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Entrée de mars 2008

New York City.

mars 29, 2008 · Un commentaire

Le mois dernier, à New York, j’étais seule dans la ville immense et l’éloignement, le voyage et le dépaysement me soignaient. A l’intérieur j’étais sans doute assez peu apaisée ; mais j’étais redevenue suffisamment disponible pour m’ouvrir vers l’extérieur et l’inconnu. Pendant quelques jours, ne laisser me pénétrer que les sensations nouvelles : immensité, hauteur, perte au travers de la ville, abrutissement à force de marcher, curiosité, émerveillement, lumière à travers les yeux et froid au visage. Dans la tempête de neige avec Guillermo nous avons traversé tout le Village pour aller manger des pizzas gargantuesques. Au retour dans une boutique d’affiches, j’ai trouvé des photographies du Mépris qui sont accrochées aujourd’hui sur les murs blancs de ma chambre, des affiches de Bullitt et celle de Lolita, version Kubrick 1962. Le vendeur avait un accent de Brooklyn que je comprenais intuitivement ; d’origines marocaine et brésilienne, il nous racontait Casablanca et la maison de la famille – “mon frère, je te laisse les clés, tu emmènes ta fiancée” – , Rio et le portugais. On a traduit nos trois prénoms en français, en espagnol et en portugais.

Des rencontres aussi fabuleuses il y en a eu souvent à New York : Mounir et Thilo m’ont fait visiter Columbia, ses immenses bibliothèques qui reproduisent les temples grecs et se réclament de Socrate et Platon, le bâtiment associatif d’un luxe que ne connaît aucune université française. Avec P. je me suis confiée, j’ai trouvé une alliée – je crois – et autour d’un thé, d’oeufs et de saumon j’ai été un peu rassurée, je doutais moins de ma folie. Marcher dans la ville pour avancer, faire défiler le temps, mettre de la distance entre le passé et moi.

Dans Central Park il n’y avait plus de neige, mais partout des fous de jogging et des dog-sitters, j’ai voulu en sortant du Met traverser le parc de long en large, presque en ligne droite – je me suis totalement perdue, j’ai mis une heure à finalement arriver de l’autre côté, et je crois que ça m’amusait beaucoup. Art moderne et contemporain à la folie, ça ennuie mes parents, ça passionne ma soeur et moi – du MOMA au Guggenheim en passant par l’International Center of Photography. J’adore les restaurants aux Etats-Unis, puisqu’en quelques jours j’aurai mangé hongrois, japonais, mexicain, italien. Jour ou nuit, je me suis sentie revivre, depuis quand est-ce que je n’avais pas senti ça ? Très brièvement à Londres, quelques semaines auparavant, et sans doute avec Noroise. Autrement, la peau, le corps, la confrontation violente au monde, c’était quand ? Je me réveille aujourd’hui. J’ai passé un long moment en retrait, ou en hibernation. Pendant six mois, je n’ai pas vécu. Et qui n’est pas passé à travers ça ne saura jamais à quel point on peut soi-même refuser la vie, se tenir en dehors de sa propre vie. Je n’ai plus envie d’en parler, plus en ce moment, je me sens redevenir heureuse. Mais bientôt je repenserai à la dépression, j’aurai la force de regarder cette aberration en face : nier la vie parce qu’un garçon m’avait niée. Ecrit comme ça, ça semble inacceptable, inconcevable ? A moi aussi. Aujourd’hui. Il y a quelques mois, j’avais mis ma vie entre ses mains et il avait serré. Serré, broyé, compressé, vidé.

J’ai repris vie à New York, mes poumons se sont regonflés, et j’ai souvent ri autour de cafés, dans les musées, avec des étrangers. J’ai traîné mon corps trop fin dans les boutiques de fringues et j’ai joué à la fille : acheté des robes, essayé des trucs que je n’aurais jamais portés, enfilé des lunettes de soleil à la Britney Spears. M’autoriser à être légère, à m’occuper de moi, à me regarder : femme, seule, indépendante, libre, heureuse.

On se relève. On reprend vie. On s’enfuit et puis :

la vie.

