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Entrée de juin 2008

Les chemins ouverts.

juin 29, 2008 · Un commentaire

Je porte la courte robe bleue à pois. La peau nourrie de soleil et de poussière. Les cheveux longs et broussailleux. Le bonheur simple des week-ends dans la grande maison de campagne, les trajets en voiture au milieu des champs, les framboises cueillies dans le jardin, la bouteille de vin blanc au dîner (Bellivière, Vignes éparses, 2002), le rugby sur la télévision du salon. C’est un petit peu le paradis. Loin des angoisses, enfermées quelque part à Paris. Je ne laisse plus grand chose m’atteindre. J’échappe aux attaques de mon frère. J’échappe à l’illusion des garçons. Le stress du boulot et des examens n’a pas prise sur ce que je suis. Il y a des points d’appui riches et stables. Les grandes envies de lecture de l’été – Kerouac still on the road, Spinoza, Levinas, Cioran, Kundera. L’excitation de quelques jours passés à Saint Jean de Luz, souvenirs à retrouver de la baie calme, de l’océan furieux à Anglet, des nuits basques blanches et rouges où nous attrapions des taureaux imaginaires. La vie simplement vécue dans toute son extrémité, la vie dans la peau, mais sans faire de mal, sans blesser, sans s’y perdre, sans s’abîmer. Il y a de longs dîners à la table d’une cuisine étroite, entre copines, des légumes trempés dans le yaourt blanc, le vin alsacien pour accompagner la quiche lorraine, les anecdotes, les souvenirs, les doutes, les hésitations, les désirs. Il y a l’amitié protégée avec M, sa présence extraordinaire pour me reprendre lorsque la panique s’installe, et le temps que je lui laisse si les anciennes douleurs ressurgissent – je sais que notre amitié survit, résiste, qu’il faut simplement se donner le temps de l’apaisement parfois. Un petit bar américain avec des affiches du Che et des publicités usées Havana Club, le vieux type avec son panama prépare des milk-shakes à la banane et nous laisse papoter tranquillement des chorégraphies de Béjart (le bar américain est caché quelque part près de la Bastille, rue de Charonne). Dans les nuits folies je ris, je danse, je bois des mojitos, je ne crois pas les types et je me moque de la bêtise de ceux qui attrapent les filles en étalant leur CV – il faut me parler de musique, d’échappées, de romans, de trucs qui nourrissent un peu – je ne cesse pas d’aimer les garçons qui vivent dans leur peau et pour la peau, je ne connais pas autre chose que les ultrasensibles qui vivent à l’infini, qui parleraient la nuit entière de quelques passions – parle moi de tes reprises rock dans les petites villes de l’Aveyron et je te parlerai des morceaux de Led Zep qui ont à voir avec le délire – parle moi de tes matches de rugby et je te parlerai de mes concours d’équitation, dis moi Pyrénées et je te dirai Saint Jean de Luz – toutes ces pistes à creuser, tout ce qui existe au travers des amitiés, tout ce qui grandit, et pour toujours des projets, des envies, des éveils – salsa, tango, théâtre, italien, japonais, voyages – tous les chemins s’offrent. Je crois aux chemins plus qu’aux personnes qui m’aident à les dessiner. Il n’y a pas de confiance démesurée à placer dans les amitiés trop récentes, ou dans les moments fous des nuits longues, il n’y a pas d’illusion à laquelle céder avec un garçon qui ne voudrait pas du chemin commun, accompagné – je me préoccupe à peine de cela, je suis seule, terriblement heureuse de rire danser et embrasser – oui mais rentrer seule – parce que personne, aucun pour me séduire autrement, pour me faire sentir que nous sommes hors des jeux, du simple appel des corps – j’attends autre chose, l’appel de l’un vers l’autre, sans savoir pourquoi, sans comprendre, le corps bien sûr mais l’envie inexplicable d’être ensemble. Ce désir entier et incompréhensible – est là. Tu ne le sais pas. J’attends le moment où je pourrai te dire ce désir.

