.. aglae ex time ..

Entrée de janvier 2008

Ma famille pour seule et unique patrie.

janvier 30, 2008 · 2 commentaires

Lundi soir Guillaume s’est foutu dans le fossé du virage de Chivres avec la voiture (quasi neuve). Lorsque j’ai parlé avec lui sur msn, il avait l’air encore sérieusement choqué. Il s’est mis à me parler de façon inhabituelle : il disait qu’il tenait à moi, qu’il n’avait pas été très présent ces derniers mois, même s’il voyait que j’allais mal ; il disait aussi qu’il avait du mal à se confier, que je ne devais pas lui en vouloir de parler autant avec S, sa grande soeur de substitution, et que je pouvais m’appuyer davantage sur lui. Il a ajouté : “Marie, je te promets qu’on va s’en sortir”. A ce moment-là je savais que j’aurais pu serrer mon frère contre moi, et le laisser pleurer.

Même chair, même sang. Dans mon frère parfois je me vois tellement. Même violence, même impétuosité, même brutalité des sentiments. En nous très fortes les notions d’honneur, de respect, de loyauté. Une nuit je me suis disputée très fort avec Guillaume, on a crié dans tout l’immeuble, j’ai pris mes affaires et je suis allée dormir chez A, il était plus de minuit, j’avais dû prendre un taxi et traverser tout Paris. Le lendemain matin je partais à Bordeaux et j’avais laissé ma carte 12-25 à l’appartement. J’ai envoyé un texto à Guillaume, et le lendemain matin il était à la gare pour me donner ma carte. La rancune entre mon frère et moi ça n’existe pas. On s’engueule sur le coup, on parle trop fort, on devient vulgaires, on se dit des choses qu’on ne pense pas - ça ne tient jamais très longtemps. Finalement, on tient plus que tout l’un à l’autre. Cette force de la tribu familiale, la patrie intime, me surprend toujours et me donne une poussée formidable, que personne d’autre quasiment - ceux qui par irruption ont le discours qui fait réagir au moment idéal - ne peut insuffler.

Lorsque je vois Maman pleurer devant mes poignets sur lesquels apparaissent encore les éraflures, je sais que je ne peux pas lui faire plus de mal. Que si ça n’est pas pour moi, ça doit être pour elle. Regarder sa fille de 22 ans s’enfiler des cachets, pleurer comme une gamine en se griffant la poitrine, quelle mère supporterait ? Je ne peux pas faire cette douleur là à ma mère. Mon père aussi à sa façon signifie qu’il est là, présent et conscient. Il découvre les textos pour m’envoyer de brefs “J’espère que tu vas bien”. Il m’emmène déjeuner. Il me parle de ce qu’il lit. Venant de mon père, le simple fait de parler ensemble traduit déjà sa volonté de m’aider. Clan familial qui me donne sa force, qui me convainc d’avancer - si ça n’est pas pour moi, c’est au moins pour eux - ici je passe des moments formidables entourée par les calins de ma mère, touchée par le signes discrets de mon père, protégée par les bras de mon frère.

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Désir d’enfant.

janvier 23, 2008 · Pas de commentaire

J’ai repris le réflexe d’allumer machinalement la radio dès que je suis chez moi, et d’écouter d’une oreille les infos ou les émissions de France Inter. Ce soir je suis rentrée l’esprit vide, à force d’avoir découvert, appris, ouvert grand les yeux. L’effervescence intellectuelle est à nouveau là. Alors j’écoutais distraitement l’émission de Kathleen Evin, L’Humeur vagabonde. J’ai entendu quelqu’un expliquer que le désir d’enfant et la possibilité d’être enceinte permettaient aux femmes de se projeter dans le futur. D’envisager un prolongement d’elles-mêmes dans l’avenir. Les hommes au contraire n’auraient que la possibilité de multiplier les aventures du présent. Les femmes seraient capables de déployer toutes leurs forces vers cet espoir et ce désir, tandis que les hommes seraient ancrés de façon beaucoup plus irrémédiable dans le présent. Un Don Juan (ici ou ), c’est un homme qui a profondément conscience de la mort comme disparition et comme fin absolue, qui multiplie donc les rencontres dans le temps présent pour se sentir exister. C’est une interprétation très discutable, et je n’aime pas beaucoup ces catégorisations et ces généralisations sur le genre masculin/féminin. Mais je comprends un peu le sens de cette explication : une femme peut porter très tôt en elle le désir d’enfant, et se battre dès lors parce qu’elle a conscience de ce désir, de cet événement du futur. Pour porter un enfant, lui donner naissance, une femme recherche à établir la relation avec un homme, elle demande une certaine stabilité. Au-delà des différences d’âge et de maturité (la fameuse “horloge biologique”, le tic-tac à l’approche des trente ans), une femme peut envisager très tôt, de façon naturelle, le désir d’avoir un enfant. C’est sans doute moins naturel, et donc plus lent à venir, chez un homme. Je ne crois pas qu’un homme connaisse jamais avec la même puissance ce désir profond, inscrit dans le ventre, cette nécessité absolue de donner vie.

