.. aglae ex time ..

Entrée de février 2008

Dans un bar de Tennessee.

février 14, 2008 · 2 commentaires

Le revoir, c’est plonger dix, quinze, et même vingt ans en arrière. Sur la photo de classe en maternelle, je portais ce pull en laine vraiment moche que ma grand-mère avait dû tricoter. Il s’en souvient encore. Et moi je me souviens de sa crise à l’adolescence. J’avais cru le perdre, et puis non, il avait su retrouver le chemin, et puis nous avions repris contact - désormais chaque année, se revoir, se souvenir, rire, se raconter tout comme on peut le raconter à son meilleur ami des petites classes, sans jamais avoir peur d’être jugé - nous nous connaissons trop bien, nous nous connaissions à un âge sans méchanceté, et depuis ces appuis sont restés.

Il m’emmène dîner rue Monsieur le Prince, je me gave de thon et de saumon frais, et puis c’est rassurant de lui parler, de me confier, de lui expliquer quels médicaments je prends et combien il a été difficile de me décider à voir un psychiatre. On regarde ensemble le chemin parcouru - Pauline devenue bibliothécaire, Margault aux relations publiques d’un théâtre, Pierre ingénieur - finalement tout ça n’a rien d’étonnant. Plus tard dans la nuit, dans un bar caché rue Mazet, il y a nos ambitions, nos rêves, nos déceptions, le jazz qui monte de la cave, le whisky et le Bailey’s, la guirlande de lumières blanches dans l’obscurité, la panne de courant qui fait pousser des cris à tout le monde.

Se sentir entourée, comprendre que certains alliés ne disparaîtront jamais, savoir que ces repère-là seront toujours les plus solides, qu’aucun amant n’offrira jamais la même protection - l’amour est une pathologie -, et pouvoir à tout moment trouver refuge dans les bras d’un garçon - c’est un atout formidable de pouvoir compter sur cette intangibilité des amitiés.

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Mémoire sélective.

février 14, 2008 · Un commentaire

Chez elle on ne s’allonge pas sur un canapé et on ne parle pas pendant des heures en fixant le plafond. Elle ne prend pas non plus de notes à l’encre dans un vieux carnet poussiéreux. Mais plutôt sur un Mac Book Pro tout ce qu’il y a de plus récent. Elle pose quelques questions, me laisse le temps de chercher, de répondre avec des mots qui ne sont pas les bons, que je reprends. Elle s’arrête aux aspérités, souligne les incohérences, creuse les douleurs ; jamais elle ne formule les réponses.

Il y a des choses qui sont brutales à entendre. A comprendre. A chaque fois, reprendre toute l’histoire, se souvenir de chaque jour que j’ai encore en mémoire, redonner à chaque impression sa juste valeur, bouleverser les perspectives et s’apercevoir que - lorsqu’elle le dit, lorsqu’elle le prononce, je plaque ma main sur ma bouche pour ne pas crier et je regarde ailleurs - par la fenêtre, 23ème étage, les immeubles entre Plaisance et la Porte de Vanves, les Invalides et la Tour Eiffel - je ne retiens pas les larmes qu’elle a pris l’habitude de voir à chaque séance - je rentrerai encore au boulot le visage défait, mais ces pleurs-là chaque jour me font du bien.