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Il n’y a plus de blessure gratuite.

juin 21, 2008 · Laisser un commentaire

Légère, passante et fluide. D’un moment à l’autre, d’un sentiment à l’autre. Dispute, cris, et puis le refus d’en entendre plus. J’attrape quelques affaires, je pars. Paris, la nuit, tes bras, tes lèvres, ton refuge. Je me sens adolescente avec toi, incapable de retenir nos corps, se chercher et se trouver à tout prix. Il n’y a pas d’attache avec toi. Il n’y a plus de blessures de la part de mon frère. Je pars, je n’écoute pas. Je passe un examen, je n’y pense plus. Je réfléchis au sadisme des types, j’oublie. Les nœuds ne se forment plus. Il faut s’en aller, s’échapper, se jeter vers l’avancée. Les coups ne font plus si mal. Les mots ne blessent plus. La fatigue n’est plus l’ennemie quotidienne. Je me souviens de l’image des brumes médicamenteuses, du rempart des antidépresseurs – je n’étais pas capable de dévier les coups. De les recevoir et de les renvoyer. Aujourd’hui, si. J’avance en passant au travers des attaques. J’ai la force nécessaire pour faire face. Ne même plus pleurer. Rester fière.

Lorsque j’ai dîné avec Hélène mardi, j’étais impressionnée par le chemin que nous avions parcouru, presque en parallèle. Grandir si vite et si brutalement – heureusement, sans doute heureusement que nous vivons cette crise à 22 ans – il y a quelque chose de fondamental en jeu. L’essentiel : être seule. Apprendre la solitude. Se préserver dans chaque relation, dans l’amour donné, dans la confiance partagée. Lorsque l’autre n’est plus là, nous ne pouvons pas nous effondrer. Nous ne devons pas nous perdre dans l’amour des héroïnes de roman. Notre vie s’inscrit dans notre réalité propre, individuelle – pas dans l’existence d’un amour qui nous mettra toujours à la merci des garçons. C’est un choc d’entendre dans la bouche d’Hélène les paroles échangées avec ma psy. C’est un bonheur jouissif de comprendre que nous avons avancé, ensemble, vers des relations matures, déromantisées, lucides, qui préservent notre intégrité. J’étais folle de joie d’avoir face à moi l’avancée si clairement dessinée. Ce que je voyais depuis quelques semaines en moi, je le retrouvais chez Hélène. J’aurais voulu aller avec elle jusqu’au bout de la nuit, exhiber notre indépendance, faire les folles au 41 et sentir tout à la fois que nous étions protégées par nous-mêmes. Je suis rentrée, je ne voulais écrire que pour Hélène, la fierté de notre traversée, la confiance en ce que nous sommes, la très grande liberté affichée.

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“Le plus beau vêtement d’une femme, ce sont les bras de l’homme qu’elle aime”.

juin 18, 2008 · Laisser un commentaire

Extraits du texte lu par Yves Saint Laurent lors de sa conférence de presse, le 7 janvier 2002, pour annoncer sa décision de mettre un terme à sa carrière :

“Je me dis que j’ai créé la garde-robe de la femme contemporaine, que j’ai participé à la transformation de mon époque. On me pardonnera d’en tirer vanité, mais j’ai, depuis longtemps maintenant, cru que la mode n’était pas seulement fait pour embellir les femmes, mais aussi pour les rassurer, leur donner confiance, leur permettre de s’assumer.

Je me suis toujours élevé contre les fantasmes de certains qui satisfont leur ego à travers la mode. J’ai, au contraire, voulu me mettre au service des femmes. C’est-à-dire les servir. Servir leur corps, leurs gestes, leurs attitudes, leur vie. J’ai voulu les accompagner dans ce grand mouvement de libération que connut le siècle dernier.

