A l’intérieur de moi cette cave qui se creuse ; une cavité qui devient plus profonde, plus ancrée, plus sûre, plus protégée. Corps de vent, corps de paille, corps qui passait et se faisait détruire dès qu’on plongeait un peu la main au travers. Maintenant j’ai l’impression que des parois existent. Que des murs se dressent pour me protéger de l’extériorité. A chaque instant, il y a un endroit où se replier, se réfugier : cet espace en moi qui se calfeutre, se renforce, s’épaissit. Je ne dis plus que tel endroit est un refuge, que telle amie sera toujours là pour écouter ma mélancolie. Je sais que lorsque les irritations et les déceptions surgissent, il existe cet espace intérieur, vers lequel on se tourne, pour espérer réfléchir un peu, redevenir sereine, trouver des apaisements. Je parle de corps mais c’est dans l’esprit que se jouent ces choses-là : mon corps, on sait bien qu’il est un peu fragile, un peu léger, mais il y a cette force qui creuse, qui prend racine, qui se développe, il y a chaque jour des étapes franchies, des pas accomplis, et l’esprit plus solide, plus indépendant. Caverne intérieure et secrète, personne ne pénètre, je donne des bribes et je me confie parfois, ces alliés en qui j’ai confiance, mais tant de gens aussi mis à distance, ceux qui ne méritent pas l’acharnement, ceux qui ne méritent pas le déploiement des efforts, ceux qui tout simplement ne font pas fonctionner l’échange, l’écoute et le respect.
Je tourne des pages, je délaisse certaines personnes, je renonce aux efforts quand simplement les signes ne concordent pas - j’apprends à accepter que les volontés n’aillent pas dans le même sens, j’apprends qu’on ne connaît jamais les gens, j’apprends que les aimer ne permet pas de donner prise sur eux, ni même d’ouvrir une porte de la compréhension. J’ai aimé des types que je ne connaissais pas. J’ai cru que certaines personnes, inconnues, pouvaient être des amies. J’ai livré une intimité qui aurait dû rester strictement privée, sur un précédent blog ou à des personnes que je connaissais à peine. J’ai été tellement généreuse, ouverte et sincère que je me suis déchiré le cœur. Quand la chair est à l’air libre, quand on expose cette chair pour la sentir vibrer, pour la donner à voir, pour dire “voilà, je suis ça, prenez-moi telle quelle, prenez-moi entière, intègre et sincère” - on repart blessée à vif, écorchée dans la chair profonde, mise à nu et violée.
La peau sur la chair se reconstruit, tout cicatrise, la nouvelle peau est plus résistante, plus épaisse, moins rouge et plus blanche - comme la vie qui passe, moins violente, moins rouge, et plus souple, plus calme, plus apaisée, plus blanche. Dans le hors-série du Mag littéraire sur “la pensée 68″ (hors-série à ne pas acheter), il y a la photo étonnante d’un vieil homme qui regarde un peu ahuri un slogan dessiné sur un mur de Paris : “jouir sans entraves”. Je ne veux pas jouir sans entraves. Je ne veux pas me situer perpétuellement dans la jouissance. Oui je veux des temps morts, des moments de retrait, je veux être tranquille et seule parfois, je ne veux rien d’extravagant ni de sublime. Je veux moins de spontanéité et d’immédiateté. Je veux juste laisser les choses arriver, lentement, calmement, sans appréhension, sans euphorie exagérée, je veux prendre le recul utile devant chaque événement. Et m’engager sans crainte dans ce qui véritablement en vaudra la peine.



1 response so far ↓
Norkhat // avril 14, 2008 à 11:51
en soi,
ce sanctuaire…
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