Je me suis aperçue en fin d’émission que c’était Jacques Attali (eh oui, le même que pour les 318 propositions qui vont “libérer” la croissance française !) et Stéphanie Bonvicini, auteurs de Amours. Histoire des relations entre les hommes et les femmes, qui répondaient aux questions de Kathleen Evin. Et en intermède musical, parce que France Inter a bon goût : un ptit tour par Gainsbourg, et “Votre fille a vingt ans”. A la suite c’est Laurent Lavige qui emmenait sur la route de Patti Smith (“Because the night”), glissant “Le maudit” de Sanson, la voix de Ray Charles sur “Over the rainbow”…

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De l’intime vers l’extime.

janvier 20, 2008 · 4 commentaires

Il y a eu Aglae in/time. Une hésitation laissée en suspens entre Aglae intime, journal intime d’Aglae, défi de la présence sur un espace aussi libre et ouvert qu’Internet d’une écriture personnelle, intime et sensible ; et Aglae in time, présence au monde et plongée dans le temps présent, quotidien, immédiat, une Aglae au corps prégnant, liée à un environnement, à un espace, à un temps. J’ai eu la naïveté de croire que je pouvais écrire librement, sur Internet comme dans mes carnets Muji. J’ai eu la prétention de croire que mes expériences d’émotions, que ma transcription des sensations et des sentiments, pourraient éveiller des correspondances et toucher des sensibilités jumelles. J’ai eu l’innocence de faire confiance à la communauté sensible, de croire qu’une personne qui lirait mon journal puis mon blog se préoccuperait d’écriture, de sensations, de la sensibilité et de la fragilité données. Je pensais que le don suffisait. Je n’ai jamais pensé à cacher certains noms, à mettre de fausses initiales, à changer les lieux. Je faisais le pari de l’extrême intime qui serait lu toujours de façon sensible, désintéressée. Et parce que cette écriture m’est totalement constitutive, j’étais allée jusqu’à la rendre accessible à tous. Je voulais aller jusqu’au bout du moi. Dire : regardez, je suis ça aussi, je suis cette écriture, je suis cette extrémité, cette violence et cette fragilité. Dans mon esprit les faits ont toujours été un support, une illustration, un moyen, un prétexte. L’essentiel reste l’écriture, la vision sensible et subjective. Le voyeurisme m’est étranger. Lorsque je lis les blogs ou les journaux de personnes proches, de personnes devenues amies, je ne me préoccupe pas du détail factuel. Qui exactement, où, quand - ça m’est égal. Si je veux entendre tel ami me parler de ses histoires personnelles dans leur réalité, leur précision spatiale et temporelle, avec leurs référents vrais, je prends mon téléphone. Lire le journal de quelqu’un n’a jamais été le moyen de m’immiscer et de connaître la vie intime d’une personne. Je suis une lectrice désintéressée, saine et honnête. J’ai ignoré le voyeurisme en écrivant pendant des mois sur le blog Aglae in time.
Je me suis trompée et j’ai été blessée, attaquée, dégradée. J’ai trop donné, je suis allée trop loin, j’ai trop fait confiance. Je me suis mise en danger, de façon inconsciente et irréfléchie. Mea culpa. Je ne referai pas cette erreur. Je ne sais pas me tenir trop longtemps éloignée de l’écriture, et je sais bien que l’écriture intime ne m’aide pas forcément à aller mieux. Il y a quelques soirs encore je disais à M. : l’écriture ne m’aide pas à être mentalement saine. Je ne veux plus de cette introspection extrême, permanente, de cette exploration des sensations et des sentiments. Aglae intime n’existe plus. Il faut que je sorte de moi-même. Il faut aller au dehors. Encore une fois, Les Nourritures terrestres donnent la bonne solution. Je ne peux pas trouver de réponse venant de l’intérieur. Au cours des derniers mois j’ai fait le tour de moi-même, j’ai exploré les secrets, les méandres, les arcanes, je sais comment un message circule dans ma tête, comment je le décortique et suis capable de prévoir la réaction induite. Je tourne en rond orientée vers moi-même. Cette analyse permanente et égocentrique ne peut mener à rien en termes d’écriture. Plus maintenant en tout cas. Je laisse ça à ma psy.