(…)

Je veux remercier les femmes qui ont porté mes vêtements, les célèbres et les inconnues, qui m’ont été si fidèles et qui m’ont causé tant de joies (…). J’ai toujours placé au-dessus de tout le respect de ce métier qui n’est pas tout à fait un art mais qui a besoin d’un artiste pour exister. (…)

Tout homme pour vivre a besoin de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, cherchés, traqués. Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. De tout cela, un jour je suis sorti, ébloui mais dégrisé. Marcel Proust m’avait appris que “la magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre“. J’ai, sans le savoir, fait partie de cette famille. C’est la mienne. Je n’ai pas choisi cette lignée fatale, pourtant c’est grâce à elle que je me suis élevé dans le ciel de la création, que j’ai côtoyé les “faiseurs de feu” dont parle Rimbaud, que je me suis trouvé, que j’ai compris que la rencontre la plus importante de la vie était la rencontre avec soi-même.”

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Le visage lavé de larmes.

juin 14, 2008 · Un commentaire

j’ai regardé Control. je sais pourtant ce que ça fait. je sais que tout va vers sa perte. je sais dès la première image de la maison de Macclesfield ce que fera Ian. je ressens chaque seconde de la détresse de Debbie. “answer me Ian. don’t ignore me“. chaque crise d’épilepsie me transperce, me rappelle les crises d’angoisse. je retiens toute la tension dévoilée. je garde tous les souvenirs remontés. jusqu’à ce que. jusqu’à l’absence d’issue. Annik, Debbie. la corde. le linge. la cuisine. le cri de Debbie qui pénètre dans la maison. là. je lâche. je laisse le mur s’effondrer. la digue est tombée. torrents. je pleure ce qui était enfermé depuis longtemps. je pleure parce que j’ai le souvenir d’avoir vu Control au moment de plonger dans la dépression. Ian avait 23 ans et moi 22. ça sonnait un peu pareil. moi non plus je ne trouvais plus d’issue. je me serais bien vue mourir comme lui. les overdoses de cachets. la vie brûlée. la corde. je retrouve en le regardant l’absence d’issue. la détresse. l’expérience douloureuse de la dépression. now i’m alright. je ne sais pas exactement pourquoi je pleure autant. la fatigue des derniers mois est encore un peu là. je termine mes études, je suis plongée dans des imbroglios administratifs pas très drôles. je ne sais pas exactement ce que sera la suite. on me demande d’être précise, de faire des choix. je passe des entretiens de recrutement. je questionne beaucoup mes amitiés. je cherche les réponses, les origines, les éclaircissements aux nœuds psychologiques. je donne beaucoup de temps à la thérapie. je tombe amoureuse. je mesure le changement. rien n’est plus simple, plus facile, mais c’est un peu plus clair sans doute. la tension, la peur, l’angoisse, le très grand bousculement à l’intérieur. alors oui soudain je pleure, c’est devant Control comme devant autre chose, c’est la libération des toutes petites blessures et des aspérités de la vie quotidienne, de la vie d’étudiante qui s’éloigne, se transforme en quelque chose d’autre, ce sont des pleurs de petite fille qui lavent la difficulté, qui apaisent, qui éclaircissent le visage, ce sont des pleurs qui font s’endormir très sereine. le visage baigné et lavé. tout qui devient très naturel pour savoir soi-même faire le tri, distinguer, mesurer, écarter, oublier. il y a des nœuds, des conflits – des moments de réflexion et de retrait – des décisions douloureuses et salutaires – des pleurs qui lavent la douleur.

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Trois couleurs.

juin 10, 2008 · Laisser un commentaire

Trois impressions dans Paris, trois moments, trois mouvements, trois couleurs.

A la sortie d’Iéna, l’immense queue devant le musée Guimet pour voir l’expo Hokusai – moi je descends vers le Palais de Tokyo et les peintures de Peter Doig – dans ce grand musée blanc, les immenses toiles sont des effusions de couleurs sur les murs, des explosions de teintes aquatiques où surnage le rouge dégoulinant, cette population végétale, forêts vierges, algues et créatures organiques – je pense aux paysages que dessine Miyasaki dans Princesse Mononoké, aux forêts profondes peuplées par des êtres translucides aux visages flous, et puis cette végétation épaisse, touffue et luxuriante, ce sont aussi les “jungles” du Douanier Rousseau. Reflets, miroirs, transparence, l’eau transforme tout, reveals the soul of a man, c’est onirique, c’est la plongée dans la couleur et la matière, coups de pinceaux marqués sur la toile, peinture striée, vibration du ciel d’encre, ce sont les étoiles tournesols de Van Gogh dans la nuit bleue, cette étrangeté, cette puissance, cette résonance.

