.. aglae ex time ..

Entrée de avril 2008

la fatigue des journées de soleil.

avril 27, 2008 · Un commentaire

Il y a des gens qui se reposent le week-end. Il y en a qui se lèvent à 6h15 le dimanche pour être aux écuries à 7h30. Je dois terminer le nattage de ma jument. Yeux bouffis et cheveux emmêlés. Je natte tant bien que mal sa crinière taillée trop court. Le centre équestre où se passe le concours est grand, agréable. Le soleil brûle suffisamment la peau pour que je rentre ce soir avec de larges marques rouges sur les bras, et des taches de rousseur apparues sur le visage. La journée est longue, mais plus enthousiasmante que les derniers concours : pour la première fois, j’emmène ma jument sur un parcours sans faute. Je sais bien que je n’ai pas encore le niveau qu’il faudrait pour bien la monter, mais c’est un peu mieux. C’est entier et complet. La vitesse mieux contrôlée, les obstacles mieux abordés, les sauts mieux accompagnés. Je la sens si calme que j’oublie d’être angoissée. Enfin non ce n’est pas tout à fait vrai, je fais toujours mes parcours en apnée. Au bord de m’asphyxier à la fin. Sentiment de réussite sur moi-même, d’avoir enfin réalisé ce dont je n’étais pas capable depuis des mois. J’ai repris des forces, je me suis remusclée, et peut-être que tout cela commence à faire effet. Bien sûr je suis toujours un peu endormie assommée par les médicaments, mais ma force physique est revenue. Dos redressé, demis arrêts, encolure rééquilibrée. Enfin j’y arrive. Et je me sens formidablement heureuse de voir ma jument si détendue, si calme. Hier dans la carrière je la laissais galoper rênes longues. Et toujours cette fantastique sensation de liberté. Le soleil, le vent sur ma peau. Le soir je rentre rongée de coups de soleil, toutes mes taches de rousseur sont sorties, je n’attends que l’eau fraîche de la douche, et le parfum enivrant des crèmes et des laits de ma sœur - sa salle de bains comme une caverne aux mille parfums, les serviettes où l’on s’enroulait entièrement petits. Le soleil brûle sur et sous la peau, la fatigue arrache les muscles, et je sens la satisfaction des journées passées dehors, les journées de bonne fatigue. Je sens mon corps empli de sensations, et toute la journée suffisamment solide pour aller jusqu’au bout, garder mes forces, rester debout.

Catégories : Uncategorized

Les immédiates.

avril 26, 2008 · Un commentaire

O. près de moi, c’est immédiatement se situer en terrain connu et réciproque. C’est connaître par cœur les gestes et les attitudes de chacune, c’est se sourire devant les armes de séduction déployées. Nous sommes deux grandes expertes du désir : le désir qu’on suscite, le désir qu’on encourage, le désir qu’on devine, le désir qu’on ressent. Nous sommes deux idiotes amoureuses de la peau des garçons et des plus fous, toujours. Dans une cuisine très tard on partage nos désillusions et surtout la déception devant les garçons lâches. Il ne s’agit pas tout à fait de se raconter des histoires de filles en se vengeant sur les cookies encore chauds – mais plutôt de réfléchir ensemble et de mobiliser tous les matériaux, toutes les pistes utiles – appel à la littérature, à la psychanalyse, à mon parcours thérapeutique – pour trouver des façons d’avancer un peu plus sereinement. On rit autant qu’on laisse les larmes venir, très discrètement au bas de l’œil, on a la gorge serrée soudain et la voix tremblante, on est allées un peu loin, on a dit les choses un peu crûment, on a fait ressurgir des douleurs qu’on croyait évanouies. La force revient, de se savoir ensemble, alliées, dans les soirées on s’approche, on ne se quitte pas, on porte des pulls bleu électrique, de l’eye-liner et du rouge à lèvres, sans doute tout ça rend les garçons un peu jaloux, et c’est bien l’idée aussi de les rendre jaloux, de leur faire comprendre qu’ils ne nous auront pas, pas forcément, pas si ça ne vient pas aussi de nous – mais surtout nous sommes deux alliées, deux à la confiance absolue, deux sans jugements, deux amies – et son corps me rassure, et sa présence me rassure, et ses mots me rassurent.

