Chez elle on ne s’allonge pas sur un canapé et on ne parle pas pendant des heures en fixant le plafond. Elle ne prend pas non plus de notes à l’encre dans un vieux carnet poussiéreux. Mais plutôt sur un Mac Book Pro tout ce qu’il y a de plus récent. Elle pose quelques questions, me laisse le temps de chercher, de répondre avec des mots qui ne sont pas les bons, que je reprends. Elle s’arrête aux aspérités, souligne les incohérences, creuse les douleurs ; jamais elle ne formule les réponses.
Il y a des choses qui sont brutales à entendre. A comprendre. A chaque fois, reprendre toute l’histoire, se souvenir de chaque jour que j’ai encore en mémoire, redonner à chaque impression sa juste valeur, bouleverser les perspectives et s’apercevoir que - lorsqu’elle le dit, lorsqu’elle le prononce, je plaque ma main sur ma bouche pour ne pas crier et je regarde ailleurs - par la fenêtre, 23ème étage, les immeubles entre Plaisance et la Porte de Vanves, les Invalides et la Tour Eiffel - je ne retiens pas les larmes qu’elle a pris l’habitude de voir à chaque séance - je rentrerai encore au boulot le visage défait, mais ces pleurs-là chaque jour me font du bien.
Elle l’a dit ainsi. Et j’ai refait toute l’histoire dans ma tête. Le trajet en bus trop court pour tout remettre dans l’ordre. Ce n’était pas de l’amour. Ce n’était pas un échange. Ce n’était pas si exceptionnel. Ce n’était pas la réciprocité que je croyais deviner. Mémoire sélective, dit-elle. C’était, peut-être… l’élan d’un jeune homme de vingt ans complexé par cette virginité gardée, qui va jusqu’à mentir sur son âge ? Le pouvoir d’un garçon qui se sentait brusquement désiré quand aucune femme ne l’avait jamais aimé ? C’était soudain la passion revécue, la passion miroir, celle qui donnait l’occasion de se venger, de me faire payer à moi le mal engendré par une autre ? Ce que j’ai pris pour de l’amour, ce que j’ai pris pour des promesses et de la confiance, ce n’était donc qu’une lutte entre désir, pouvoir, puissance, assurance, et fierté ? Comme ce devait être rassurant de connaître ses premières nuits d’amour avec une jeune femme plus âgée, plus expérimentée. Comme ce devait être un motif de fierté, et quel objet de désir j’ai été, et comme il est devenu facile de me faire souffrir. Et puis toutes ces filles qui se précipitaient, et puis cette atmosphère cynique, ce “rang” à tenir dans le cercle social - exploits, démonstration, indifférence sentimentale -, et puis finalement plus rien d’autre que la volonté d’en profiter avant le départ, l’obsession du désir, l’égoïsme qui consiste à s’en mettre plein la vue tant qu’il en est encore temps - tant pis si on écorche un coeur au passage, et puis peut-être même tant mieux - quelle belle revanche sur les femmes ?
Elle l’a dit. J’y ai réfléchi tout le temps. Quelles preuves d’amour - aucune. Quelle délicatesse - celle qui consistait en réalité à faire bonne impression, poids de l’image et de l’attrait, absence de la sincérité. Quel soutien - aucun. Quelle volonté - aucune. Quelle fidélité - aucune. Alors il serait peut-être temps de le dire, exactement comme elle l’a dit :
“il t’a trompée, et toi tu ne lui as pas craché à la figure ?”



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alleyesonyou // février 15, 2008 à 9:16
Tu avances, peu importe la longueur du chemin, tu es bien parti. Une psychanalyse ce n’est pas facile, c’est entendre des verites qui font mal, se rendre compte soi meme des choses juste parce que le medecin va savoir ou pointer. Non il n’est pas la pour donner des reponses, mais pour guider le patient, l’aider a se poser les bonnes questions puis a en trouver les reponses. C’est un travail qui peut etre long, mais il en ressortira beaucoup de choses.
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