Elle l’a dit ainsi. Et j’ai refait toute l’histoire dans ma tête. Le trajet en bus trop court pour tout remettre dans l’ordre. Ce n’était pas de l’amour. Ce n’était pas un échange. Ce n’était pas si exceptionnel. Ce n’était pas la réciprocité que je croyais deviner. Mémoire sélective, dit-elle. C’était, peut-être… l’élan d’un jeune homme de vingt ans complexé par cette virginité gardée, qui va jusqu’à mentir sur son âge ? Le pouvoir d’un garçon qui se sentait brusquement désiré quand aucune femme ne l’avait jamais aimé ? C’était soudain la passion revécue, la passion miroir, celle qui donnait l’occasion de se venger, de me faire payer à moi le mal engendré par une autre ? Ce que j’ai pris pour de l’amour, ce que j’ai pris pour des promesses et de la confiance, ce n’était donc qu’une lutte entre désir, pouvoir, puissance, assurance, et fierté ? Comme ce devait être rassurant de connaître ses premières nuits d’amour avec une jeune femme plus âgée, plus expérimentée. Comme ce devait être un motif de fierté, et quel objet de désir j’ai été, et comme il est devenu facile de me faire souffrir. Et puis toutes ces filles qui se précipitaient, et puis cette atmosphère cynique, ce “rang” à tenir dans le cercle social - exploits, démonstration, indifférence sentimentale -, et puis finalement plus rien d’autre que la volonté d’en profiter avant le départ, l’obsession du désir, l’égoïsme qui consiste à s’en mettre plein la vue tant qu’il en est encore temps - tant pis si on écorche un coeur au passage, et puis peut-être même tant mieux - quelle belle revanche sur les femmes ?

Elle l’a dit. J’y ai réfléchi tout le temps. Quelles preuves d’amour - aucune. Quelle délicatesse - celle qui consistait en réalité à faire bonne impression, poids de l’image et de l’attrait, absence de la sincérité. Quel soutien - aucun. Quelle volonté - aucune. Quelle fidélité - aucune. Alors il serait peut-être temps de le dire, exactement comme elle l’a dit :

“il t’a trompée, et toi tu ne lui as pas craché à la figure ?”

 

 

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Saint Valentin.

février 14, 2008 · Pas de commentaire

Mon amoureux se trouve dans cette vidéo.

Control, by Anton Corbijn, with Sam Riley, 2007.

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Etincelle du désir.

février 12, 2008 · Un commentaire

Chaque jour se voir, s’observer, s’apprivoiser - découvrir le corps, le visage, de loin, à la dérobée - assise près de lui je fais parfois semblant d’écouter et je regarde ses mains, apprends ses manies, laisse les sourires venir. D’abord la retenue, puis l’apprentissage sensible, faire attention à ses moues qui traduisent tout - l’amusement, l’agacement, la fatigue, l’excitation - et établir des codes. Rire sans même se concerter ni se regarder, relever la tête aux mêmes signaux pour se trouver complices, et puis prendre l’habitude de travailler l’un à côté de l’autre, nos corps ne se font plus peur lorsqu’ils se heurtent. J’apprends ses yeux très clairs, bleus ou verts c’est trop flou, ses cheveux très noirs et non pas bruns, son corps massif. Lorsqu’il retire son pull, les manches déboutonnées et relevées, c’est le corps jeune qui explose, c’est la virilité qui me bouleverse, la masculinité incontrôlée, ce débordement du corps, la poitrine devinée sous les plis, les mains carrées et rassurantes.

Depuis huit mois je n’ai pas ressenti de désir pour un autre garçon que lui. Je redécouvre simplement, comme faisant un premier pas vers l’avant, ce que peut éveiller le corps d’un garçon. Rien d’autre. C’est déjà une joie de sentir encore quelque chose s’accélérer sous ma peau - le désir qui coule dans mes veines.

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Accepter que le lien se défasse.

février 12, 2008 · Pas de commentaire

Mouvement vers l’extérieur, mouvement vers la sortie – non pas la fuite, mais l’avancée réelle, profonde, la construction de soi. Difficile de dire que je vais mieux – mais sans doute je vais moins mal. Le nuage cotonneux toujours autour de moi, les pilules le matin – antidépresseurs, anxiolytiques – , les nuits coupées et envahies de rêves étranges, les séances éprouvantes avec la psy où l’on avoue tout – et où l’on réfléchit. Quelque chose se passe, petit à petit, quelque chose s’apaise.