Plus tard dans un très bel hôtel de la rue de Castiglione, quelque chose de très surfait, oh mais une nuit, une nuit seulement à boire du champagne dans des robes de satin, ça pue la bourgeoisie et le dédain des étudiants assez riches pour s’offrir ce genre de sauteries, les vigiles regardent cette horde de jeunes sauvages très bien élevés qui mettront la salle sens dessus dessous et vomiront sur les moquettes épaisses et les parquets glissants quand trop de champagne aura été versé ; bon, oui, je sais ça, mais je suis en train de fêter les retrouvailles avec ceux que je suis depuis quatre ans, quelques années de formation commune, parfois seulement deux années à parler des médias, de la presse et d’internet, souvent de grandes discussions dans la file d’attente d’une cafèt ou sur l’herbe du “jardin”, des rencontres qui ne dureront pas, des gens qui partiront et que je ne reverrai pas, mais je me souviens des conversations interminables, on parlait des historiens comme du traité européen ou de l’entrée de la Turquie, on partageait l’excitation du départ à l’étranger, la difficulté à retrouver les amphis – et puis des soirées, des fous rires, des crises de larmes, des angoisses -

d’un seul coup nous étions tous réunis, oubliant tout ce qui dépassait du cadre de l’endroit, c’était nous nos belles robes nos garçons en costumes et on vivait cette fête-là, on savait que la vie d’étudiant en grande école se terminait ce soir-là. J’ai ri, j’ai dansé, comme une folle, abandonnée aux bras qui me retenaient, j’ai lancé les mêmes regards de désir que ceux que je lançais à 19 ans, j’ai suivi le rock d’un type infernal, le corps-à-corps de celui que je retrouve toujours, j’ai pris les coupes de champagne qu’on me tendait – sans jamais aller trop loin, sans me faire de mal, sans ressentir la perdition, le mal au cœur, la désillusion qui aurait dû suivre l’euphorie de la nuit – j’ai seulement été pleine heureuse de cette nuit parfaite, qui n’impliquait rien, qui n’attendait personne, qui n’appelait pas les résultats de la séduction.

Et puis dans l’obscurité loin des grandes artères de Paris rentrer à pied, ces chaussures tortures je les tiens à la main par la bride dénouée, je marche pieds nus dans la rue Saint Honoré, les Halles, tout le monde s’en fout, la robe très belle mais les pieds nus, si je pouvais je crois que je vivrais pieds nus – plus il répète “mais non voyons remets tes chaussures, non mais – attention ! , regarde où tu marches, enfin bon, remets tes chaussures”, plus je ris dans la nuit silencieuse de nos seuls pas. Je rentre, chez moi. Je suis seule, tout va bien. Tout va bien, j’ai traversé la journée qui m’effrayait, je l’ai rendue riche, je me suis nourrie – tout va bien.

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Dire ce qui ne se tolère pas, s’en aller.

juin 6, 2008 · 5 commentaires

Ne t’inquiète pas, ne te ronge pas les sangs, ne t’inquiète pas, tu as su te protéger.