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La colère.

mars 28, 2008 · 5 commentaires

Être confrontée à la colère sans savoir comment s’en extirper. Je ne supporte pas d’être le contenant, le support de la colère. Je n’aime pas ressentir la colère qui m’anime et me dépasse. Je ne la contrôle pas. Et puis je sais que la colère n’a pas d’issue, qu’elle n’apporte ni solution, ni soulagement. Si encore je me sentais mieux après le passage de la colère. Mais il ne reste que l’épuisement, la défaite, le sentiment d’inutilité.

J’ai trouvé la parade. Il faut que je sache pourquoi j’entre dans la colère. Non pas pour quelles raisons – les raisons de ma colère, je les connais, trahison, mensonges, manipulation, perversité – mais pourquoi je cède à la colère. Pourquoi je tombe vers cet état là. Il y aurait mille autres façons de réagir, de l’indifférence au mépris en passant par le dégoût – pourquoi est-ce que je succombe à la colère ? Lorsqu’elle s’amorce, je préfère désormais la questionner, l’interroger, l’analyser – la rapporter vers moi plutôt que la concentrer vers lui. Pourquoi la colère ? Pourquoi cette incapacité à évacuer le problème, à l’oublier, à en faire abstraction ? Chaque sentiment devient le moyen de se connaître. Chaque réaction peut être analysée et me faire comprendre plus de choses sur moi. Et cela me fascine. Et cela m’intéresse mille fois plus que la colère infernale, incontrôlable et stérile. Depuis je ne me mets plus en colère. Ou, si je sens la colère venir, je pense immédiatement à l’inutilité de la démarche, à d’autres façons de me sentir sereine, à ce qui réellement va me construire. On passe à autre chose et on coupe les ponts sous le coup de la colère – autrement, comment trouver le courage ? – mais on ne construit pas sur la colère. Il faut surtout, surtout, beaucoup d’indifférence. Il faut laisser derrière soi des situations qui ne peuvent pas être rejouées, si douloureuses qu’elles soient. Il faut avoir l’impression de rendre les armes. Le secret, c’est qu’on ne baisse nullement les bras : on devient seulement plus lointain, plus autonome, plus attaché à sa propre intégrité qu’à l’image que l’autre a voulu renvoyer de nous.

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Le concert de Jérôme.

mars 26, 2008 · Un commentaire

Le Réservoir est une petite salle au décor d’enfance, cheval en bois et peintures florales dans une lumière douce, fréquenté par une population hautement branchouille. Je n’ai jamais vu Jérôme en concert que dans cette salle. Fauteuils, cocktails hors de prix, faune étrange accoudée au bar plutôt que de venir s’asseoir face à la scène. Au bout du compte on finit par se sentir “à la maison”. Les mêmes chansons, belles, violentes, poétiques, l’humour rare et précieux, les gestes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Ma colère s’en va en écoutant celle de Jérôme, mon désespoir rencontre son écho lorsque que la chanson interroge “qui de valable dans cette vie ?”, et puis non moi non plus “je ne supporterais pas que tu en aimes un autre/c’est impossible d’aimer quelqu’un d’autre/c’est une trahison”. A l’automne j’avais pleuré tout au long du concert. Chaque mot me retournait le coeur. Tout appelait mon amour disparu. Ce soir je me sens sortie de ma propre douleur, ouverte vers l’infini que fait surgir chaque chanson. La musique est là, mélodie agressive, guitare géniale de Matthieu Zazzo diablement sexy. J’aime la voix de Mareva nouée à celle de Jérôme.

C’est le lieu du refuge, entourée de mes très belles superbes éclatantes, nous sommes deux blondes et deux brunes, sensibilité à fleur de peau, la vie qui immensément nous traverse le corps, et je me vois rire, la peau souple et heureuse, je sens l’énergie qui me traverse, celle des mélodies rock qui m’électrifient comme des réminiscences musicales de Joy Division, je sais que je suis : en vie, heureuse, seule, sereine, indépendante, solide.

