O. près de moi, c’est immédiatement se situer en terrain connu et réciproque. C’est connaître par cœur les gestes et les attitudes de chacune, c’est se sourire devant les armes de séduction déployées. Nous sommes deux grandes expertes du désir : le désir qu’on suscite, le désir qu’on encourage, le désir qu’on devine, le désir qu’on ressent. Nous sommes deux idiotes amoureuses de la peau des garçons et des plus fous, toujours. Dans une cuisine très tard on partage nos désillusions et surtout la déception devant les garçons lâches. Il ne s’agit pas tout à fait de se raconter des histoires de filles en se vengeant sur les cookies encore chauds – mais plutôt de réfléchir ensemble et de mobiliser tous les matériaux, toutes les pistes utiles – appel à la littérature, à la psychanalyse, à mon parcours thérapeutique – pour trouver des façons d’avancer un peu plus sereinement. On rit autant qu’on laisse les larmes venir, très discrètement au bas de l’œil, on a la gorge serrée soudain et la voix tremblante, on est allées un peu loin, on a dit les choses un peu crûment, on a fait ressurgir des douleurs qu’on croyait évanouies. La force revient, de se savoir ensemble, alliées, dans les soirées on s’approche, on ne se quitte pas, on porte des pulls bleu électrique, de l’eye-liner et du rouge à lèvres, sans doute tout ça rend les garçons un peu jaloux, et c’est bien l’idée aussi de les rendre jaloux, de leur faire comprendre qu’ils ne nous auront pas, pas forcément, pas si ça ne vient pas aussi de nous – mais surtout nous sommes deux alliées, deux à la confiance absolue, deux sans jugements, deux amies – et son corps me rassure, et sa présence me rassure, et ses mots me rassurent.



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O. // avril 29, 2008 à 9:53
“The first responsibility of a “liberated” woman is to lead the fullest, freest, and most imaginative life she can. The second responsibility is her solidarity with other women. She may live and work and make love with men. But she has no right to represent her situation as simpler, or less suspect, or less full of compromises than it really is. Her good relations with men must not be bought at the price of betraying her sisters.”
Susan Sontag, The Third World of Women, 1973.
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