Les progrès sont là. Il ne faut pas laisser la déception tout emporter. Ça ira encore mieux les prochaines fois. Tout du long je suis restée distante, je n’ai rien envisagé ni espéré, je n’ai pas imaginé la relation qui n’existait pas, je n’ai pas cédé au fantasme. Lorsque j’écrivais ici que je ne ressentais plus la nécessité du couple j’étais sincère envers moi-même. Et ça n’a pas changé. Mais pourquoi être encore si blessée et déçue par les moindres gestes qui trahissent l’indifférence, le mépris et l’irrespect ? Pourquoi donner une telle densité aux bassesses des malveillants ? Bien sûr, l’attitude qui manque de respect ne s’accepte pas. Il faut rester exigeante. Mais alors cette exigence, pourquoi ne pas s’y tenir clairement et continument ? Pourquoi faire des concessions ? Pourquoi chercher même l’explication ? Il n’y a pas à s’interroger davantage sur les raisons d’une attitude inacceptable. Ne pas chercher à savoir, à comprendre. Ne pas demander d’explication. Puisque bien évidemment, les explications que l’on aimerait entendre, on ne les entend jamais. Celui qui est capable de blesser, d’être aussi éloigné de la sensibilité, celui qui au nom de sa liberté réclame tous les droits pour lui – ne comprendra jamais. Ne devinera jamais ce qui se trame. Rien ne sert de jouer la victime, de rendre la situation plus tragique qu’elle n’est. Il faut seulement ne pas oublier que l’autre ne sait pas. Ne connaît pas l’histoire. Les interprétations seront toujours si éloignées. Les grilles de lecture des attitudes et des relations ne correspondront jamais. Alors il faut sans doute exprimer la déception, verbaliser ce qui n’était pas acceptable ; mais rien ne sert d’aller plus loin. Il ne faut pas montrer la blessure qui fragilise, au risque de voir l’autre plonger ses mains dans la blessure et lacérer la chair, écarter les deux rives de la peau recousue. Puisque de toute manière l’histoire personnelle ne se transmet pas, à quoi sert de la livrer ? Dire l’inacceptable et puis s’en aller. La réponse ne sera jamais satisfaisante. Ce n’est pas parce que je sais m’excuser, me remettre en question, m’accuser du mal fait, que chacun en est capable. L’ego empêche les repentirs et les pardons. Oh bien sûr ce sera caché, derrière des prétextes aussi nobles que la liberté. Sacro-sainte liberté des garçons lâches. Libre de s’en aller, de disparaître, d’abandonner, libre de ne rien dire, libre de décider seul (quand bien même cela touche à la liberté d’autrui). Ça a l’air formidable cette conception de la liberté essentiellement masculine : on agit comme on en a envie, on ne revient jamais sur le mal fait, on ne s’excuse pas, on ne se questionne pas, on prend seul les décisions qu’on assume seul. Tant pis pour celui qui est en face. Moi aussi pourtant je cherche ma liberté. Je cherche à ne plus rendre de compte à qui que ce soit. Pourtant je ne me suis jamais sentie autorisée à mépriser qui que ce soit. Je n’ai jamais fait disparaître le respect derrière la liberté.

Voilà, on dit l’intolérable, et puis on s’en va. On les laisse être libres et lâches. On en veut des mieux que ça, n’est-ce pas ? Sauf qu’on n’y croit plus beaucoup. Il était temps que la dépression arrive l’hiver dernier. Il était temps que toutes les blessures enfouies refassent surface. Il n’y a aucune fatalité. Les types peuvent être aussi dégueulasses et décevants que ça leur plaît : je passerai au travers. Sans m’effondrer. Sans me croire coupable. Sans toucher à mon intégrité.

Les réflexes ont été bons, les réflexes ont été là : chercher le refuge de la solitude, rattraper les heures de sommeil en retard, ne pas chercher la facilité des verres de whisky et des lèvres de garçons, mais rentrer, be at home, écrire, analyser, reproduire seule les questions que ma psy aurait posées, redevenir calme et réfléchie. Les résidus de la colère, de l’angoisse et de l’hystérie disparaîtront. La prochaine fois, il n’y aura même aucune apparition de la colère. Il y aura la déception, et puis l’éloignement.

Prendre encore plus le temps, ne pas donner sa confiance, ne pas livrer son histoire, n’être attentive qu’à la douceur.