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La poésie du cheval.

mars 24, 2008 · 4 commentaires

Je crois que je resterais des heures avec Noroise en liberté. Il fait froid, j’ai enfilé un polo trop grand qui n’est sans doute pas à moi et le gilet zippé de ma soeur, rien d’autre. Je pose mes mains sur son encolure pour les réchauffer. Elle s’éloigne en se secouant. Ses muscles se dessinent à chaque pas. Son dos a forci, son encolure est épaisse, les muscles abdominaux sont saillants. Parfois je trouve utile d’avoir appris par coeur l’ossature et la musculature des chevaux, je sais mettre des mots sur l’os qui pointe ou le muscle qui se soulève. Les chevaux palomino du pré d’à côté la rendent excitée : elle se redresse, elle frappe le sol du pied, fulmine en écartant les naseaux, relève la queue. Elle se tient droite, fière, la tête très haute, et elle cherche à impressionner – qui, on ne sait pas vraiment. Lorsque je fais semblant de m’approcher, elle se cabre, lance des ruades, part au grand galop au risque de glisser. Elle est tellement jument. Tellement fière, excitée et énervée. Elle est un peu trop intelligente pour qu’on veuille agir avec elle par la ruse. Il faut gagner sa confiance. Il faut se parler. Ecouter les secrets qu’elle murmure entre ses lèvres blanches d’écume. Il faut l’appeler par son nom jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter devant moi. Ses yeux doux, intelligents, et sa tête baissée pour les caresses. Je sais bien pourquoi c’est celle là qui m’avait plu. Je sais bien pourquoi j’ai demandé à faire le débourrage de cette pouliche. Je sais aujourd’hui que nos caractères sont identiques.

Je parlais de poésie du cheval, parce qu’il existe une esthétique de l’équitation, du mouvement équin et de la discipline équestre. Sans connaître cela, on ne peut pas comprendre l’intérêt à regarder pendant des heures une jument en liberté. Mouvement du corps du cheval, énergie, puissance, fougue. Tout ce vocabulaire de l’équitation qui me fascine. Mots qui expriment la discipline nécessaire pour parvenir à la souplesse et à la légèreté : impulsion, rassemblement, mise sur la main, jambe de position, incurvation, assiette, dos droit, voltes et doublés et contre-changements de main. La sensation extraordinaire samedi soir des pas de côté fluides et déliés, sans perdre la moindre impulsion, le croisement des membres sous ma selle et ma jument en place. Nous y étions enfin. Nous étions ensemble pour quelques pas de côté.

Cette poésie je l’ai trouvée d’abord dans les romans de Mary O’Hara, Flicka, “la petite fille” en suédois, et son magnifique poulain blanc né dans les montagnes, Thunderhead. Et puis dans les livres de Jérôme Garcin, La Chute de cheval. La même poésie dans les spectacles de Bartabas, et surtout dans les peintures de Géricault et Delacroix. Lorsque je n’ai plus la moindre certitude, lorsque je suis obligée de fuir mes parents, mes alliés et mes amis – je n’ai strictement que ce refuge là. Et sans doute c’est déjà inouï.

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Gin tonic.

mars 22, 2008 · 5 commentaires

Lorsque j’arrive et qu’il me reconnaît, il sourit, il semble heureux de ma présence, il a des mots doux. Et puis la soirée s’écoule, lente, sans grand intérêt, quelques rires, quelques cocktails – lui m’a oubliée. Il passe, ne me voit plus, et je ne me rends plus malade pour ça. Je comprends simplement, déçue et résignée, que les gens ne changent pas. Si la volonté de changement n’est pas la leur, elle n’existe pas. Trois années à se fréquenter, se croiser, de façon très aléatoire, souvent imprévue. Parfois ce n’était qu’un email, qui recevait une réponse un mois plus tard ; parfois c’était des nuits de pleurs, de cris et et de coups, qui se terminaient à le rassurer, petit garçon aux yeux mouillés conscient de sa médiocrité, en passant mes mains sur son visage, en le laissant se reposer contre moi. Tout était égal. L’attention, la tendresse, le dévouement. Ca ne comptait pas. Rien n’a jamais compté. Je cherche encore les raisons. Je cherche encore à expliquer pourquoi je me suis mise un jour en tête de le sauver. Pourquoi j’ai tant voulu le protéger de lui-même. On n’empêche personne de se détruire.