Catégories : Uncategorized

My Prince Vladimir.

avril 25, 2008 · Pas de commentaire



Catégories : Uncategorized

De déception en déception, tenir.

avril 21, 2008 · Pas de commentaire

Solidité du discours, solidité des repères qui se mettent en place, solidité morale dans l’absolu - cette capacité à aller seule, souriante, heureuse et en vie - déjà je rencontre les difficultés qui émaillent le parcours de mes amis, j’essaie d’être là et rassurante, j’essaie d’être capable d’utiliser les mêmes armes que celles dont je me suis servie, je tente de faire la part des choses - ne la revois que si tu sais pour quel motif tu veux la voir - place toi en retrait, fais avancer ta vie, et ne t’effondre pas s’il n’est plus là - regarde ce qui peut exister entre vous, regarde si tout ne doit pas rester de l’ordre du désir et de la sensualité, ou bien ce qu’un amour construit peut être entre vous - et moi, moi j’évite de penser à mes propres histoires, j’évite de me rendre triste, je préfère ne pas regarder et ne pas m’apercevoir qu’il vient, qu’il s’en va, je préfère juste l’oublier si la relation ne peut pas exister. Je réfléchissais à la violence, la violence capable de s’extirper de moi, la violence que je sais tourner vers les autres - paroles violentes, regards assassins, son corps que j’avais martelé de coups rue des Saints Pères - ou la violence envers mon propre corps, surdose de médicaments et lame contre les poignets, cette violence il faut l’utiliser, il faut savoir la mobiliser et s’en servir pour se sortir de la difficulté, se sortir de la tristesse - je sais aujourd’hui que si je devais rebondir, si je devais changer la direction, m’éloigner, je saurais trouver l’élan et me servir de la violence pour ne pas revenir en arrière, pour m’écarter, me protéger. La force de me détourner et de ne pas être atteinte par les petites déceptions, les blessures infimes du quotidien, les attitudes inconcevables et méprisables des gens trop peu connus, et sans doute jamais connus, cette force est à l’intérieur de moi et me donne les moyens de toujours être là, de toujours être en vie, de toujours tenir le cap.

Catégories : Uncategorized

Son sourire rend la vie moins dégueulasse.

avril 17, 2008 · 2 commentaires

Cette chose que je préfère - c’est son regard clair qui croise le mien, son regard terriblement gentil et apaisant, son regard qui me laisse perplexe - c’est un garçon qui sourit sans rien sous-entendre, il sourit comme je souris, à tout va, à moi comme à une autre. Il semble tellement calme et réfléchi que sa présence suffit à apaiser les tensions. Il dirige une équipe de journalistes. Il répond aux interviews. Quel âge a-t-il, 30 ans je crois ? Et cette douceur de circuler dans la vie, cette intelligence discrète et tranquille - la situation est tendue, l’air est agressif, et pourtant son regard à lui me rassure, il va au-delà de toutes les confrontations, il exprime simplement la confiance dans la résolution des situations. L’air de dire : “ça n’est pas grave, on trouvera toujours l’issue, on trouvera à force de souplesse, il ne faut jamais s’inquiéter”. Lorsqu’on ressort de la grande salle agitée, l’un près de l’autre, on se regarde, on s’attend, on se sourit encore, et rien ne va plus loin, et rien ne doit aller plus loin, simplement j’aime la relation que j’ai avec lui, j’aime son sourire, et rien ne me plaît plus que ça, rien que le sourire des amis, des amants, des amours, rien que le sourire sincère qui ne cherche pas à séduire, mais qui dit une certaine douceur de la vie. Sourire pour rattraper les dégueulasseries de la vie.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , , ,

Jazz fusion.

