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Entrée de mai 2008

Méditerranée.

mai 29, 2008 · Un commentaire

L’envie pressante de partir. Pas parce que Paris m’insupporte, pas parce que je ne respire plus ici. Heureusement j’ai enfin trouvé la possibilité de vivre tranquillement à Paris. Bien sûr, ce ne sera jamais le calme plat des villes de province ou de Seattle. Et puis j’aime trop l’agitation de la foule grouillant dans le coeur de Paris. Mais j’ai sans doute trouvé un équilibre salutaire : l’effervescence des fins de journée, le bruit des cafés, les lignes de métro toutes empruntées, souvent les soirées de théâtre - mais aussi le retrait vers le square des Epinettes, les rues endormies, les commerçants sans manières de l’avenue de Saint Ouen, le refuge de chez moi. Je me sens bien à Paris.

N’empêche qu’en ce moment, le désir de l’échappée se ramène un peu souvent. Il y aurait la facilité de prendre un train pour Trouville. Pour une journée rejoindre l’hôtel des Roches noires, les Planches et le pont vers Deauville. Il y a cette boulangerie extraordinaire où nous achetions des pains au chocolat en guise de petit déjeuner. Et puis le restaurant des Trois chats. Mais j’ai envie de plus loin, j’ai envie de soleil, surtout désespérément j’ai envie de la Méditerranée. Je me souviens des sensations folles de l’eau très salée, de la chaleur sur la peau, du soleil qui rendaient les cheveux clairs, des toutes petites méduses le long des plages de l’île Sainte Marguerite, des bains de minuit à Patti, des grands feux allumés sur le sable avec des garçons siciliens, on parlait à peine la langue de l’autre mais on s’en sortait en faisant griller nos côtelettes, oh et puis seulement l’eau transparente sur les corps bronzés, son corps fin en été à Nice, les corps noirs de Pauline et Manuel en Sicile, la chaleur lourde, le vent fort, la passion délirante pour Antoine. Je rêve de cette eau, de cette liquidité, de la fluidité que mon corps réclame - trop de rigueur, de tensions, de douleurs physiques - l’eau, le soleil, le vent et la chaleur - je veux partir pour ces sensations-là.

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Le langage pour échapper à la violence.

mai 28, 2008 · 4 commentaires

“Des criminologues américains très sérieux ont fait des études statistiques, incontestables, scientifiques et rigoureuses. Ils ont démontré la chose suivante : plus vous disposez de mots, moins vous êtes enclins à la violence sur vous-même ou sur autrui. Et pour disposer des mots, il faut évidemment lire. En gros, les criminels qui peuplent les sociétés des prisons américaines ont un vocabulaire qui se situe entre 100 et 200 mots. Au-delà de cette limite, on sort de cette violence. Autrement dit, la disposition du langage qui nous vient de l’écrit est la meilleure façon de sublimer les pulsions violentes qui sont en nous et de nous réconcilier avec nous-mêmes ou avec autrui. Je crois que cette raison-là est peut-être de toutes, celle qui doit nous inciter à protéger l’écrit.”

Parfois Olivennes dit des trucs intéressants. Notamment lors du colloque sur “L’Avenir du livre” organisé le 22 février 2007 par le CNL et la DLL à l’IEP de Paris.

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La rencontre.

mai 28, 2008 · Un commentaire

Tout ne se passe pas sans accroc. La remontée n’est pas linéaire, et les nouvelles armes découvertes n’empêchent pas d’autres crises de se produire. Mais j’ai le sentiment d’être plus rapidement capable de prendre du recul. De retrouver une distance plus saine. J’intègre les grilles de compréhension et d’analyse abordées en thérapie. Je suis capable d’observer mes propres attitudes. Et d’avoir une emprise sur elles.