Il y a quelques jours, quelques semaines, il n’a presque pas remarqué ma présence. Je l’ai délaissé, j’ai préféré rire avec d’autres. Et puis entre deux rires et un gin tonic, parler de Descartes et de Spinoza. Dieu que j’aime ces garçons qui ont tout à m’apprendre aussi bien en philo qu’en rugby. Mais la déception était là, acceptée, connue par avance : il ne change pas. Il reproduit sans cesse, sans cesse, sans cesse les mêmes attitudes d’enfant égoïste, d’enfant fou, de type prêt à affronter la mort à chaque coin de rue. J’ai beau trouvé triste de devoir se confronter au corps de l’autre pour se sentir exister – je ne peux rien changer. Je dois accepter que le garçon auquel je tiens se détruise. Je dois accepter mon impuissance face à quelqu’un qui a dit : “Non, tu ne dois pas m’aider. Je refuse ton aide. Je n’ai pas besoin de ton aide, ni de celle de personne”. Alors je le regarde brûler sa vie, son ennui, son angoisse. Et je n’ai pas mon mot à dire.

Nous essayons de nous voir bientôt. C’est très compliqué quand cinq minutes au téléphone sont déjà l’occasion d’incompréhensions et d’affrontements. Je crois que nous ne savons pas communiquer. Je crois que je ne comprends rien à cette relation. Et puis parfois je me demande pourquoi je tiens encore à lui, pourquoi le dégoût et le mépris n’ont pas tout emporté, pourquoi même je m’attache à un garçon qui ne veut pas de moi. Eh bien je n’ai rien à lui reprocher. Je peux me reprocher ma cécité, ma passion, mon engouement disproportionné. Mais je regarde, je regarde ces six mois passés à nourrir seule une passion sans retour. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun mensonge de sa part. Je ne me souviens que de son extraordinaire franchise, celle qui me blessait, celle qui m’endurcissait. “Est-ce que tu m’aimes ? – Non je ne t’aime pas. Je ne t’aime jamais. Être bien ensemble la nuit ne signifie rien de plus”. Oui mais les choses étaient claires, carrées, droites. Insupportables et douloureuses. Mais je ne pouvais pas formuler de reproche envers la sincérité que ce garçon me donnait. Aujourd’hui, c’est peut-être la chose la plus importante. Ne pas avoir menti sur nos sentiments. Avoir eu le courage de ne jamais laisser l’autre dans des illusions qui anéantissent. J’ai littéralement appris la désillusion. Mais j’ai surtout retenu l’honnêteté. Et il n’y a pas de transigeance possible sur cela.

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Brune.

mars 19, 2008 · 2 commentaires

Corps. Peau blanche. Lèvres rouges. Visage très clair, les yeux d’eau, les cheveux presque blonds. Hier je suis partie en oubliant d’appliquer le khôl sous mes yeux. Dans la glace j’ai découvert le visage que je vois rarement, le visage sans maquillage, sous la lumière blafarde de l’ascenseur. Je me sentais à découvert, je me sentais livrée, accessible, ouverte, sans protection. C’est absurde. J’étais protégée. Protégée par ce que je suis, protégée par mon identité, par mes choix, protégée parce que je décide de l’être – le mascara et le crayon n’y font rien. Apprendre à se montrer dénuée des artifices mais solide, entière, indépendante, protégée par moi-même ! Être sans khôl ne m’a pas empêchée de rire, rire souvent, le visage nu, le visage qui est celui du réveil, la peau lisse, les cheveux clairs si clairs. Je crois bien que dans quelques jours vous allez me retrouver brune. Et ça ne voudra rien dire du tout, et ça ne sera pas une façon différente de transformer mon image. D’en jouer, peut-être. Mais avec la conscience de l’endroit où se passe la protection. Là, très profond, en moi, dans la poitrine, derrière l’étouffement qui vient encore parfois, pleurs refoulés parce qu’il ne faut surtout plus pleurer.