avril 16, 2008 · 2 commentaires

QG du mois d’avril : la Tartine rue de Rivoli. En fausse aveyronnaise que je suis, j’y vais pour manger gésiers, magrets et foie gras, saint-nectaire, fourme et cantal. C’est peut-être l’un des plus beaux cafés Art Nouveau de Paris, avec son comptoir, ses miroirs, ses motifs organiques et ses lustres en corolle. Pas un plat aveyronnais ne manque à la carte. Une chanson de Reggiani passe entre deux titres plus récents, “votre fille a vingt ans, que le temps passe vite, hier encore elle était si jolie…”. C’est peut-être franchement bobo, il y a des Anglais aux tables d’à côté, et on est à deux pas du Marais - mais j’aime aller traîner dans ce quartier et parcourir ensuite, au hasard, les toutes petites rues derrière Beaubourg, Vieille du temple, Sainte Croix de la Bretonnerie. Bars gay, boucheries kasher, pubs obscurs et surtout : salles de jazz. Dans la rue des Lombards, entre le Duc, le Sunset/Sunside et le Baiser salé, mon coeur balance. A l’étage, la chaleur d’une salle minuscule où une trentaine de personnes viennent écouter les délires psychédéliques d’un bassiste de génie qui fait courir ses doigts comme les pattes d’une araignée sur le noir ébène - les mojitos sont chargés et il fait beaucoup trop chaud - échappée vers la rue ouverte, on rit, on dance sur des souffles et des battements, on admire la technicité des musiciens qui finalement perdent la simplicité de la musique, j’ai des bruits dans la tête mais pas de mélodies, les sons de la basse et du saxo.

Dans la nuit, et sans idée de l’heure, on danse encore, les voisins nous maudissent, de Maceo Parker à Prince en passant par Oscar Peterson, la musique qui ne s’arrête pas, chansons, connexions d’un univers à l’autre, on danse pieds nus sur le tapis comme des fous, et je ne connais rien de tout ça, il suffit de l’ouverture et de la curiosité, il suffit d’écouter et de partager des sensations, des impressions, seulement les mêmes événements vécus ensemble - et l’effondrement dans ses bras, contre son corps, sa peau, et tout cela ne dit rien de plus, tout cela ne dit rien de l’amour - je suis encore très loin de retomber amoureuse.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , ,

Berlin.

avril 14, 2008 · Un commentaire

Londres, New York - des villes que j’appréhende de façon évidente, des villes qui me parlent tout de suite, sans doute aussi parce que j’en comprends parfaitement la langue - Berlin me semble plus hermétique, moins déchiffrable, moins immédiate. Peut-être la pluie inlassable qui tambourine sur les pavés accentue encore la mélancolie de la ville. Berlin se vit plus qu’elle ne se visite. Ballottée d’un quartier à l’autre, d’un monument à l’autre, je ne trouve pas d’unité, pas de cohérence, tout se mélange et se superpose, les HLM soviétiques côtoient les palais allemands, l’ambassade de Russie étale ses 300 pièces, et partout surgissent des grues dont le mouvement ne cesse jamais. Les quartiers comme des îlots se laissent davantage saisir : j’aime Prenzlauer Berg et ses immeubles berlinois de couleurs, j’aime les Hackesche Höfe du quartier juif, j’aime la modernité de la Potsdamer Platz. A Berlin on aurait envie de prendre un vélo, de circuler le long de la Spree et de l’île aux musées, partout des boulangeries où l’on mange des brötchen, des parcs agréables où surprend le silence. C’est une ville d’étudiants, une ville facile à vivre, une ville où les cocktails coûtent 3 euros, une ville calme et pourtant mouvante, en transformation, tant connue pour les fameuses “nuits berlinoises”. Les opéras, les ballets, les concerts de rock et les galeries d’art contemporain font la richesse culturelle de la ville. Mais j’éviterais à tout prix de passer un hiver en dépression à Berlin : je garde des images grises, je garde en tête la pluie qui faisait ressembler Kreuzberg aux bas-fonds londoniens de la période Dickens, et puis partout se retrouve l’histoire douloureuse de la ville : je marche sur des pavés dorés qui symbolisent la mort des Juifs de Berlin, entre les stèles d’un labyrinthe de l’horreur, et devant les morceaux encore debout du mur. Je me sens grave, je n’ai pas envie de rire devant ça, et pourtant les touristes passent, inconscients, idiots, amusés, ils prennent des photos, ils courent dans le labyrinthe, ils réclament même un tampon de leur passage de l’Ouest vers l’Est. Ont-ils seulement compris ce que représentait cette frontière pour aller voir un ami ? Quelque chose me dégoûte. Quelque chose me fait me sentir mal à l’aise.