Réfléchir au lien de dépendance construit au fil des mois - pourquoi ? - et au refus d’accepter la vérité. Le travail de psychothérapie m’oblige à me placer devant mes propres incohérences, devant toutes ces réactions qui ne trouvent pas de justification. Des évidences que je ne voulais pas voir. Bien sur qu’on ne forcera jamais quelqu’un à (re)tomber amoureux. Bien sûr qu’on n’ira jamais contre la volonté de quelqu’un qui a décidé de ne plus aimer. Je ne peux pas lutter contre ça. Je n’ai pas ce pouvoir. C’est une chose pourtant si simple, de savoir qu’on ne prend pas les décisions à la place de l’autre. Je me fais doucement à cette idée : j’ai fait tout ce que j’ai pu pour prouver mon amour, pour donner, être prête à recevoir, j’ai été d’une disponibilité, d’une douceur et d’une attention constantes ; je ne pouvais pas faire plus. J’essaie de ne pas me reprocher la moindre attitude, de ne pas me croire responsable de l’amour détruit. J’accepte mon incapacité à rendre tout possible. L’amour, le don et la volonté ne suffisent pas. Deux volontés se rencontrent, si l’une refuse de fléchir, l’autre ne peut pas prendre plus de poids.

J’apprends à ne plus me sentir responsable et j’apprends à laisser ma vie se passer sans avoir la moindre emprise sur elle. J’apprends à ne pas vouloir rejouer le passé. Des choses sont arrivées, elles ne s’effacent pas, ne s’oublient pas, et ne s’inversent surtout pas. La marche arrière n’existe pas. Je ne peux rien changer et il n’y a rien à faire aujourd’hui pour espérer encore que cet amour passé redevienne le motif de l’engagement et de la lutte. Son engagement à lui, sa lutte à lui. Ca ne signifie pas que je baisse les bras, que je suis défaite, que je me tiens face à un échec. Ca veut dire qu’il n’y pas de combat contre le passé qui soit possible. Le présent existe tel qu’il est aujourd’hui - il me blesse mais je n’ai pas d’autre possibilité que de vivre avec.

Vivre avec ne signifie ni accepter, ni oublier, ni pardonner. Je ne ferme pas les yeux sur la douleur, je ne cherche pas à l’enfouir : au contraire je la regarde bien en face et je réponds que le mal est fait, qu’aller de l’avant est la seule voie possible. Je n’oublie pas et la douleur est présente à chaque minute. Si je l’écoute, le mal ressurgit dans mon ventre, volcan en éruption sous ma peau. Mais je ne l’écoute plus. Je fais taire la douleur. Je vis avec. Elle est intacte mais elle se place en retrait. La douleur sera là des mois et des mois encore, je sais bien que ces blessures intimes ne s’apaisent jamais entièrement. Je sais bien que les garçons aujourd’hui m’effraient et que je me protège derrière des remparts d’indifférence et d’impertinence.

Quelles réponses, alors ? La vengeance est un sentiment auquel on n’échappe pas, mais elle ne doit pas se réaliser. La rancœur aide à se détacher mais ce n’est pas à moi de blesser l’autre. Je suis sûre qu’un jour il saura. Un jour, lorsqu’il aura grandi, il comprendra un peu mieux ce qui a pu se passer. Je reste impuissante devant le mal fait et il faut accepter cela. Accepter le fait d’avoir été blessée, puis apprendre à se protéger, à moins faire confiance. J’ai su sourire. J’ai su aimer et donner. Il ne reste que le souvenir des moments doux, il ne reste que le refuge et la sérénité que j’ai trouvés le temps d’un été. Qu’importe que je lui aie donné, que le retour n’ait pas été à la hauteur, peut-être que tout n’a été qu’une erreur. Mais je crois avoir été heureuse, je crois en garder le souvenir ébréché. Aujourd’hui il me reste le mépris et le dégoût, ces armes pour m’éloigner, m’extirper, comprendre qu’il n’est plus la bonne personne - surtout, il reste l’oubli. J’ai donné, je ne reprendrai pas. J’apprendrai. Je me construirai. Je m’en sortirai.

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On ne meurt pas de la trahison.

février 11, 2008 · Pas de commentaire

La mort me regarde les yeux grand ouverts. Les mains tendues. Elle gagne du terrain parce que la douleur explose dans ma tête, parce que je préfèrerais ce silence-là au fracas qui gronde derrière mon front. Je ne réfléchis plus, je suis juste folle de douleur, de rage, de honte, je ne comprends pas ce que j’ai fait, mais comment avoir pu en arriver à cette situation, je suis loin de tout, juste ravagée et brisée par l’afflux de douleur, de violence, comment a-t-on pu se faire ça, comment ?

