Je crois que je resterais des heures avec Noroise en liberté. Il fait froid, j’ai enfilé un polo trop grand qui n’est sans doute pas à moi et le gilet zippé de ma soeur, rien d’autre. Je pose mes mains sur son encolure pour les réchauffer. Elle s’éloigne en se secouant. Ses muscles se dessinent à chaque pas. Son dos a forci, son encolure est épaisse, les muscles abdominaux sont saillants. Parfois je trouve utile d’avoir appris par coeur l’ossature et la musculature des chevaux, je sais mettre des mots sur l’os qui pointe ou le muscle qui se soulève. Les chevaux palomino du pré d’à côté la rendent excitée : elle se redresse, elle frappe le sol du pied, fulmine en écartant les naseaux, relève la queue. Elle se tient droite, fière, la tête très haute, et elle cherche à impressionner - qui, on ne sait pas vraiment. Lorsque je fais semblant de m’approcher, elle se cabre, lance des ruades, part au grand galop au risque de glisser. Elle est tellement jument. Tellement fière, excitée et énervée. Elle est un peu trop intelligente pour qu’on veuille agir avec elle par la ruse. Il faut gagner sa confiance. Il faut se parler. Ecouter les secrets qu’elle murmure entre ses lèvres blanches d’écume. Il faut l’appeler par son nom jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter devant moi. Ses yeux doux, intelligents, et sa tête baissée pour les caresses. Je sais bien pourquoi c’est celle là qui m’avait plu. Je sais bien pourquoi j’ai demandé à faire le débourrage de cette pouliche. Je sais aujourd’hui que nos caractères sont identiques.
Je parlais de poésie du cheval, parce qu’il existe une esthétique de l’équitation, du mouvement équin et de la discipline équestre. Sans connaître cela, on ne peut pas comprendre l’intérêt à regarder pendant des heures une jument en liberté. Mouvement du corps du cheval, énergie, puissance, fougue. Tout ce vocabulaire de l’équitation qui me fascine. Mots qui expriment la discipline nécessaire pour parvenir à la souplesse et à la légèreté : impulsion, rassemblement, mise sur la main, jambe de position, incurvation, assiette, dos droit, voltes et doublés et contre-changements de main. La sensation extraordinaire samedi soir des pas de côté fluides et déliés, sans perdre la moindre impulsion, le croisement des membres sous ma selle et ma jument en place. Nous y étions enfin. Nous étions ensemble pour quelques pas de côté.
Cette poésie je l’ai trouvée d’abord dans les romans de Mary O’Hara, Flicka, “la petite fille” en suédois, et son magnifique poulain blanc né dans les montagnes, Thunderhead. Et puis dans les livres de Jérôme Garcin, La Chute de cheval. La même poésie dans les spectacles de Bartabas, et surtout dans les peintures de Géricault et Delacroix. Lorsque je n’ai plus la moindre certitude, lorsque je suis obligée de fuir mes parents, mes alliés et mes amis - je n’ai strictement que ce refuge là. Et sans doute c’est déjà inouï.



2 réponses so far ↓
Norkhat // mars 25, 2008 à 5:48
un cheval dans le brouillard
http://khazarvideo.canalblog.com/archives/2008/03/13/8315448.html
ouranos // juillet 1, 2008 à 6:26
c bien mé c tro lon pour une poésie !
g mi 15min à la lire (en respectan la ponuation)
( et je sui la meilleure de la classe (6em) en lecture)
Apporter un Commentaire