Comprendre les raisons de la colère pour mieux l’apaiser. Accepter la crise, la conflit et l’incompréhension comme des passages qui ne remettent pas en cause la confiance d’une amitié. Ne pas avoir de comptes à rendre alors même que la perte de l’autre m’effraie. Mon rapport à moi-même change - la relation à l’autre change aussi. Je fixe des limites qui doivent être respectées - au-delà je ne dois pas craindre la perte. Les relations sont à penser comme des moments, comme des passages - la permanence ne convient pas à toute relation. Je voudrais installer après chaque rencontre magnifique une continuité, un engagement et une confiance qui n’ont pas nécessairement lieu d’être. C’est prendre tellement de risques que de placer ces espoirs et ces exigences dans chaque relation. Le risque d’être aliénée, de créer une dépendance et de provoquer l’effondrement lorsque l’autre disparaîtra. La continuité c’est en moi qu’il faut la penser, dans ce que je suis, dans ce que je construis, dans mon identité, dans ce que chaque relation m’apporte, et puis, au travers de toutes ces expériences mises bout à bout, c’est moi qui me dessine, moi qui me construis. L’appui est à l’intérieur de moi. Les repères sont en moi. Aucune amie, tout aussi présente et sensible qu’elle soit, ne pourra être garante de ma stabilité ou de mon existence. L’ancre qui me retient dans le courant des marées, c’est celle que je plonge en moi. Cette image très exactement : l’ancre profondément inscrite dans mon corps, bien amarrée - tout autour le reste peut tanguer, et je peux me disperser - le socle tiendra bon.

Un garçon est venu, a disparu. J’ai attendu, un peu, j’ai fait l’effort d’aller encore vers lui - son indifférence n’était pas acceptable. Je l’ai perdu. Et puis ? Nous nous connaissions à peine. Nous n’avions rien construit. Nous ne nous appuyions que sur quelques moments partagés. Ça ne suffit pas. Un jour j’ai simplement décidé de le faire sortir aussi vite qu’il était entré. De ne pas perdre mon énergie dans la lutte contre quelqu’un qui ne voulait pas continuer. Je ne peux pas me battre pour chacun. Il y a des relations, des amitiés et des alliances à préserver - mais la moindre rencontre si intense qu’elle soit ne doit pas être le prétexte de ce déploiement d’énergie. Ceux qui voudront rester et s’engager sauront apparaître. Les limites sont claires, ce qui s’accepte/ce qui se refuse, et le droit à l’erreur, le temps d’expliquer comment le mal a pu être fait de façon non délibérée - si l’ego empêche les excuses, si la nonchalance et l’indifférence empêchent la compréhension réciproque - il faut s’oublier. Et croire, après la rencontre, après le sublime, après la déception, après la perte - que d’autres rencontres se produiront. Que d’autres amitiés se dessineront. Rester convaincue de la possibilité de la rencontre qui encore et toujours relève de la disponibilité (Gide, mon sauveur des périodes noires). Mon seul désir flagrant, c’est le désir de la rencontre.

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Árpád Schilling.

mai 23, 2008 · Pas de commentaire

D’abord ils séparent la foule en deux parties de chaque côté du hall. La place est faite pour que surgisse comme un diable le jeune garçon blond réfugié derrière sa capuche. Du plafond, là où on ne l’attend pas, il enjambe la rambarde et bondit. Prend son appui et franchit le bar, d’un côté, de l’autre, le corps élastique, tous ses muscles tendus, pas un instant il ne reste immobile, mais rebondit contre les murs, utilise l’espace pour repartir, entretenir le mouvement d’une balle lancée de toutes forces et qui se cognerait à chaque paroi, mais sans jamais s’arrêter. Il disparaît. Soudain le revoilà, il grimpe sur un comptoir, attrape la balustrade, il est à nouveau suspendu. Puis se laisse tomber au sol, entre les deux foules. C’est ainsi que commence l’expérience que les comédiens du Kretakor proposent ce soir.