Je ne sais pas. Je dirais bien : la vengeance, la colère. Qui m’ont fait perdre contrôle. Je vois Ian Curtis, “she’s lost control”, je le vois dans une situation impossible, s’extraire par la corde pendue dans la cuisine, non, 23 ans, moi aussi bientôt 23 ans, non, je ne veux pas, ne pas mourir parce que je ne comprends plus, parce que l’issue n’existe plus, parce que l’estime et la confiance sont devenues des mensonges. Mais le bourdonnement dans ma tête, l’explosion, la douleur diffuse, il n’entend pas, il ne comprend pas, je vais rentrer prendre 36 cachets pour m’endormir, rendre le tapage silencieux, chut, faire le silence, plonger dans l’ouate, effacer de force les images qui défilent devant mes yeux - trompée, humiliée, sa bouche, celle d’une autre fille, ses mensonges remplis d’assurance et sa passion dont je n’arrive pas à savoir si elle était vraie - je t’aime mais je te trompe ? - et puis tout ça n’a plus d’importance, lui n’a plus d’importance, mais moi je suis sale, je suis humiliée, je suis ignorée, ma douleur et ma colère personne ne peut les entendre, la vengeance est interdite, il ignore, il ferme les yeux, il cache son visage, sa voix, et moi je dois supporter ça, accepter ça - l’autre ne sera jamais puni, l’autre ne comprendra jamais la douleur, un homme surtout, que sait-il de la brûlure d’avoir été trompée ? Un homme pénètre, une femme est pénétrée, une femme ne connaît que le sexe de son amant, une femme offre son corps, la trace est plus forte en nous, la trace de l’amant, l’amant qui s’en va voir ailleurs -

Je veux mourir, j’appelle mon frère en sanglots, “Guillaume je veux mourir, Guillaume c’est trop difficile, je me sens sale - Marie est-ce que tu veux que je vienne te chercher, est-ce que tu veux que je te retrouve, Marie ?” et puis je ferme les yeux - le silence autour de moi, des toilettes un peu glauques où je n’aimerais pas crever, les paupières baissées et mes mains dessinent, mes mains viennent se poser sur l’encolure de ma douce, comme hier, mes mains posées à plat sur l’encolure souple de Noroise, je ferme les yeux encore et je me souviens de la sensation d’une liberté infinie, lorsque hier dans la montée au travers des bois je la laissais galoper, les rênes lâchées, les mains posées sur ma jument, je la sentais sous moi, respirer, souffler, galoper encore jusqu’à retrouver la route, je m’échappais, je trouvais le mouvement, le vent et les branches qui me griffaient, c’était ça, c’était le mouvement d’être en vie, c’était l’énergie, la chaleur, c’était la raison de vivre, c’était ma nécessité d’être en vie pour elle et de recevoir le bonheur d’être avec elle. Est-ce que ça paraît idiot ? C’est ma jument qui me sauve, le besoin d’être près de son corps, de la trouver allongée dans son box et de me glisser près d’elle dans la paille, les mains qui parcourent sa tête, sa peau douce, je m’endormirais près d’elle, je trouverais le seul réconfort dont j’ai besoin auprès d’elle. Noroise me maintient en vie.

C’est sans doute aussi idiot de repenser à Antigone, de repenser à l’Oedipe sur la route de Bauchau, mais je me sens prisonnière, entourée de lois qui contredisent mon intégrité - la trahison, le mensonge, envers celle qui avait promis de protéger, d’être là, d’aimer toujours - je voudrais proclamer l’honnêteté, la sincérité, la fidélité que je réclame de l’amour, mais les lois sont pour lui, la morale bien pensante est pour lui, et je ne suis que la pauvre enfant folle brûlée de fièvre, Antigone, qui s’accroche à son absolue conception de l’amour, je me bats seule et en silence, je me bats par la résistance - la résistance face à la tentation de mourir - je refuse de lui donner raison et de m’excuser, je refuse de renoncer et de me mentir à moi-même - en silence, la lutte et la croyance en un amour sans trahison. Les lois peuvent être de son côté ; je repartirai avec mes convictions, je deviendrai forte à force de croire en moi et de continuer à savoir que j’avais raison. Et même si je n’ai que des mots idiots et sans poids pour m’élever contre la trahison.