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Quelques jours d’une histoire.

juin 2, 2008 · Laisser un commentaire

Que faudrait-il dire de nous, que faudrait-il garder, d’un “nous” aussi passager ? Ces nuits, ces soirées, toujours au coin du crépuscule, quand on laissait le soleil tomber. Tu avais saisi mon corps, j’étais prise au piège. Ta peau brune se fondait à ma peau blanche. On avait l’énergie du désespoir, la chaleur des corps entièrement donnés. Tout était simple et évident, nous marchions sans fin dans Paris, sans jamais lever la tête vers le nom des rues, nos pas nous menaient, c’était la tour Saint Jacques et puis la rue du Temple, jusqu’à République. On parlait de l’écriture d’un roman comme des ruines de la Crète, du cinéma italien comme du Mépris. De là le retour du désir de la Méditerranée ? Peut-être que c’était toi l’appel du soleil, de la mer et de la chaleur. Quelques nuits, le passage furtif, la douceur du matin dans ton lit, le mien, on n’avait besoin de rien, de la vie seulement, ça nous battait dans le corps et on préférait se nourrir l’un de l’autre que de traîner à la terrasse des restaurants. On aurait même été capables de passer des moments sans fin. De partir sans prévenir sur une péniche ou à l’autre bout de la France, dans une vieille maison, sans personne d’autre, trois bouquins dans les sacs et hop, c’était parti, le soleil nous allait bien, nos corps se fondaient, ton bras autour de ma taille et ta bouche pour respirer ma peau, tu disais que je t’avais “redonné le goût des filles“. Moi je n’ai pas eu confiance en toi, je ne t’ai pas attendu, je n’ai rien attendu, je n’ai aimé que ces moments partagés qui creusaient la jouissance d’être au monde et en vie.

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Pull marin.

juin 1, 2008 · Un commentaire

Square des Epinettes, jean slim ballerines et t-shirt marin, les cheveux humides et tirés vers l’arrière, on croirait presque que j’ai sauté le pas de me couper les cheveux à la garçonne, c’est le printemps, c’est léger, l’air plus souple après l’orage qui a lavé le ciel de sa moiteur, le patron de la Chope me dit bonsoir avec un sourire intéressé, le jeune homme me regarde troublé, et le père de la petite fille jolie me fait de gros yeux quand l’énorme bulle de chewing-gum éclate sur mes lèvres. Ça m’amuse. A la garçonne. Cheveux courts, corps androgyne, bubble-gum et aucun amoureux dans les pattes (lire les paroles de Barbara pour avoir l’explication de “aucun amoureux”). Je ne peux pas toujours jouer à la fille maquillée corsetée fatalisée. Je suis d’un bord à l’autre, je suis le contraste, je suis légère aussi bien que tragique, je laisse toutes les facettes se déployer – et advienne que pourra, vienne qui viendra.

Jean Seberg dans A bout de souffle (1960)

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Les doigts magiques.

