écrire maintenant parce que j’y ai pensé beaucoup la journée entière, parce que les détails s’oublient trop vite, et parce que le texte court, sublime et éblouissant de Marina Tsétaïéva, Mon frère féminin, m’a mis des mots brûlants plein la bouche.

Alors voilà, la communication impossible. Lorsque nous sommes deux, lorsque nous suivons des interprétations différentes, lorsque nous sommes incapables d’entendre l’autre discours. N’être que deux et ne pas parvenir à se comprendre. Dire, écrire, multiplier les mots – ça ne sert à rien. Je ne comprends pas ce que tu dis. Tu ne comprends pas ce qui m’est arrivé. Tu ne sais pas ce qu’est une crise d’angoisse et ça ne s’explique pas. Depuis cinq mois je n’avais pas fait la moindre crise d’angoisse. La blessure vivace qui fait perdre pied, qui fait perdre raison. S’il suffisait d’écrire la crise d’angoisse pour la faire comprendre ; mais il faut la vivre pour savoir.

Il y a d’abord l’attente que je suis seule à créer. L’espoir que je fonde, parce que certains signes changent toute la situation. Je commence à croire que. Je laisse l’espoir s’installer, et le désir venir. Puisque j’ai cru que la situation changeait. Puisque soudain je me suis sentie autorisée à reconnaître que je tiens à toi, que je te désire, et que j’aimerais tellement plus. J’ai supposé qu’il fallait le dire à ce moment. Je voulais faire surgir ce que je cache. Oh l’inconscience de donner à voir ce qui est secret, profond, caché. La suite a été si violente. L’espoir tombe, l’espoir monté en quelques heures se défait, les fantasmes se déchirent – surgit le gouffre sans fond entre ce que j’ai attendu, et ce qui arrive, la vérité, la confrontation au ressenti de l’autre, et je me suis tellement trompée, une fois encore je me suis donnée et livrée pour être mieux blessée. Oh mais ce risque je devais bien le prendre, je devais provoquer le moment où l’un et l’autre se confrontent, où deux subjectivités se rencontrent. Mais de l’écart entre l’attente et la désillusion, surgissent l’incompréhension, la volonté de trouver des raisons, la douleur brute de ne pas être aimée. La crise d’angoisse est là, si proche, si prévisible. Le sentiment irraisonné d’être abandonnée, délaissée, rejetée. Si seulement j’avais confiance en moi, et dans les rencontres futures, si seulement j’acceptais qu’un garçon ne veuille pas s’engager auprès de moi. Sans chercher la moindre raison. Il n’y a pas de raison. Il n’y a rien à changer. Je pourrai être toujours plus souple, plus tolérante, plus douce – cela ne rendra pas les garçons amoureux. Inlassablement plaire, être désirée, être appréciée – mais l’engagement et la disponibilité n’existent pas envers moi. Je me persuade, je me répète, je me force à croire qu’il faut laisser le temps avancer. J’ai tellement peur, je ne sais pas comment c’est d’être aimée, je me tétanise dès que je ne suis pas celle.

