Tu reçois un coup. Tu es assez forte pour le regarder arriver vers toi désormais. Tu l’attrapes de plein fouet, tu ne le laisses plus t’atteindre, tu le rejettes avant qu’il n’ébranle ce que tu as su constituer. Pour expliquer l’effet d’un antidépresseur, on dirait : c’est un brouillard épais qui empêche le coup d’atteindre sa cible. Le coton autour de soi est trop épais, la flèche ne passe pas, elle tombe. Mais la sensation de baigner dans l’ouate rappelle à chaque instant qu’un médicament retient à la vie.
Tu es attaquée et tu ne te sers de l’attaque que pour étudier la réaction qu’elle provoque en toi. Chaque geste de l’autre passe à travers toi et provoque un sentiment qui mérite d’être regardé. Chaque interaction avec l’autre ne vient pas renforcer ton image, ni la détruire, elle ne t’apprend qu’à te connaître. Personne ne détermine ce que tu es ; ta relation avec l’autre te construit, par la façon dont tu travailles cette relation ; mais l’autre ne te construit pas. Tu fais le choix d’être une personne entière, intègre, honnête envers toi, quand bien même constituée de morceaux épars et de fragments divergents. Tu existes par cette seule conscience d’exister.
Tu doutes des paroles agréables - “jolie, intelligente, brillante, charmante” mais pour qui, pour une personne, pour deux, quelle stabilité dans ces mots prononcés, quelle vérité ? Il n’y en a pas. La seule vérité est individuelle et personnelle. Tu es ce visage, ce corps, cette peau, ces lèvres, ces yeux, ces cernes, ces taches et ces marques blanches. Tu es ce qui se présente à toi. Tu n’es jamais ce que l’autre révèle de toi. Personne ne te connaît - que toi. Tu es seule et tu doutes, tu poses la question du pourquoi - qui conduit à la seule réponse valable : il n’y a pas de raison de rester en vie - et tu te bats pour vivre malgré tout, pour exister envers et contre toutes les attaques, envers et contre tous les compliments, tu ne te bats que pour toi - ta peau, ton corps, ton sang qui bat - et sans même en connaître le sens ni la raison, la vie semble valoir la peine d’être maintenue parce qu’elle est un fait donné, et dont ta conscience se saisit. Tu ne sais pas pourquoi tu dois vivre, tu n’as pas de but, d’idéal ni d’attente, mais tu acceptes la vie en toi à partir du moment où elle se lie à ta conscience, à partir du moment où la vie se travaille. Tu ne décides pas de ta vie, mais tu décides de la conscience que tu as de toi-même au travers de ta vie. L’essentiel est de te construire.




1 response so far ↓
O. // avril 2, 2008 à 10:59
ah ça me plaît !
gambatte kudasai !
O.
Apporter un Commentaire