Dehors à l’arrière du théâtre, nous attendons sur le trottoir. De l’autre côté de la ligne de tram, un type tient un écriteau “l’éphémère”. Et puis on attend, on discute, on allume des cigarettes, on guette la surprise. Soudain le tram arrive, passe devant nous : chaque passager tient une balle de tennis avec un smiley dessiné dessus et tourné vers nous. Ca file la pêche. On revient s’installer dans la cuisine - les coulisses de la MC93 transformées en cuisine par les comédiens d’Árpád Schilling. Debout, silence, attente. Un des comédiens m’attrape par la main, demande si je parle français, et m’emmène. Dans les loges, il me tend un lecteur mp3, un casque et m’abandonne. Je suis les instructions de la voix féminine. J’ouvre une porte. Je tire un rideau. Plongée dans le noir le plus obscur, je tâtonne pour soulever un autre rideau. Des techniciens qui ne parlent pas français m’entraînent à leur suite, me font descendre un escalier et je plonge dans les entrailles de la scène - sous le plancher, labyrinthe de colonnes et matériel de théâtre, encore des marches et une porte - je tombe sur un jeune homme français. Il m’attend et me surveille jusqu’au point final, surveille que je ne tombe pas en passant trop près du vide. La voix me demande de me coucher. Evidemment je porte une robe-pull qui remonte sur mes cuisses, des collants et une paire de talons. Je m’allonge sur le ventre, il y a une couverture et un oreiller. Je ne sais pas du tout dans quelle partie du théâtre je me trouve. Le garçon se tient debout derrière moi, vue plongeante sur mes cuisses et mon dos, c’est l’angoisse. Je suis allongée la tête posée sur mes bras croisés, devant moi il y a une petite porte en bois qui ressemble à l’entrée d’une maison de souris. Je soulève le fil de fer qui sert de loquet. J’ouvre la porte en bois. Au même moment, quelqu’un ouvre la porte opposée : nos yeux se rencontrent, nos visages sont face à face et nous comprenons que nous avons été deux à nous promener dans le théâtre, suivant la voix des écouteurs. Deux à nous regarder, à nous dévisager, à nous sourire. On parle un peu, on se présente, tout ça à travers un trou de souris. Dans la cavité justement on aperçoit deux petites caméras. Un micro. Nous sommes filmés. Enregistrés. Et bien évidemment projetés sur grand écran devant le public resté dans la grande salle. Au loin on les entend rire de notre surprise. On commente tout à voix haute et nos doutes passent aussitôt sur un écran devant d’autres spectateurs tout aussi bluffés. Ca devient follement drôle d’être au spectacle d’Árpád Schilling. Lorsque je peux enfin me relever et rejoindre les autres, je souris au garçon qui veillait sur moi. Je dis :

“La prochaine fois évitez de prendre une fille en jupe, c’était pas très pratique”

“- Oui mais pour moi c’était plutôt agréable. Enfin oui d’accord c’est vrai que c’est pas confortable pour vous.”

Et on en rit. Toute la soirée de cette façon, les surprises et les moments où le sourire se greffe sur le visage abondent. Si l’expérience est moins réussie à la fin, si tout ça semble finalement un peu léger et très (trop ?) éloigné de ce qu’on peut entendre dans l’art du théâtre, même de façon très large, l’expérience est quand même positive. Là, pas de notion de représentation, il n’y a pas de fin puisqu’on se retrouve tous dehors à boire un verre de vin immonde en respectant les murs dessinés sur le sol d’une maison imaginaire, aucun acteur ne salue, le metteur en scène n’annonce pas la fin. Les gens rient et chantent - certains sont partis devant une “performance” si étrange. Pas toujours passionnante. Les lycéens chantent “Happy day” qu’un des comédiens hongrois accompagne à la guitare. Je demande à l’un d’eux de m’emmener dans les loges pour reprendre mes affaires laissées. Je vais à sa suite, il me parle, demande mes impressions et soudain : s’arrête, se tourne vers moi, tend sa main et dit “Je m’appelle Marc”. Il était au Conservatoire et sur un atelier a été repéré par Árpád Schilling - il a rejoint la troupe du Kretakor à Budapest. Ses expériences théâtrales retrouvées quelque part sur internet sont éloquentes. Dans les loges sans mettre la lumière on tâtonne jusqu’à retrouver mon pull et mon sac. Il me raconte un peu son parcours, l’atelier sur Hamlet, les journées de présentation du Conservatoire, le départ pour le pays du Danube. Dehors il fait bon et on serait prêts sans doute à passer la nuit dehors. Il y a un jeune lycéen de Louise Michel qui nous rejoint, il a un groupe de rap, il en parle, et spontanément la troupe lui propose “et si tu venais chanter ton rap pendant un de nos spectacles ?”. Abdou a un sourire qui éclaire son visage. Des comédiens viennent de lui proposer d’assurer la bande son de leur performance, dans le théâtre de son quartier. Il rougirait bien. Il dit qu’il appellera ses copains, pour faire venir du monde. Il dit qu’ils seront trois ou quatre, demain, 16h30, pour tout mettre en place. Tout le monde rit, personne ne se demande un instant ce que ses textes peuvent raconter, il y a une telle énergie et un tel enthousiasme à travers ce gosse qu’on lui fait immédiatement confiance, on lui donne la scène, on lui offre un public, on lui laisse une chance. Il faut partir, P. m’attend, je dis au revoir à Marc, et puis au jeune homme qui trouvait agréable de me voir allongée dans ma robe, j’aimerais revenir demain pour voir Abdou et les nouvelles trouvailles d’Árpád, je pars déçue de les abandonner, de ne pas les revoir, avec eux j’aurais passé la nuit entière, j’aurais parlé théâtre humour et Europe de l’Est, à coups de vodka. Surtout j’aurais aimé y être avec un garçon qui aurait tout apprécié de ce rythme et de cette énergie dynamique.

