.. aglae ex time ..

De l’intime vers l’extime.

janvier 20, 2008 · 4 commentaires

Il y a eu Aglae in/time. Une hésitation laissée en suspens entre Aglae intime, journal intime d’Aglae, défi de la présence sur un espace aussi libre et ouvert qu’Internet d’une écriture personnelle, intime et sensible ; et Aglae in time, présence au monde et plongée dans le temps présent, quotidien, immédiat, une Aglae au corps prégnant, liée à un environnement, à un espace, à un temps. J’ai eu la naïveté de croire que je pouvais écrire librement, sur Internet comme dans mes carnets Muji. J’ai eu la prétention de croire que mes expériences d’émotions, que ma transcription des sensations et des sentiments, pourraient éveiller des correspondances et toucher des sensibilités jumelles. J’ai eu l’innocence de faire confiance à la communauté sensible, de croire qu’une personne qui lirait mon journal puis mon blog se préoccuperait d’écriture, de sensations, de la sensibilité et de la fragilité données. Je pensais que le don suffisait. Je n’ai jamais pensé à cacher certains noms, à mettre de fausses initiales, à changer les lieux. Je faisais le pari de l’extrême intime qui serait lu toujours de façon sensible, désintéressée. Et parce que cette écriture m’est totalement constitutive, j’étais allée jusqu’à la rendre accessible à tous. Je voulais aller jusqu’au bout du moi. Dire : regardez, je suis ça aussi, je suis cette écriture, je suis cette extrémité, cette violence et cette fragilité. Dans mon esprit les faits ont toujours été un support, une illustration, un moyen, un prétexte. L’essentiel reste l’écriture, la vision sensible et subjective. Le voyeurisme m’est étranger. Lorsque je lis les blogs ou les journaux de personnes proches, de personnes devenues amies, je ne me préoccupe pas du détail factuel. Qui exactement, où, quand – ça m’est égal. Si je veux entendre tel ami me parler de ses histoires personnelles dans leur réalité, leur précision spatiale et temporelle, avec leurs référents vrais, je prends mon téléphone. Lire le journal de quelqu’un n’a jamais été le moyen de m’immiscer et de connaître la vie intime d’une personne. Je suis une lectrice désintéressée, saine et honnête. J’ai ignoré le voyeurisme en écrivant pendant des mois sur le blog Aglae in time.
Je me suis trompée et j’ai été blessée, attaquée, dégradée. J’ai trop donné, je suis allée trop loin, j’ai trop fait confiance. Je me suis mise en danger, de façon inconsciente et irréfléchie. Mea culpa. Je ne referai pas cette erreur. Je ne sais pas me tenir trop longtemps éloignée de l’écriture, et je sais bien que l’écriture intime ne m’aide pas forcément à aller mieux. Il y a quelques soirs encore je disais à M. : l’écriture ne m’aide pas à être mentalement saine. Je ne veux plus de cette introspection extrême, permanente, de cette exploration des sensations et des sentiments. Aglae intime n’existe plus. Il faut que je sorte de moi-même. Il faut aller au dehors. Encore une fois, Les Nourritures terrestres donnent la bonne solution. Je ne peux pas trouver de réponse venant de l’intérieur. Au cours des derniers mois j’ai fait le tour de moi-même, j’ai exploré les secrets, les méandres, les arcanes, je sais comment un message circule dans ma tête, comment je le décortique et suis capable de prévoir la réaction induite. Je tourne en rond orientée vers moi-même. Cette analyse permanente et égocentrique ne peut mener à rien en termes d’écriture. Plus maintenant en tout cas. Je laisse ça à ma psy.
Alors il faut regarder dehors. Se tourner vers l’extérieur. Chercher des refuges hors de soi, des découvertes et des éblouissements encore, partout et ailleurs. Livres, films, mélodies et couleurs sont la seule réponse. Pour avancer, pour faire évoluer le moi qui est stagnant, blessé, à l’abandon. J’ai dépensé une énergie folle dans l’introspection, j’ai développé une capacité extraordinaire à vivre en autarcie totale, ne m’alimentant que de pensées, de réflexions, de délires, d’explications créés par moi, enrichis par moi, résolus par moi. Je me suis désancrée du monde. J’ai perdu pieds. Je vivais la nuit et dormais le jour, restais des journées entières sans voir personne.
Alors il faut reprendre courage, enthousiasme et vivacité pour se lancer dans le monde. Il n’y a pas de réponse exacte ni parfaite, il n’y a pas de sens à trouver. Qu’on ne me demande pas de réponse, ni de pourquoi, ou je répondrai le suicide. J’ai trop lu Le Mythe de Sisyphe. Je suis sans raison et sans attache, sans motivation et sans conviction. Je tente simplement le mouvement hors de moi, le refuge de la découverte intellectuelle et sensorielle, je me détache de moi-même pour aller vers l’inconnu qui me remplira, me nourrira et éteindra sans doute la douleur.
L’extime traduit ce mouvement centrifuge, cette sortie et cette ouverture à l’extérieur. J’ai le monde à réapprendre. Me réfugier hors de moi. L’extime s’éloigne de l’intime, tient compte du dévoilement et de l’exposition : mon écriture sera lue, exposée, il ne faudra pas l’oublier. Je garde l’intime pour moi ; je veux bien partager l’extime. L’intime sur Internet n’existe pas. L’étymologie reprend ses droits. L’ex-time c’est aussi la sortie du temps quotidien. Je brouillerai les pistes, le temps et l’espace, je sortirai les réflexions de leur contexte précis, je m’éloignerai de l’immédiat, de l’instantané, du respect de la chronologie. A contre-courant de la tendance à la rapidité et à l’immédiateté développée sur les blogs, je veux le recul et la distance, je veux le travail de l’écriture, je veux l’intégration lente et progressive, je veux me placer en retrait.
Ma sensibilité et ma fragilité restent : quand bien même mon frère m’accuse de ne pas supporter la violence, quand bien même on me dit “la vie c’est dur mais on s’en remet”, je continue à croire que je suis obligée de composer avec la sensibilité exacerbée et la fragilité permanente. Je ne compte pas devenir plus forte ou plus raisonnable. J’espère que la sérénité peut venir. Mais j’accepte que la vie soit d’une violence inouïe et qu’elle me blesse parfois jusqu’à ne plus vouloir d’elle. Il y a des éblouissements rapides, des illuminations suivies de plongées en enfer. C’est parce que je monte très haut que je tombe ensuite très bas. Je ne veux pas renoncer à ça. Je garde ma sensibilité, ma différence, ma mise en danger. C’est effrayant. Je ne sais pas où trouver le courage de revenir à la vie quand les blessures sont d’une telle flagrance. Je suis chair à vif, corps à nu. Mais le mouvement s’inscrira vers l’extérieur. Pour ne plus blesser la chair.