Toutes ces choses que je découvre avec Mathilde, ce sont encore celles qui viennent nourrir le cœur, celles qui nourrissent les rêves et les désirs, celles qui donnent des projets et des envies. J’ai rencontré une jeune Allemande avec qui on a préparé au petit déjeuner des pancakes à la banane. J’ai ri la nuit dans un bar de Prenzlauer à force de draguer les beaux gosses allemands, de leur lancer de grands regards de défi tout en parlant très ouvertement d’eux - en français - et puis finalement c’est avec Mehdi et Lido que nous avons raconté le plus de bêtises. Sur les marches devant l’East Side Galerie, au bord de la Spree, nous étions assises Mathilde et moi à regarder je ne sais quoi, un instant il a fait plus chaud, l’une près de l’autre, au soleil, douceur de se sentir ensemble. Mes bras pour la serrer contre moi. Enfin je connaissais sa ville, celle qui nous avait séparées, celle que nous parcourons un an plus tard sûres de notre amitié.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , ,

Le refuge en moi.

avril 14, 2008 · Un commentaire

A l’intérieur de moi cette cave qui se creuse ; une cavité qui devient plus profonde, plus ancrée, plus sûre, plus protégée. Corps de vent, corps de paille, corps qui passait et se faisait détruire dès qu’on plongeait un peu la main au travers. Maintenant j’ai l’impression que des parois existent. Que des murs se dressent pour me protéger de l’extériorité. A chaque instant, il y a un endroit où se replier, se réfugier : cet espace en moi qui se calfeutre, se renforce, s’épaissit. Je ne dis plus que tel endroit est un refuge, que telle amie sera toujours là pour écouter ma mélancolie. Je sais que lorsque les irritations et les déceptions surgissent, il existe cet espace intérieur, vers lequel on se tourne, pour espérer réfléchir un peu, redevenir sereine, trouver des apaisements. Je parle de corps mais c’est dans l’esprit que se jouent ces choses-là : mon corps, on sait bien qu’il est un peu fragile, un peu léger, mais il y a cette force qui creuse, qui prend racine, qui se développe, il y a chaque jour des étapes franchies, des pas accomplis, et l’esprit plus solide, plus indépendant. Caverne intérieure et secrète, personne ne pénètre, je donne des bribes et je me confie parfois, ces alliés en qui j’ai confiance, mais tant de gens aussi mis à distance, ceux qui ne méritent pas l’acharnement, ceux qui ne méritent pas le déploiement des efforts, ceux qui tout simplement ne font pas fonctionner l’échange, l’écoute et le respect.

Je tourne des pages, je délaisse certaines personnes, je renonce aux efforts quand simplement les signes ne concordent pas - j’apprends à accepter que les volontés n’aillent pas dans le même sens, j’apprends qu’on ne connaît jamais les gens, j’apprends que les aimer ne permet pas de donner prise sur eux, ni même d’ouvrir une porte de la compréhension. J’ai aimé des types que je ne connaissais pas. J’ai cru que certaines personnes, inconnues, pouvaient être des amies. J’ai livré une intimité qui aurait dû rester strictement privée, sur un précédent blog ou à des personnes que je connaissais à peine. J’ai été tellement généreuse, ouverte et sincère que je me suis déchiré le cœur. Quand la chair est à l’air libre, quand on expose cette chair pour la sentir vibrer, pour la donner à voir, pour dire “voilà, je suis ça, prenez-moi telle quelle, prenez-moi entière, intègre et sincère” - on repart blessée à vif, écorchée dans la chair profonde, mise à nu et violée.

La peau sur la chair se reconstruit, tout cicatrise, la nouvelle peau est plus résistante, plus épaisse, moins rouge et plus blanche - comme la vie qui passe, moins violente, moins rouge, et plus souple, plus calme, plus apaisée, plus blanche. Dans le hors-série du Mag littéraire sur “la pensée 68″ (hors-série à ne pas acheter), il y a la photo étonnante d’un vieil homme qui regarde un peu ahuri un slogan dessiné sur un mur de Paris : “jouir sans entraves”. Je ne veux pas jouir sans entraves. Je ne veux pas me situer perpétuellement dans la jouissance. Oui je veux des temps morts, des moments de retrait, je veux être tranquille et seule parfois, je ne veux rien d’extravagant ni de sublime. Je veux moins de spontanéité et d’immédiateté. Je veux juste laisser les choses arriver, lentement, calmement, sans appréhension, sans euphorie exagérée, je veux prendre le recul utile devant chaque événement. Et m’engager sans crainte dans ce qui véritablement en vaudra la peine.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , ,

