.. aglae ex time ..

Gin tonic.

mars 22, 2008 · 5 commentaires

Lorsque j’arrive et qu’il me reconnaît, il sourit, il semble heureux de ma présence, il a des mots doux. Et puis la soirée s’écoule, lente, sans grand intérêt, quelques rires, quelques cocktails - lui m’a oubliée. Il passe, ne me voit plus, et je ne me rends plus malade pour ça. Je comprends simplement, déçue et résignée, que les gens ne changent pas. Si la volonté de changement n’est pas la leur, elle n’existe pas. Trois années à se fréquenter, se croiser, de façon très aléatoire, souvent imprévue. Parfois ce n’était qu’un email, qui recevait une réponse un mois plus tard ; parfois c’était des nuits de pleurs, de cris et et de coups, qui se terminaient à le rassurer, petit garçon aux yeux mouillés conscient de sa médiocrité, en passant mes mains sur son visage, en le laissant se reposer contre moi. Tout était égal. L’attention, la tendresse, le dévouement. Ca ne comptait pas. Rien n’a jamais compté. Je cherche encore les raisons. Je cherche encore à expliquer pourquoi je me suis mise un jour en tête de le sauver. Pourquoi j’ai tant voulu le protéger de lui-même. On n’empêche personne de se détruire.

Il y a quelques jours, quelques semaines, il n’a presque pas remarqué ma présence. Je l’ai délaissé, j’ai préféré rire avec d’autres. Et puis entre deux rires et un gin tonic, parler de Descartes et de Spinoza. Dieu que j’aime ces garçons qui ont tout à m’apprendre aussi bien en philo qu’en rugby. Mais la déception était là, acceptée, connue par avance : il ne change pas. Il reproduit sans cesse, sans cesse, sans cesse les mêmes attitudes d’enfant égoïste, d’enfant fou, de type prêt à affronter la mort à chaque coin de rue. J’ai beau trouvé triste de devoir se confronter au corps de l’autre pour se sentir exister - je ne peux rien changer. Je dois accepter que le garçon auquel je tiens se détruise. Je dois accepter mon impuissance face à quelqu’un qui a dit : “Non, tu ne dois pas m’aider. Je refuse ton aide. Je n’ai pas besoin de ton aide, ni de celle de personne”. Alors je le regarde brûler sa vie, son ennui, son angoisse. Et je n’ai pas mon mot à dire.

Nous essayons de nous voir bientôt. C’est très compliqué quand cinq minutes au téléphone sont déjà l’occasion d’incompréhensions et d’affrontements. Je crois que nous ne savons pas communiquer. Je crois que je ne comprends rien à cette relation. Et puis parfois je me demande pourquoi je tiens encore à lui, pourquoi le dégoût et le mépris n’ont pas tout emporté, pourquoi même je m’attache à un garçon qui ne veut pas de moi. Eh bien je n’ai rien à lui reprocher. Je peux me reprocher ma cécité, ma passion, mon engouement disproportionné. Mais je regarde, je regarde ces six mois passés à nourrir seule une passion sans retour. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun mensonge de sa part. Je ne me souviens que de son extraordinaire franchise, celle qui me blessait, celle qui m’endurcissait. “Est-ce que tu m’aimes ? - Non je ne t’aime pas. Je ne t’aime jamais. Être bien ensemble la nuit ne signifie rien de plus”. Oui mais les choses étaient claires, carrées, droites. Insupportables et douloureuses. Mais je ne pouvais pas formuler de reproche envers la sincérité que ce garçon me donnait. Aujourd’hui, c’est peut-être la chose la plus importante. Ne pas avoir menti sur nos sentiments. Avoir eu le courage de ne jamais laisser l’autre dans des illusions qui anéantissent. J’ai littéralement appris la désillusion. Mais j’ai surtout retenu l’honnêteté. Et il n’y a pas de transigeance possible sur cela.

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5 réponses so far ↓

  • dgrv // mars 23, 2008 à 5:48

    En effet, le jour où l’on réalise pleinement qu’on est totalement impuissants quand quelqu’un ne veut pas de notre aide, il faut du temps pour s’y faire.

    C’est la vie. Chacun est maître de son destin. Il peut se détruire s’il veut. Rien au monde ne pourra le sauver. Pas de lui-même. Comme dit Grand Corps Malade, la détresse n’a pas de conversation. Elle ne fait que se parler à elle-même. Elle ne parle à personne d’autre.

    Prend soin de toi.

  • reinedespommes // mars 24, 2008 à 5:29

    Aglae, la vraie question est : pourquoi s’acharner à vouloir sauver l’autre.
    J’ai usé mon énergie à vouloir en faire autant, et pas avec un seul, avec plusieurs ! … pour réaliser, au bout de 20 ans, qu’en pansant leurs blessures, je n’avais pas à m’occuper des miennes.
    Attirer et être attirée par des chiens perdus n’est pas un hasard.
    Pomme

  • aglae // mars 24, 2008 à 5:54

    Parce que quand on tient à l’autre, on ne supporte pas de le voir se détruire. Mais comme j’écrivais, on ne peut pas aller contre cette volonté. Il faut alors savoir renoncer.

  • reinedespommes // mars 25, 2008 à 6:57

    Aglae,
    Je tenais beaucoup à ces “chiens perdus”, je les aimais pour certains.
    On ne peut empêcher quelqu’un de suivre un chemin, c’est peut être quand il est au bout, ou quand il a décidé de faire demi tour, qu’il pourra entendre. Avant, c’est impossible.
    L’inconscient est individuel et nous mène sur nos chemins.
    Renoncer est déjà un grand pas, car on peut y laisser beaucoup d’énergie à lutter ainsi contre la volonté d’un autre.
    N’empêche qu’il est important de savoir pourquoi nos chemins croisent ces pauvres paumés de l’existence !
    Pomme

  • aglae // mars 25, 2008 à 7:09

    C’est au programme de la séance de psy aujourd’hui…

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