Catégories : Uncategorized
Tagué : , ,

4 réponses jusqu'à présent ↓

  • c0wb0yz // janvier 20, 2008 à 9:00 | Répondre

    Je voudrais tout d’abord remercier Technorati de n’avoir pas tardé à m’avertir de la naissance de nouveau blog ! :)

    Ensuite, je tiens à te féliciter toi, pour ce premier billet plein de promesses. Ton écriture est toujours aussi délicieuse. Ta pensée plus sage. Bref, tu te bonifies, et moi je me réjouis :)

  • alleyesonyou // janvier 21, 2008 à 11:31 | Répondre

    Je suis ravie de voir ce nouveau blog enfin en ligne, tombee dessus juste en tapant aglae ex time sur google, me demandant si tu l’avais commence ou pas.
    Le mien sera bientot en marche aussi.
    J’ai hate de te lire et je te souhaite de trouver ce que tu cherches avec ce nouveau blog, l’ecriture et juste l’ecriture.

  • dgrv // janvier 23, 2008 à 4:21 | Répondre

    Ca fait des années que je ne sais plus vraiment écrire. Il y a de ces liens, de ces émotions pour lesquelles je semble avoir perdu les mots. Incapable d’écrire, de répondre, de dialoguer, je me contente de lire, d’écouter, de me réjouir de la beauté, de la sensibilité, de me laisser toucher.

    Ton écriture compte beaucoup pour moi. Tu es la preuve vivante que c’est possible. Et, même dans l’infinie tristesse, reste la certitude du coeur, de la sensibilité, de l’humanité.

    Restes toi-même. Ne te laisse pas atteindre par les imbéciles qui ne supportent pas l’idée qu’ils n’ont rien. Rien que le silence, la stupidité et un ordre moral absurde qui se repaît de briser tout ce qui n’est pas comme lui.

    Je sais à quel point c’est difficile. Avoir le coeur à vif, se laisser atteindre, être à l’écoute a quelque chose d’insupportable, et reste pourtant essentiel. Etrangement, ça passe par ne pas avoir peur d’être soi, d’être égoïste, comme on a tendance à se dire… Il faut vivre. C’est le secret.

    Bien à toi
    Daniel

  • dgrv // janvier 23, 2008 à 4:24 | Répondre

    Bref, merci de ta générosité.

Laisser un commentaire