La tentative d’être claire et lucide : ce qui est apaisé, sain, heureux ; et ce qui m’échappe, ce que je ne comprends pas, ce qui me dépasse. J’ai dit que cet espace d’écriture devait rester le lieu du retour sur soi, de la réflexion, de l’analyse, de la prise de distance. Je regrette souvent de ne plus pouvoir écrire avec la même sensualité, avec les mêmes mots-sensations, les couleurs, les odeurs, les vibrations, les phrases sans début ni fin, les phrases sans verbe, les mots juxtaposés qui ne disaient que la vie vécue dans son immédiateté et son intensité. J’aimais écrire ces textes. J’aimais chercher cette écriture. Et puis cette écriture qui m’a trop exposée, cette écriture qui ne m’aidait pas à sortir de la folie, je l’ai rejetée. J’ai commencé à écrire moins subitement. J’ai laissé le temps filer entre les moments vécus et l’écriture. J’ai utilisé l’écriture pour réfléchir et accompagner ma thérapie. Et je ne me sens pas encore prête à retourner aujourd’hui vers une écriture plus violente. Je suis fragile, encore. J’ai défait beaucoup de nœuds. J’ai tiré des traits, évincé certaines personnes, accepté la perte. J’ai posé quelques bases solides : la nécessité de me concentrer sur ce que je suis, de me tourner vers moi quand la déception vient de l’extérieur. J’ai trouvé de l’intérêt à étudier mes propres réactions - pour les comprendre, les apaiser, les désarmer. Me mettre en colère, être triste, être blessée - pourquoi ces réactions-là ? Ce sont des choses que je peux travailler, et sans doute jamais totalement contrôler, mais j’ai la capacité de comprendre. Je ne veux pas accorder foi à l’irrationnel, à l’inexpliqué, je ne veux pas me laisser déborder par des sentiments absolus, je ne veux pas céder à l’enfermement par l’image et le modèle - assez d’Emma, d’Hedda, d’Aglaia, assez de Marguerite ! - je veux faire l’effort de la compréhension de ce que je suis, et ressens.
Je disais plus tôt, être blessée, être blessée parce que j’ai cru ne pas avoir respecté mes propres valeurs, parce que j’ai senti que j’avais trahi, mais il ne faut pas céder si vite à ce qui est dit, il ne faut pas oublier les états de colère, il faut surtout savoir de façon inébranlable que j’ai voulu faire au mieux, que j’ai été honnête, que les situations ont sans doute été plus responsables que moi. Je me laisse effondrer encore si facilement. Je me laisse atteindre par ce qui vient des personnes auxquelles je tiens. J’écarte ceux qui ne valent rien, et pourtant leurs jugements me blessent encore. Mais quand alors la confiance en moi ? Quand ? J’ai appris la méfiance, j’ai appris l’anticipation, la discussion et la réflexion - mais quand vais-je comprendre que les crises sont régulières, nécessaires, qu’elles sont une façon d’avancer ? Quand vais-je cesser de trembler lorsque la crise surgit ?
Jamais le sentiment d’être à la hauteur.



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