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“Tu rejoins notre équipe de foot ?”

mars 19, 2008 · Un commentaire

A la longue table de la cantine, il y a six garçons autour de moi – des informaticiens, des chefs de produit, un rédac chef. C’est au début perturbant, je joue le rôle de l’intrus. Et puis la différence s’estompe, en évoquant les sites récemment lancés, les pure players que sont Rue 89 et Mediapart – je parle serveurs Apache, modèles économiques sur internet et indépendance journalistique. Ils oublient tout autant que moi que je suis la jeune femme entourée d’une brochette de types âgés de 20 à 40 ans. Non, je ne suis plus que la fille qui bosse comme eux et avec eux. La dissipation des genres me soulage. Le langage informatique et l’humour ne sont pas des caractéristiques exclusivement masculines. Il faut un jour montrer cette capacité à s’adapter, à s’extirper des attitudes ultra féminines – pour voir apparaître des relations un peu plus franches. Je suis la petite nouvelle, on me tâte, on me teste (on me tente). Souvent, s’ils savaient comme je me sens pourtant plus proche des garçons. Je suis la première à sourire des attitudes de Valentine, à déjouer les poses féminines. L’équipe de foot sera bientôt créée ? Je veux en être. Bon, pas vraiment pour courir derrière le ballon que je risque de ne jamais toucher, mais pour courir tout court et surtout pour être avec eux, créer des liens différents de ceux du quotidien autour de nos ordinateurs. Lorsqu’on commence à s’envoyer des vannes, je sais que je suis un peu plus proche d’eux. Ces relations simples entre eux et moi, c’est un point de départ pour accepter de m’intéresser à nouveau aux garçons. Pour oser croire qu’ils ne sont pas tous à l’origine de blessures profondes. Aller faire du foot pour retrouver confiance. Moi, avec mes talons aiguilles et mes jupes bien droites. Je déconstruis l’image ultra féminine. J’accepte en moi la part masculine. Je prends aussi soudain conscience de ma violence, de la force qui sommeille et que sans doute la colère pourrait déclencher – à l’école c’était plutôt les garçons qui se bagarraient, mais j’aurais aimé avoir le droit d’utiliser mes poings, moi aussi. Il est encore temps. Je crois qu’un jour la violence devra ressortir de mon corps au travers des coups lancés contre le visage de celui qui m’a blessée.

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Le visage solaire.

mars 17, 2008 · 14 commentaires

Cette semaine j’ai élu domicile au Danton. A l’intérieur ou en terrasse, avec M. ou E. Croisant J. au hasard du quartier. Je bois des thés verts, je recommence à remplacer la nourriture le soir par des litres d’eau chaude qui me tiennent éveillée et accompagnent les moments d’écriture et de lecture. Dans les restaurants j’ai une faim de loup, j’ai avalé la semaine dernière des fajitas au poulet, avec riz mexicain et purée de haricots ; des tartines de chèvre et une soupe au potiron ; une formidable omelette campagnarde ; des orechietti au pesto et à la ricotta ; un petit déjeuner royal avec pain de seigle, confitures, et oeuf à la coque dans lequel j’ai pu tremper mes mouillettes beurrées ! Je n’ai pas la moindre idée de comment je peux avaler toutes ces choses, sans prendre le moindre gramme, mais je crois que je suis tellement investie en ce moment – dans mon travail, dans mes cours, dans l’écriture et les sorties théâtrales – que je dépense une énergie folle.

Dans les restaurants avec M. on rit tellement que je me sens revivre, je vois les fossettes réapparaître sur mon visage, et mes yeux brillent non plus de la fatigue fiévreuse mais de l’enthousiasme enfantin – la bobine lunaire remplacée par le visage serein et solaire. Maman dit que ma peau s’adoucit, et je prends le temps de traîner à l’Occitane pour respirer l’odeur des bougies au thé vert – et faire provision de crèmes sublimes. Je parle beaucoup, je confie la recette pas à pas du cheminement vers la confiance – tant de choses qui forment encore des mystères de la conscience à amadouer, des noeuds psychologiques à défaire en douceur… Je me nourris de la discussion, de l’expérience, des mots de J. et d’O, des articles de psychanalyse. Lorsque la psy m’a dit “d’accord pour que nous ne nous voyions qu’une fois par semaine, mais je veux que vous poursuiviez chaque jour la réflexion”, elle ne savait sans doute pas à quel point je m’engagerais. Je sens venir de sous la peau une force qui s’étend, qui donne le courage de faire face, même devant les souvenirs d’hypokhâgne que j’avais enterrés – j’apprends la confiance pleine, entière, en moi seulement et exclusivement, j’apprends à ne plus jamais avoir besoin de me voir au travers des yeux de celui qui m’aime – comprendre que se donner à l’autre, que faire reposer la confiance en soi sur le regard que l’autre nous porte, c’est aller droit vers l’autodestruction à chaque rupture.

