A la longue table de la cantine, il y a six garçons autour de moi - des informaticiens, des chefs de produit, un rédac chef. C’est au début perturbant, je joue le rôle de l’intrus. Et puis la différence s’estompe, en évoquant les sites récemment lancés, les pure players que sont Rue 89 et Mediapart - je parle serveurs Apache, modèles économiques sur internet et indépendance journalistique. Ils oublient tout autant que moi que je suis la jeune femme entourée d’une brochette de types âgés de 20 à 40 ans. Non, je ne suis plus que la fille qui bosse comme eux et avec eux. La dissipation des genres me soulage. Le langage informatique et l’humour ne sont pas des caractéristiques exclusivement masculines. Il faut un jour montrer cette capacité à s’adapter, à s’extirper des attitudes ultra féminines - pour voir apparaître des relations un peu plus franches. Je suis la petite nouvelle, on me tâte, on me teste (on me tente). Souvent, s’ils savaient comme je me sens pourtant plus proche des garçons. Je suis la première à sourire des attitudes de Valentine, à déjouer les poses féminines. L’équipe de foot sera bientôt créée ? Je veux en être. Bon, pas vraiment pour courir derrière le ballon que je risque de ne jamais toucher, mais pour courir tout court et surtout pour être avec eux, créer des liens différents de ceux du quotidien autour de nos ordinateurs. Lorsqu’on commence à s’envoyer des vannes, je sais que je suis un peu plus proche d’eux. Ces relations simples entre eux et moi, c’est un point de départ pour accepter de m’intéresser à nouveau aux garçons. Pour oser croire qu’ils ne sont pas tous à l’origine de blessures profondes. Aller faire du foot pour retrouver confiance. Moi, avec mes talons aiguilles et mes jupes bien droites. Je déconstruis l’image ultra féminine. J’accepte en moi la part masculine. Je prends aussi soudain conscience de ma violence, de la force qui sommeille et que sans doute la colère pourrait déclencher - à l’école c’était plutôt les garçons qui se bagarraient, mais j’aurais aimé avoir le droit d’utiliser mes poings, moi aussi. Il est encore temps. Je crois qu’un jour la violence devra ressortir de mon corps au travers des coups lancés contre le visage de celui qui m’a blessée.
“Tu rejoins notre équipe de foot ?”
mars 19, 2008 · Un commentaire
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Taggé: féminin, masculin, violence, garçons



1 response so far ↓
Norkhat // mars 19, 2008 à 9:45
gotta kick some balls !
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