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Les Nourritures terrestres.

février 3, 2008 · Un commentaire

Tous les textes cités sont extraits des Nourritures terrestres (1897) et des Nouvelles nourritures (1935), réunis dans le Folio 117. Les pages indiquées correspondent à l’édition de 1972.

“Ne désire jamais, Nathanaël, regoûter les eaux du passé.
Nathanaël, ne cherche pas, dans l’avenir, à retrouver jamais le passé. Saisis de chaque instant la nouveauté irressemblable et ne prépare pas tes joies, ou sache qu’en son lieu préparé te surprendra une joie autre.
Que n’as-tu donc compris que tout bonheur est de rencontre et se présente à toi, dans chaque instant comme un mendiant sur ta route. Malheur à toi si tu dis que ton bonheur est mort parce que tu n’avais pas rêvé pareil à cela ton bonheur - et que tu ne l’admets que conforme à tes principes et à tes voeux.
Le rêve de demain est une joie, mais la joie de demain en est une autre, et rien heureusement ne ressemble au rêve qu’on s’en était fait ; car c’est différemment que vaut chaque chose.” (page 39)

“Nathanaël, car ne demeure pas auprès de ce qui te ressemble ; ne demeure jamais, Nathanaël. Dès qu’un environ a pris ta ressemblance, ou que toi tu t’es fait semblable à l’environ, il n’est plus pour toi profitable. Il te faut le quitter. Rien n’est plus dangereux pour toi que ta famille, que ta chambre, que ton passé. Ne prends de chaque chose que l’éducation qu’elle t’apporte; et que la volupté qui en ruisselle la tarisse.” (page 44)

“Nathanaël, jette mon livre ; ne t’y satisfais point. Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre ; plus que de tout, aie honte de cela. Si je cherchais tes aliments, tu n’aurais pas de faim pour les manger ; si je te préparais ton lit, tu n’aurais pas de sommeil pour y dormir.
Jette mon livre ; dis toi bien que ce n’est là qu’une des mille postures possible en face de la vie. Cherche la tienne. Ce qu’un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu’un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, - aussi bien écrit que toi, ne l’écris pas. Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres.” (page 63, Envoi)

“Sache obtenir de toi ce qui rende la plainte inutile. N’implore plus d’autrui ce que, toi, tu peux obtenir.
J’ai vécu ; maintenant c’est ton tour. C’est en toi désormais que se prolongera ma jeunesse. Je te passe pouvoir. Si je te sens me succéder, j’accepterai mieux de mourir. Je reporte sur toi mon espoir.
De te sentir vaillant me permet de quitter sans regrets la vie. Prends ma joie. Fais ton bonheur d’augmenter celui de tous. Travaille et lutte et n’accepte de mal rien de ce que tu pourrais changer. Sache te répéter sans cesse : il ne tient qu’à moi. On ne prend point son parti sans lâcheté de tout le mal qui dépend des hommes. Cesse de croire, si tu l’as jamais cru, que la sagesse est dans la résignation ; ou cesse de prendre à la sagesse.
Camarade, n’accepte pas la vie telle que te la proposent les hommes. Ne cesse point de te persuader qu’elle pourrait être plus belle, la vie ; la tienne et celle des autres hommes ; non point une autre, future qui nous consolerait de celle-ci et qui nous aiderait à accepter sa misère. N’accepte pas. Du jour où tu comprendras que le responsable de presque tous les maux de la vie, ce n’est pas Dieu, ce sont les hommes, tu ne prendras plus ton parti de ces maux.
Ne sacrifie pas aux idoles.” (page 246)

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