Alors il faut regarder dehors. Se tourner vers l’extérieur. Chercher des refuges hors de soi, des découvertes et des éblouissements encore, partout et ailleurs. Livres, films, mélodies et couleurs sont la seule réponse. Pour avancer, pour faire évoluer le moi qui est stagnant, blessé, à l’abandon. J’ai dépensé une énergie folle dans l’introspection, j’ai développé une capacité extraordinaire à vivre en autarcie totale, ne m’alimentant que de pensées, de réflexions, de délires, d’explications créés par moi, enrichis par moi, résolus par moi. Je me suis désancrée du monde. J’ai perdu pieds. Je vivais la nuit et dormais le jour, restais des journées entières sans voir personne.
Alors il faut reprendre courage, enthousiasme et vivacité pour se lancer dans le monde. Il n’y a pas de réponse exacte ni parfaite, il n’y a pas de sens à trouver. Qu’on ne me demande pas de réponse, ni de pourquoi, ou je répondrai le suicide. J’ai trop lu Le Mythe de Sisyphe. Je suis sans raison et sans attache, sans motivation et sans conviction. Je tente simplement le mouvement hors de moi, le refuge de la découverte intellectuelle et sensorielle, je me détache de moi-même pour aller vers l’inconnu qui me remplira, me nourrira et éteindra sans doute la douleur.
L’extime traduit ce mouvement centrifuge, cette sortie et cette ouverture à l’extérieur. J’ai le monde à réapprendre. Me réfugier hors de moi. L’extime s’éloigne de l’intime, tient compte du dévoilement et de l’exposition : mon écriture sera lue, exposée, il ne faudra pas l’oublier. Je garde l’intime pour moi ; je veux bien partager l’extime. L’intime sur Internet n’existe pas. L’étymologie reprend ses droits. L’ex-time c’est aussi la sortie du temps quotidien. Je brouillerai les pistes, le temps et l’espace, je sortirai les réflexions de leur contexte précis, je m’éloignerai de l’immédiat, de l’instantané, du respect de la chronologie. A contre-courant de la tendance à la rapidité et à l’immédiateté développée sur les blogs, je veux le recul et la distance, je veux le travail de l’écriture, je veux l’intégration lente et progressive, je veux me placer en retrait.
Ma sensibilité et ma fragilité restent : quand bien même mon frère m’accuse de ne pas supporter la violence, quand bien même on me dit “la vie c’est dur mais on s’en remet”, je continue à croire que je suis obligée de composer avec la sensibilité exacerbée et la fragilité permanente. Je ne compte pas devenir plus forte ou plus raisonnable. J’espère que la sérénité peut venir. Mais j’accepte que la vie soit d’une violence inouïe et qu’elle me blesse parfois jusqu’à ne plus vouloir d’elle. Il y a des éblouissements rapides, des illuminations suivies de plongées en enfer. C’est parce que je monte très haut que je tombe ensuite très bas. Je ne veux pas renoncer à ça. Je garde ma sensibilité, ma différence, ma mise en danger. C’est effrayant. Je ne sais pas où trouver le courage de revenir à la vie quand les blessures sont d’une telle flagrance. Je suis chair à vif, corps à nu. Mais le mouvement s’inscrira vers l’extérieur. Pour ne plus blesser la chair.

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