juin 1, 2008 · Un commentaire

J’ai une petite sœur-merveille. Une petite sœur autrement plus mature et autonome que je l’étais – c’est vrai qu’elle ne vit qu’avec des gens plus âgés et qu’elle est passée après le débroussaillage des aînés. Je ne l’ai jamais connue aussi naïve et innocente que j’ai pu l’être. Bien évidemment elle est débrouillarde au possible et d’une telle indépendance que ça en devient gênant pour mes parents parfois. Ma sœur fait sa vie. Avec ses goûts qui ne ressemblent pas vraiment à ceux d’une lycéenne de 17 ans, avec ses copines un peu folles, avec ses vêtements excentriques. J’aime bien découvrir que ma sœur a déjà lu Flaubert, Sarraute et Duras. J’aime bien jeter un œil aux CD qui traînent dans sa chambre : Indochine, Bowie, Marin Marais. Elle a 4 paires de Converse, toutes avec des motifs psychédéliques. Elle n’hésite pas à les combiner (je ne dis pas “assortir” parce que ça n’a rien d’assorti) avec des collants à rayures et des jupes à pois. Depuis des années elle explique très exactement ce qu’elle veut faire : travailler au château de Versailles. Restaurer la Galerie des Glaces. S’occuper du Potager de la Reine. Les châteaux de la Loire, Vaux le Vicomte, ce sont des trucs qui l’ont toujours passionnée, et dont elle peut parler à l’envi. Si bien qu’on a le droit chaque année de retourner visiter Versailles. En art contemporain, parfois, j’ai le sentiment qu’elle en sait plus que moi : elle parle des photos de Cindy Sherman comme des tableaux pop de Warhol, ne manque pas une expo de mode et accroche les photos de Marilyn par Bert Stern dans sa chambre. Hier elle m’a fait écouter un morceau de Bach pour viole de gambe. Ce matin j’entendais à nouveau la mélodie très compliquée (Bach c’est mieux pour violoncelle que pour viole), c’était elle qui la jouait, et je la regardais reproduire les mouvements des grands violistes, tenir la viole écartée puis la rapprocher, faire courir ses doigts sur le manche de bois clair et repousser l’archet. La seule d’entre nous à avoir continué la musique. A être si douée. On disait en plaisantant, parce que c’était forcément caricatural : Marie la tête, Guillaume les jambes, Julie les mains. Ses profs de dessin, de danse et de musique venaient toujours féliciter Maman (comme si elle y était pour quelque chose). Je suis heureuse de la voir continuer tout ce qui ne s’intègre pas forcément dans les parcours scolaires. Je suis heureuse de savoir qu’elle veut entrer à l’Ecole du Louvre. Cette richesse de la vie intérieure, cette capacité à créer et à inventer tout un monde, ce sera toujours un remède des moments difficiles.

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Femme piano lunettes (Barbara).

juin 1, 2008 · Laisser un commentaire

Homme,
Touche pas mon piano,
Touche pas mes remparts,
Touche pas mes lunettes,
Touche pas mon regard,
Touche pas ma roulotte,
Touche pas mes bateaux,
Touche pas mes hasards,
Touche pas mes silences.
Ne touche pas mes théâtres.
Ne me touche à rien.
J’ai tout, j’veux rien.
Péccable.
Ont touché à rien, sont partis plus loin.
Rien à dire.
Faut savoir
C’que vouloir.
M’ont laissée toute seule
Avec mes lunettes, avec mon piano.
Touche pas mon piano,
Touche pas mes remparts,
Touche pas mes lunettes,
Touche pas mes regards,
Touche pas ma roulotte,

Touche pas mes départs,
Touche pas mes hivers,
Touche pas mes lumières.
Ne me touche à rien.
Homme,
J’ai tout, j’veux rien.
Mais sois bateau,
Sois vaisseau,
Sois la plage,
Sois velours,
Sois amour,
Sois danger,
Sois douceur,
Sois jaloux,
Sois fureur,
Sois soleil.
Tiens…
Sois soleil.
Je suis brume :
On sera bien ensemble.
Nos rires sont les mêmes.
Tu pleures mes chagrins, et j’ai mal des tiens.
C’est bien,
Mais ne me touche à rien.
J’ai tout, j’veux rien.
Péccable.
A touché à rien, est parti plus loin.
Rien à dire.
Faut savoir
C’que vouloir.
Est parti plus loin.
M’a laissée toute seule,
Avec mes lunettes, avec mon piano
Avec ma bible à moi, avec ça, tout ça,

Avec ma vie , ma vie,
Ma vie comme j’ai su,
Comme j’ai pu, comme j’ai voulu,
Belle, ma vie belle,
Belle.
Rien à dire,
Je vis mes délires.
Je suis folle, je chante, j’m'envole.
Avec vous j’ai tout, j’ai tout.
Mais Si Mi La Ré Si,
Le soir,
J’suis seule
Dans mon lit
Parce que
Touche pas mon piano,
Touche pas mes remparts,
Touche pas mes lunettes,
Touche pas mon regard,
Touche pas mes théâtres.
Péccable.
Ont touché à rien.
M’ont laissée toute seule
Avec mes lunettes, avec mon piano.
M’ont laissée toute seule,
Toute seule.
J’suis seule dans mon lit.

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