Il y a des gens qui se reposent le week-end. Il y en a qui se lèvent à 6h15 le dimanche pour être aux écuries à 7h30. Je dois terminer le nattage de ma jument. Yeux bouffis et cheveux emmêlés. Je natte tant bien que mal sa crinière taillée trop court. Le centre équestre où se passe le concours est grand, agréable. Le soleil brûle suffisamment la peau pour que je rentre ce soir avec de larges marques rouges sur les bras, et des taches de rousseur apparues sur le visage. La journée est longue, mais plus enthousiasmante que les derniers concours : pour la première fois, j’emmène ma jument sur un parcours sans faute. Je sais bien que je n’ai pas encore le niveau qu’il faudrait pour bien la monter, mais c’est un peu mieux. C’est entier et complet. La vitesse mieux contrôlée, les obstacles mieux abordés, les sauts mieux accompagnés. Je la sens si calme que j’oublie d’être angoissée. Enfin non ce n’est pas tout à fait vrai, je fais toujours mes parcours en apnée. Au bord de m’asphyxier à la fin. Sentiment de réussite sur moi-même, d’avoir enfin réalisé ce dont je n’étais pas capable depuis des mois. J’ai repris des forces, je me suis remusclée, et peut-être que tout cela commence à faire effet. Bien sûr je suis toujours un peu endormie assommée par les médicaments, mais ma force physique est revenue. Dos redressé, demis arrêts, encolure rééquilibrée. Enfin j’y arrive. Et je me sens formidablement heureuse de voir ma jument si détendue, si calme. Hier dans la carrière je la laissais galoper rênes longues. Et toujours cette fantastique sensation de liberté. Le soleil, le vent sur ma peau. Le soir je rentre rongée de coups de soleil, toutes mes taches de rousseur sont sorties, je n’attends que l’eau fraîche de la douche, et le parfum enivrant des crèmes et des laits de ma sœur - sa salle de bains comme une caverne aux mille parfums, les serviettes où l’on s’enroulait entièrement petits. Le soleil brûle sur et sous la peau, la fatigue arrache les muscles, et je sens la satisfaction des journées passées dehors, les journées de bonne fatigue. Je sens mon corps empli de sensations, et toute la journée suffisamment solide pour aller jusqu’au bout, garder mes forces, rester debout.



1 response so far ↓
Norkhat // avril 29, 2008 à 4:40
“la course d’obstacles”
madre de dios : comment ne pas y voir une métaphore de la vie ! :p
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