Je l’écris : tu m’as manqué ce soir. Heureusement tu ne me lis pas.

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“je ne suis jamais seule, avec ma solitude”…

mai 22, 2008 · Pas de commentaire

Dehors l’air doux, les rues vides près du parc, Dunhills à la menthe, gilet bleu canard mailles épaisses, je suis légère. Le moment de sortir des bureaux et de rejoindre la ligne 14, rue Nationale, c’est souvent l’instant le plus calme, le plus posé, c’est le relâchement de la fin de journée, à fumer et à rêver, c’est ma tête qui se vide, la vie intérieure qui prend le pas, le refuge secret, le refuge en soi.

Ce soir je ressens, et depuis quelques jours déjà, la sérénité d’être seule. De rentrer seule. De dormir seule. Parce que de quoi pourrais-je avoir envie, autrement ? D’un garçon, de ses bras, d’une attention imaginaire, d’une tendresse fantasmée ? De façon absolue, ça ne signifie plus rien. S’il y avait un garçon, un amour, un unique pour occuper ma tête et s’engager auprès de moi, sans doute je le voudrais et le réclamerais pour la nuit entière. Mais il n’y a personne. Et alors aucun manque à ressentir. On ne manque pas dans l’absolu ni par principe de la présence d’un garçon. Tant que la rencontre ne se produira pas, je voudrai passer mes soirées seule entre livres, articles et cds. Je me contente chaque jour de travailler avec des dizaines de garçons drôles et attentionnés. Je me nourris de mon désir envers (xxxxxx). Faire l’amour ? Oui d’accord, il y a des amis pour ça, des garçons-refuges, des amants toujours là, New York Paris ou Berlin, je sais où ils se cachent, je connais quelques noms de rues et des codes d’immeubles. Mais en dehors de ça, quelle entente réclamer, quelle entente qui n’existe pas encore, quelle entente dont je ne connais pas la substance ? Je suis dans l’attente de la rencontre, mais je n’envie aucune relation. Aucune présence ne me manque. Je suis pleinement entière. Je suis disponible au hasard du coin de la rue, mais je ne cède plus à la détresse de rentrer seule - pour quoi faire ? Dîner seule, occuper la soirée, cacher le vide ? Non. Il y a des livres. Il y a des articles. Il y a France Culture. Il y a les dvds que glowria m’envoie chaque semaine. Il y a cet espace d’écriture. Toutes ces choses que je n’aurais plus si je n’étais pas seule. Je n’ai pas oublié les nombreux mois où je vivais avec G. Je n’ai pas oublié comment c’était de dormir chaque nuit avec quelqu’un près de soi. De n’être jamais “tranquille”. De ne pouvoir ni lire ni écrire parce que l’autre passe toujours sa tête par-dessus notre épaule. J’aurais voulu un bureau pour moi. J’aurais voulu une bibliothèque. Je voudrais encore tellement me construire avant d’aller m’amuser à construire une relation qui sera de toute façon un vrai bordel. Je crois que je vais être paresseuse encore quelques mois : je ne veux ni tomber amoureuse, ni croire aux passions foudroyantes, ni m’engager, faire de promesses ou me confier. Je travaille à être libre et indépendante. Alors je suis seule, heureuse d’être seule, apaisée d’être seule.