Le corps en mille morceaux.

avril 6, 2008 · Un commentaire

Est-ce que j’ai le corps trop fin, est-ce que mes cuisses manquent de chair, est-ce que mes bras manquent de muscles, est-ce que je n’ai pas la force nécessaire pour monter ma propre jument ? Je regarde les autres la monter, et moi on me dit que je dois reprendre confiance avec d’autres chevaux, on me répète qu’il faut que je travaille beaucoup mais tout à la fois que je dois me “ménager”. Reprendre des forces. Mais mes forces sont là. Je ne peux pas me forcer à manger davantage. Je ne peux pas faire plus que d’aller courir la semaine. Je voudrais monter chaque jour ma jument, mais je m’en sens à peine à la hauteur. On me dit d’aller mieux, mais je suis heureuse comme je ne l’ai pas été depuis bien trop longtemps, et puis s’ils savaient que je ne suis restée en vie que pour elle, que je ne sortais de sous mes draps le week-end que pour aller glisser mes doigts dans la crinière de ma jument. Je voudrais être capable de résister comme les garçons résistent, je voudrais que mon corps tienne la route, je voudrais être aussi solide qu’eux. Mais de gros hématomes violets me barre la cuisse. Mon épaule est luxée. Il faut que j’apprenne à laisser passer le temps pour retrouver les sensations d’avant. Lorsqu’on a dû se tenir éloignée pendant des mois, on ne peut pas revenir au même niveau qu’avant. Cette patience là aussi, il faut l’apprendre.

Catégories : Uncategorized

La nuit inexprimable.

avril 6, 2008 · Un commentaire

J’arrive dans un endroit que je ne connais pas, sans la moindre appréhension - qui sera là, quels âges auront-ils, quelles nationalités, quel humour, quelles passions, mais rien ne m’effraie puisque je me sens heureuse, confiante, enthousiaste, et d’autant plus lorsque c’est elle que je rejoins. Il existe une telle sérénité à être l’une près de l’autre, une telle ressemblance et une telle connaissance de ce que chacune est - ce sont ces gestes que je connais, la main à travers les cheveux de jais, sa gorge renversée, ce sont les attitudes qui séduisent mais aussi celles qui enferment dans ce rôle de femme fatalement irrésistible - mais cela compte si peu, si peu par rapport aux conversations partagées, aux musiques écoutées, aux verres de vin goûtés, aux mouvements dansés - cette densité de la vie.

Les garçons frappent sur des percussions, Mister B fait courir ses doigts sur le piano et les filles dansent, pieds nus sur les tapis persans, et parfois les conversations à l’écart, corps esprit et neurosciences abordés, préjugés sur le Japon éclatés, voyage de la Crète à la Sicile en passant par la Sardaigne de Mandiargues, balade dans le musée Gustave Moreau et le manuscrit d’A rebours - et assis en tailleur dans le salon, on fume autour de bougies en écoutant Portishead, “Glory Box” tellement éthérée et d’un seul coup l’image des nuits de Toscane, Liv Tyler entourée de garçons italiens qui fument, qui rient, qui cherchent les bouches des filles - et cette nuit de la même façon les filles passent des bras de l’un à ceux de l’autre, les regards se sourient, ces garçons ce refuge, et toujours me glisser entre les bras d’O. et tenir sa main pour savoir qu’il n’arrivera rien, que tout est protection tant qu’on ne s’expose pas trop.

Et puis il y a son corps à lui, très blanc, fuselé, son corps qui me fait danser, ses mains qui cherchent ma peau, sa bouche, ses lèvres, et lorsqu’il m’abat sur le lit, je ne résiste pas, je souris seulement, tout est de l’ordre du jeu et de la tendresse mêlés à la séduction et à la sensualité - sans aller plus loin, sans brûler les étapes, en apprenant à me protéger, simplement je laisse nos visages se rapprocher, et je pose mes mains sur ses épaules lorsqu’il joue du piano, et il se glisse près de moi pour m’entourer lorsque je murmure à J. des secrets sur les falaises de la Sicile. Nuit inouïe, nuit évanouie, nuit que je voudrais revivre, rêve éveillé rongé par la sensualité.

Catégories : Uncategorized