Alors soudain la rupture, parce qu’il y avait aussi 30 heures de boulot, des nuits courtes et des repas oubliés derrière moi – la rupture toute entière, le corps ployé, recroquevillé contre ta poitrine, tes bras qui m’entourent, je ne pense plus qu’à ça, à la présence de quelqu’un, je sens venir la crise, les tremblements, les sanglots, les yeux trop gonflés pour se fermer, les longues heures blanches. La crispation se fait : ce soir je ne pourrai pas dormir seule. Ce soir quelqu’un doit me protéger de moi-même, me rassurer, me garder. Je ne pense plus qu’à cette idée. Je ne suis plus capable de voir une autre alternative. Rien ne saura me raisonner. En décembre devant ma mère, j’avais décidé un matin d’aller le voir à Paris. Ma mère avait refusé que je parte dans l’état où je me trouvais. Elle savait de façon si évidente – n’importe qui l’aurait su – que l’aller-retour serait inutile. Ma mère pleurait, j’étais à genoux sur le carrelage et je répétais : “Je veux y aller. Laisse moi y aller. Je veux y aller. Laisse moi y aller.” Je l’ai dit trente fois, cinquante fois, cent fois. Je ne regardais nulle part, je tendais seulement toutes mes forces vers cette phrase, vers cette idée qui habitait ma tête entière. Cette nuit de la même façon je n’ai plus pensé soudain qu’à la nuit devant moi, aux heures de solitude, aux pleurs non essuyés, à la tentation des cachets qui peut-être aurait ressurgi, et comme une folle je me suis mise à répéter que tu ne devais pas m’abandonner. Tout cet acharnement ridicule, qui provoque maintenant le dégoût de ce que je peux encore être, ces attitudes extrêmes, médiocres, ce chantage immonde que je manie si bien – oh le dégoût, mais que fallait-il faire une fois que la crise avait éclaté, une fois que l’angoisse me rongeait, une fois que je tremblais et que mes yeux brûlaient ? Je voulais seulement dormir. Et m’endormir c’était te savoir près de moi.

Je ne peux rien faire de plus que dire et répéter que la crise d’angoisse ne se maîtrise pas, ne se gère pas, ne se contrôle pas. Je m’y suis précipitée, poussée par mon désir immense pour toi. Je n’effacerai rien, je ne ferai pas disparaître les traces que laisse le spectacle abject d’une crise d’angoisse. Je travaillerai à nouveau sur l’angoisse et l’apaisement, je verrai ma psy jusqu’à ce que les crises ne puissent plus se produire.

Je me suis réveillée avec une fierté : celle de ne plus avoir aucun garçon dans la peau. J’avais accepté le refus. J’avais remballé mes sentiments sans en souffrir. Sans espérer davantage, sans m’acharner, sans me laisser bercer par l’illusion d’un non qui se transformerait en oui. Toute la journée, j’ai regretté la crise, j’ai été obsédée par l’idée d’avoir détruit une amitié à laquelle je tenais – mais je n’ai plus pensé à ton corps, au désir, à la possibilité d’une intimité – tout disparu. J’avais grandi au lendemain de la nuit. J’avais accepté un choix à l’encontre de mon désir. J’ai voulu dire ça, dire comme je détestais ma réaction de la nuit, dire comme détruire notre amitié était insupportable. Je ne pensais plus qu’à l’amitié. J’ai essayé de dire ça. Peut-être que ce n’était pas évident. Peut-être que tu m’en voulais de t’avoir conduit devant mes crises.

Lorsqu’on a dit, écrit, répété, lorsqu’on a cherché à faire comprendre, plusieurs fois, différemment, lorsqu’on a défendu son honnêteté et sa sincérité – et que la communication ne se fait toujours pas – alors il n’y a plus rien à tenter. Il ne reste qu’à faire confiance au temps qui apaise. Je ne voudrais pas que tu puisses te tromper sur mon seul espoir de retrouver ta confiance, ou sur ma capacité à respecter ton choix. Il faudrait me faire confiance – mais j’imagine que je ne suis plus fiable.

Ce soir je ne me suis pas effondrée. J’ai pu tout reprendre, tout repenser, tout écrire, sans pleurer une seule fois. Je suis calme. Je sais que le temps seul agira. J’aimerais que tu comprennes. Que tu me parles et me pardonnes. J’aimerais que tu me fasses confiance, que tu croies autant que moi en ce que j’ai appris de la thérapie, que tu me saches forte et déterminée derrière l’extrême fragilité. J’aimerais que la communication redevienne possible. Parce que l’amitié vaut cette peine.