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Leos Carax revient.

mai 22, 2008 · Pas de commentaire

J’essaie de suivre un peu l’actualité du cinéma à Cannes, et voilà que Leos Carax fait son retour à la Croisette. La dernière fois, c’était pour Pola X en 1999 et ça ne s’était pas franchement bien passé. Cette fois il est accompagné de Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind / The Science of Sleep) et de Bong Joon-ho pour présenter un triptyque tokyoïte surprenant. Carax le dit d’entrée de jeu : “J’aime pas Tokyo”. Et pourtant Denis Lavant - encore, toujours Denis Lavant - court à travers la ville, et dans ses égouts, en s’exprimant bizarrement. Denis Lavant maquillé en marron et en blanc, cheveux fous, regard hirsute, traverse Tokyo en terrorisant les habitants : il bondit sur eux, les bouscule, vole leurs cigarettes, lèche leurs bras (dans Tokyo Eyes de Jean-Pierre Limosin, cette scène où le jeune Japonais lèche l’oeil de la starlette nippone pour enlever un cil tombé…). Il existe une personne capable de le comprendre, de parler cette langue faite de borborygmes et de gestes agressifs : un avocat français, interprété par Jean-François Balmer. Violence, langue et langage, difficultés de la communication, corps de Lavant en mouvement - ça ressemble à du Carax, non ? Cette fois en revanche, pas de gros budget, pas de tournage en trois ans, mais des séquences filmées en vidéo, des plans volés parce qu’il est interdit de tourner à Shibuya (Carax raconte comment les producteurs se sont faits embarquer par la police). Et surtout, il continue à dérouter en commentant le titre de son film, Merde : “J’ai une grande relation avec la merde. Il était temps que je fasse un film qui s’appelle comme ça. J’aurais pu le tourner dans n’importe quelle ville riche. Les égouts sont l’Histoire. Merde, c’est moi”. Carax, toujours à contre-pied.

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L’appel du voyage.

mai 20, 2008 · Un commentaire

Je me suis trompée dans l’heure du rendez-vous. Je suis arrivée en avance et pour laisser le temps filer je me suis perdue dans les rues derrière que je ne connaissais pas. C’était par là :

Et de haut ça ressemblait à ça :

(j’ai découvert la capture d’écran sur un clavier Mac !).

En attendant j’ai découvert le passage du Grand Cerf ; peut-être est-ce le plus beau passage de Paris, avec ses arcades, sa verrière, ses boutiques très régulières - art africain, tissu, créateurs, bidules en fil de fer, tableaux - et seule je me suis lancée dans le passage, sans savoir où je retomberais, le passage était vide à cette heure-là, c’était un peu magique, un peu comme le passage dans Harry Potter. Sans trop savoir pourquoi il y a de ce côté une rue Marie Stuart. Et puis très vite à nouveau la rue Montorgueil, la rue où tant de choses ont été partagées, tant de secrets racontés. Toujours le même bar à vins, la bouteille de Brouilly, les assiettes de charcuterie et de cantal, et puis d’un seul coup on traverse les continent américains : les musiciens de Montréal, les femmes hispaniques immigrées de Québec, nos copains traders à New York avec leurs appartements de Greenwich, les gigantesques aéroports américains qui ne sont que des escales vers le Sud, les grands mariages des ranches mexicains, le Costa Rica, l’Argentine comme éternel point de chute… Et j’ai la peau qui vibre, j’ai la peau qui réclame, j’ai la peau qui demande l’eau salée de la Méditerranée, le soleil de la Grèce, le tango de l’Argentine, j’ai la peau qui tremble de froid sous la toile fine de mon pantalon trop blanc, j’ai froid et pour rien au monde je ne bougerais de cette table, de ce bar, de cette rue sous la nuit sans étoile - ils me parlent et m’entraînent et me mettent dans le corps d’autres envies que Paris, d’autres villes, d’autres cultures, d’autres accents. Quelle destination pour le prochain billet d’avion ?

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Pas sans toi.