Les mots secrets et intimes entre M. et moi, d’un jour à l’autre le passage de l’amour à la douleur à l’amertume au réconfort, si je veux bien faire confiance à quelques amies qui tiennent sur les doigts d’une main, elle en fait partie – et puis E. entre silences et confessions murmurées à la terrasse d’un café, comme si nous attendions l’explosion d’un feu d’artifices dans le ciel nocturne au dessus de la statue de Danton, me dit la confiance retrouvée, le désir d’aimer, l’envie de replonger dans une histoire – et moi par dessus ça je vois la contradiction brûlante, terrible, permanente – entre le souhait de l’autonomie intellectuelle et de l’absolue indépendance de mon corps dans le monde, et la nécessité irréductible de me donner entière, amoureuse et définitive à quelqu’un avec qui la relation se situera dans l’échange et la construction. Il y a quatre ans, c’était déjà la même rengaine, le terrible conflit insoluble entre l’autonomie et l’amour, entre la construction de soi et la construction de la relation à l’autre. L’issue se trouve peut-être dans le désamorçage de la contradiction – si plus simplement pouvaient se côtoyer ces deux nécessités – l’autonomie, la confiance en soi, et le don absolu qui est un acte délibéré d’engagement, mais qui ne met pas en jeu ce que je suis.

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Le Rouge et le bleu.

mars 11, 2008 · Un commentaire

Le site de tous les concerts

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Café Danton, soir de pluie.

mars 10, 2008 · Laisser un commentaire

Il y a de ces repères tellement forts qu’ils sont comme ancrés dans la peau, aussi profonds que ceux de l’enfance – je retrouve Mathilde au Danton, premier jour de notre amitié, nos confidences autour d’un chocolat chaud, la pluie dehors – quatre années plus tard, le même serveur un peu dérangé, les thés verts ont remplacé les chocolats qui rattachent trop à l’enfance, et puis les regards amis, les rencontres qui ne relèvent presque plus du hasard mais simplement du fait que ces lieux sont devenus pour nous un seul et grand quartier où chaque visage est connu – Jérôme se lève, m’embrasse, me fait rire et me trouve bonne mine – j’ai dormi cinq heures la nuit dernière, travaillé huit heures aujourd’hui, mais sans doute j’ai les yeux qui brillent d’enthousiasme – et puis on parle très vite des prochains concerts, du nouveau livre, de New York et de la Californie trop désinvolte. Mathilde prononce les mots d’amour, je prononce ceux de la douleur, et un chemin se dessine entre nous deux, ce que chacune comprend de l’autre, ce que chacune sait – les mois, les années qui peuvent suivre une rupture, la folie de la passion, le don de soi immédiat, le coeur brûlé, les hommes petits garçons. Toujours il y aura ces sourires, ces mots doux, ce réconfort, toujours mes très belles amies, alliées de toujours et tout secours – plus tard dans le restaurant ma main tremble, ma main sans raison est agitée – médicaments, angoisse, je ne sais pas – et Mathilde pose sa main froide sur la mienne, elle la maintient contre la table, relève la tête et me sourit calmement. Ce n’est pas grave, les gestes de l’angoisse passeront. Après chaque moment passé avec Mathilde, j’ai le coeur froissé de la quitter, la laisser derrière moi, quand nous voudrions tout affronter à deux, tellement plus fortes, tellement indépendantes, tellement indifférentes, seulement conscientes de nous mêmes. Mais il faut continuer le cheminement de l’autonomie. Il faut trouver la même confiance à être seule.

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