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Bérénice et Aurélien.

août 11, 2008 · Laisser un commentaire

“Elle vit les fleurs bleues. A leur pied, la terre fraîchement remuée. Des fleurs bleues partout. La petite allée vers la maison. Le gazon clair. Et d’autres fleurs bleues. Elle s’appuya à la grille et se mit à rêver. Si l’on pouvait, en soi, quand les fleurs vont se faner, les arracher tout de suite, et en remettre d’autres ? changer la couleur du cœur pendant la nuit… demeurer toujours à cet instant de la floraison parfaite… oublier… ne pas même oublier… ne pas avoir à oublier…”

Aurélien, Aragon

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La virée nocturne.

août 10, 2008 · Laisser un commentaire

Bon, décidément, chaque dimanche soir est le moment d’une déprime qui me tord le cœur. Je ne connais pas toutes les raisons qui se cachent dans cette déprime-là. Sans doute la maison quittée, ma famille laissée, et la peur disproportionnée de revenir seule dans le petit appartement. Je ne retrouve jamais les bras d’un chéri en rentrant à Paris, mais la nécessaire habitude d’être seule, de vivre seule. Le dimanche soir je vois aussi la semaine qui vient comme identique à celle passée, je n’aperçois que des cycles qui se superposent, et je ne distingue pas le chemin qui avance. Le dimanche soir, voilà, je sais que je vais recommencer comme la semaine d’avant, et celle d’avant encore.

Alors j’essaie de réunir les raisons de l’enthousiasme et de l’énergie. Je me force à retrouver l’exaltation. Je rentre à Paris en voiture et c’est toute une aventure, j’aime toujours conduire à l’heure où le soleil descend sur les champs, filer sur l’autoroute, croire à la liberté de rouler vers l’océan, aller à toute allure si c’est la vitesse que j’ai envie de ressentir. Demain il y aura de nouveaux projets à mener, des “preuves” à faire pour continuer avec les mêmes personnes, il y aura des expos à la Maison européenne de la photo, des dîners à la terrasse des cafés, des conversations sans fin, des salles de cinéma obscures, des relations éclaircies. C’est tout ça que j’essaie de voir et de regrouper quand je glisse vers la mélancolie du dimanche soir. Soudain j’ai eu envie de conduire dans Paris la nuit, de parcourir les quais de la Seine lorsque tout s’éclaire, lorsque les rues deviennent désertes, un dimanche soir c’était parfait, et j’aurais voulu y aller avec toi, les fenêtres ouvertes, conduire sans savoir où aller, suivre le hasard des rues, les lumières allumées ; on aurait fini par garer la voiture et aller nous asseoir au bord de la Seine, au bout de l’île Saint Louis, à fumer des cigarettes en ayant peut-être la discussion honnête que j’attends. Et puis je ne sais pas d’un seul coup, cette panique incompréhensible, je me suis mise à penser que tu ne voudrais pas, que tu interprèterais mal mon intention, que tu me reprocherais d’en faire trop. Sans arrière-pensée pourtant, je ne voyais que l’enthousiasme à conduire dans Paris, pas seule mais avec un compagnon de route qui aurait aimé la nuit autant que moi. C’était toi, c’était parfait, mais soudain je ne savais plus, je croyais que c’était trop tôt, trop tout court, voilà j’avais peur de ta réaction, peur des reproches, peur de me mettre en avant et de m’exposer, peur d’aller au devant du refus et du rejet ; alors j’ai préféré tout annuler, dire plus tard, un autre soir, lorsque ce sera plus clair entre nous, lorsque je serai un peu moins déprimée, lorsque je serai sûre des attitudes que nous pouvons avoir l’un envers l’autre. Et même s’il s’agissait d’une prudence excessive, c’était sans doute mieux d’aller doucement, de ne pas s’inquiéter et d’attendre simplement les rendez-vous fixés, ceux où tu prévois d’être là avec moi. Je ne veux rien t’imposer, je ne veux pas que tu doutes de moi, et surtout je refuse de m’exposer à des blessures que j’irais moi-même demander.

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