mai 19, 2008 · Pas de commentaire

Ce soir brièvement au théâtre - même quand il y a plusieurs personnes avec nous c’est toujours l’une près de l’autre que nous nous asseyons - comme depuis toujours. Peut-être dix années pour apprendre à se connaître, s’apprivoiser, se faire confiance, se montrer présentes. Bien sûr nous avons changé, développé des goûts différents, adopté des attitudes qui ne se ressemblent pas ; je devenais de plus en plus ouverte, tu résistais si bien à l’attrait des autres. Tu n’avais pas confiance, j’étais très sûre de moi - et aujourd’hui ? j’apprends en thérapie à me respecter, toi tu es devenue forte et tu as trouvé l’énergie de mener des projets ambitieux, qui te correspondent. Nous avons fait des rencontres, construit des relations que l’autre ne connaissait pas, nous avons eu des amis qui n’étaient pas faits pour s’entendre. Nous n’avons jamais su parler du plus intime, de l’écriture, des garçons, de la confiance en soi. Sans que je sache expliquer pourquoi. Et pourtant ça n’a jamais été réellement gênant. Toujours tu étais là, quand je plongeais. Au printemps dernier, un déjeuner au Vieux Colombier, tu ne savais pas vraiment qui il était, tu ne l’avais pas rencontré, et peut-être même que je ne t’avais jamais vraiment expliqué ce que j’avais traversé avec lui - tu m’as récupérée en larmes, effondrée, et sans poser de question, sans jamais juger, tu as écoutée le flot de paroles, tu as cherché des réponses, tu m’as fait sourire. A Noël dans la maison de Fontcrepon, tu ne m’as pas laissée seule, tu m’occupais avec des recettes de gâteau et des jeux de société, tu venais me chercher dans la chambre quand je restais prostrée sur le lit, tu me faisais lever quand je répétais : “je ne peux pas me lever. je ne peux pas me lever”. Si douce, si présente et si rare. On a beau avoir changé, évolué, pris des chemins un peu différents parfois ; notre amitié est sans doute moins fluide et moins évidente qu’auparavant (hypokhâgne, une tablette de chocolat praliné et un Truffaut chaque mercredi soir) ; mais toujours auprès de toi l’immense confiance et la grande douceur, la protection, toi mon dernier refuge, la seule que j’ai acceptée de voir lorsque je n’étais plus vivante, ma très belle chérie dont je suis terriblement fière, et prête à pleurer encore quand ce soir je te laisse rentrer et me quitter.

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Coup de foudre !

mai 19, 2008 · 2 commentaires

Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire de coup de foudre ?

Je croyais avoir passé l’âge.

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A l’ombre du cerisier.

mai 17, 2008 · 2 commentaires

J’ai acheté un tout petit carnet Muji comme j’en avais en hypokhâgne. Gris anthracite. L’époque où je remplissais chaque mois de grands cahiers d’une écriture épaisse et inclinée. Les mots couraient. J’écrivais plusieurs heures par jour. Il y a encore des lambeaux entiers de moments fous notés dans ces carnets rangés. Un jour j’irai piocher dedans. Retrouver une certaine écriture, les constructions de phrase et les rencontres de mots qui me paraîtront encore justes. Il y a des morceau à reprendre de ces cahiers, du premier site et des différents blogs. Et puis une structure à trouver. Dans le petit carnet anthracite j’ai commencé à écrire : “roman”. Et à mettre en place une trame. Un fil conducteur. Une scène d’origine. Et puis d’autres scènes apparaissent. Un livre construit comme un scénario. D’étapes en étapes, de scènes en scènes, et peut-être ensuite l’écriture pour tout nouer. Comme Fitzgerald, travailler par scène. Je vois des moments qui seront prétextes pour l’écriture. Je vois des temps forts, des instants marquants qui viendront comme des balises dans l’écriture de quelque chose de complet. Je vois les scènes, je vois les deux personnages, je vois le travail sur deux styles différents - deux voix à faire entendre - et soudain je voudrais ne plus faire que ça, été, soleil, une table dans un jardin, le thé glacé, l’écriture dès 10 heures le matin, des pages et des cahiers pour seulement écrire. Je commence à comprendre que le prochain travail, après mes derniers examens de juin, ce sera peut-être celui-ci. Et avant même de vouloir reprendre les cours de lettres modernes. Je veux m’y mettre enfin à l’écriture longue, dense, structurée, travaillée, organisée dans un ensemble ; et sans que cela peut-être n’aboutisse, sans parvenir à un terme - j’ai le sentiment de tenir quelque chose. De l’avoir enfin le motif d’écriture du roman. Entre amour, horreur, égoïsme, et folie. Je pense à Belle du seigneur pour écrire, je pense à Tender is the Night, je pense à l’écriture précise et puissante de Stefan Zweig. Je rêve d’une grande maison de campagne, perdue entre les prés et les arbres fruitiers. Je rêve de temps pour moi, de solitude, et d’écriture. Je rêve d’aller cueillir des myrtilles, de faire des confitures et de dîner le soir à une grande table éclairée par des guirlandes de couleurs. Dans deux mois il y aura l’échappée. Et sans doute le temps pour toute cette écriture.

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