.. aglae ex time ..

Les comprimés blancs.

mai 12, 2008 · 3 commentaires

Les petits cachets prescrits le 10 décembre 2007 ; cette date elle reste marquée au fer rouge, c’est le jour où j’ai accepté de dire : “ok je suis en dépression”. Comprimés blancs sans goût sans odeur, ça n’a pas l’air pire que de l’aspirine, cachets qu’on avale avec un peu d’eau le matin, et - le médicament commence à passer. Infuse le sang au long de la matinée. Quand je fais très attention je sens la substance chimique me remplir - ou bien c’est une invention. Premiers jours, les tremblements qui accompagnaient chaque geste de mon corps - mes mains tremblaient, mes jambes tremblaient, parfois ma mâchoire aussi - et Mathilde appuyait ma main sur la table d’un café, bien à plat, ma main bien à plat pour ne plus trembler. Un soir à la MC, dans le noir de la grande salle de théâtre, je m’étais aperçue que ma jambe bougeait sans que je puisse la contrôler. J’avais peur que les gens se rendent compte. Tremblements, hésitations, corps instable, vertiges, corps fragile. Ca rendait mon corps fou ces médicaments, mais je les ai acceptés. La semaine dernière quand mon danger m’a dit : “j’en ai pris une journée, je me suis mis à trembler comme un fou, et maintenant je fais croire à mes parents que je les prends mais j’ai arrêté” ; j’ai pensé que moi je n’avais pas eu d’autre choix que d’accepter, que les médicaments étaient la dernière issue, qu’il fallait m’endormir à tout prix, me mettre dans le brouillard, me shooter autant que possible. Il n’y avait tellement plus de substance vivante en moi, et tout était devenu si insupportable, que les médicaments étaient sans doute le moyen le moins pire de me faire oublier ma souffrance. Mon danger je sais qu’il peut encore trouver de l’énergie ailleurs, je sais qu’il peut retrouver la vie quelque part. Chez moi il n’y avait plus la moindre énergie. Plus la moindre envie. Je n’avais pas d’autre choix que les médicaments.
Alors pendant quelques semaines j’ai tremblé. Et puis je me suis habituée. Aujourd’hui encore parfois, si je suis affamée ou fatiguée, je vois ma main reprendre son léger tremblement. Surtout j’ai développé une capacité à m’endormir tout le temps, partout. Avant le décollage de l’avion. Dans des positions étranges, recroquevillée sur la chaise longue, en plein soleil. L’après-midi, si je ne me force pas à travailler, je m’endors. Mes parents ont l’impression que je rentre chez eux le week-end pour dormir. J’oublie de prendre mes médicaments, plus ou moins volontairement, je m’interdis de les prendre quand je pars pour la journée en concours d’équitation et je préfère me doper au coca ; pourtant l’envie de dormir reste, et je me demande si elle disparaîtra totalement lorsque j’arrêterai définitivement d’avaler mes comprimés. Est-ce que les médicaments laissent toujours une trace ? Combien de temps pour me vider le sang de ça ?
Et puis, lorsque l’angoisse ressurgit, parfois, sans gravité, je pense aux médicaments. Je pense que si je reprends bien mon traitement, l’angoisse va s’atténuer. S’endormir. Mais non. L’angoisse ça se travaille. L’angoisse c’est un état d’esprit, l’angoisse c’est une position qui se réfléchit. Je vais tout mettre à plat. Ecrire d’où vient l’angoisse. Faire des colonnes entre ce qui encourage l’angoisse et ce qui l’écarte. Je vais être claire avec moi-même. Et je n’aurai pas besoin des médicaments. Les sales comprimés blancs.

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